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Interview de Didier Perreol « Il faut rappeler que le bio crée de l'emploi »

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Didier Perreol, nouveau président de l'Agence bio, a été commerçant de détail, grossiste, puis fabricant-transformateur en créant en 1988 le groupe Ekibio. Il est aujourd'hui un entrepreneur confirmé et engagé au travers de ses activités professionnelles. Son objectif en tant que président de l'Agence bio ? Structurer davantage encore les filières bio en France, et faire parler de la bio !

Vous succédez à Etienne Gangneron, agriculteur de profession, à la présidence de l'Agence bio. Vous êtes à la tête d'Ekibio (transformation). Votre mandat sera-t-il fondamentalement différent du sien ?

Mon mandat sera dans la continuité de ce qui a été fait par Etienne avec une dynamique différente qui s'inscrit dans un marché poursuivant sa croissance. De nombreux défis sont à relever. Etant plus dans la communication et le volontarisme, mon action restera proche du producteur, mais ciblera aussi le consommateur dans un objectif d'information et de transparence. C'est naturel, puisqu'Etienne était agriculteur. Il avait une vision agricole.

Quelles sont vos priorités en tant que président de l'Agence bio ?

Mon premier objectif est d'accentuer la structuration des filières. De fait, la consommation de bio augmente. Mais il faut pouvoir répondre à cette demande et donc il faut donner une visibilité aux agriculteurs. Je pense, par exemple, au marché du quinoa. Je l'ai introduit en France dans les années 1990. Nous avons créé le marché avec mes équipes en donnant des prix, des volumes et une visibilité aux producteurs.

«  Mon premier objectif est d'accentuer la structuration des filières »

Nous avons appliqué les mêmes démarches pour des filières locales telles que le petit épeautre (nous avons obtenu d'ailleurs le prix de l'excellence attribué par l'Agence bio en 2012), ou encore le riz de Camargue que nous aidons à structurer ainsi que la châtaigne, pur produit typique de l'Ardèche où je suis né.

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Et en grandes cultures ?

Aujourd'hui en grandes cultures, les agriculteurs font du blé tendre, du blé dur, des légumineuses… Mais les infrastructures de stockage, de transformation sont à développer. Certaines filières sont plus en avance que d'autres. Il est ainsi urgent de développer le fonds « Avenir Bio » mis en place par l'Agence bio. Il permet d'accompagner les projets impliquant l'ensemble des acteurs des filières : agriculteurs, transformateurs et distributeurs de la bio. Promou-voir ce fonds auprès des professionnels et les accompagner dans le montage des projets constitueront un axe majeur de mon mandat. Par ailleurs, il faut faire de la communication plus offensive, ambitieuse et positive en mettant en avant les bienfaits avérés de la bio pour la planète et la santé.

Des critiques émanent ici ou là sur l'industrialisation de l'agriculture bio…

Je vois d'un bon œil la professionnalisation de la filière bio. Les PME et TPE se sont développées avec l'essor du marché dynamisé par des dirigeants aux convictions fortes. Il faut investir, se doter de moyens, d'outils financiers, de certificats qualitatifs, etc… et ce n'est pas toujours évident. L'arrivée de grands groupes isolés sur le secteur du bio peut être bénéfique, car source de diversité, de biodiversité ! Mais pas au détriment des filières, des agriculteurs et en toute transparence pour le consommateur (origine, certificat…).

Nos convictions sont le moteur de notre croissance. Il faut rappeler que le bio crée de l'emploi. La Compagnie biodiversité, dont je suis le vice-président, qui regroupe les transformateurs Ekibio, et Léa Nature représente plus de 1000 salariés et 190 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014. Au-delà de mon implication à l'Agence bio, je suis aussi vice-président du Synabio (syndicat des entreprises bio) qui regroupe les 100 plus grosses entreprises de la filière. De plus, j'ai récemment publié un livre « Entreprendre pour un nouveau monde » sur le management de l'entreprise… lambda, pas forcément dans la filière bio. Je suis dans une démarche pédagogique. Entreprendre, c'est passionnant ! Et encore possible en France, il faut y croire !

Un « Fast-book » sur « manger écologique »

Les éditions Belin viennent d'éditer un petit livre très documenté en données mais peu épais (80 pages) et rapide à lire sur le thème « Manger écologique ». Signé par Vincent Tardieu, journaliste scientifique, il comprend aussi des points de vue de personnalités telles que Guillaume Garot, Bertrand Hervieu, Jocelyne Porcher et des éleveurs comme Eric Buysse et Jacques Chiron. Le bio y a une place de choix mais pas seulement et c'est ce qui fait l'intérêt de l'ouvrage. Un livre qui prend le parti de cette alimentation écologique sous forme d'infographie.
Manger écologique, par Vincent Tardieu, Edition Belin, 80 pages, 19€.
Le même éditeur publie « L'avenir des forêts », dans la même collection.