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« Il faut se pencher sur les difficultés économiques des apiculteurs »

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Le 29 janvier, une assemblée constitutive a permis de valider les statuts de l’interprofession apicole (Interapi) et d’élire pour trois ans son président Éric Lelong, également président de la commission apicole à la FNSEA. Il raconte que le déclic qui a conduit à la création de cette interprofession a été la menace de voir disparaître l’Institut technique de l’abeille (Itsap). En 2018, parmi les questions qui devront être traitées, celle des fraudes et de la certification de l’origine.

Vous êtes le premier président de la jeune interprofession apicole validée le 29 janvier en assemblée constitutive. Une interprofession apicole… enfin ?

L’idée de l’interprofession a émergé il y a plusieurs années. Stéphane Le Foll en avait fait une priorité. Il y avait des réticences. La peur récente de voir disparaître l’Institut technique de l’apiculture (Itsap), même décrié, a été un déclic. Tout le monde s’est mobilisé et nous l’avons sauvé. Il faut maintenant définir un nouveau modèle économique et redémarrer des projets techniques pour répondre aux besoins des apiculteurs.

Comment l’interprofession dans toute sa diversité compte-t-elle y parvenir ?

La mise en place de la charte d’engagement rassemble les représentants apicoles de l’amont à l’aval (1). Aujourd’hui, il faut aussi se pencher sur les difficultés économiques des apiculteurs. Vous savez, quand on discute entre professionnels, nous sommes d’accord dans 90 % des cas. Par ailleurs, l’interprofession est représentée paritairement entre l’amont et l’aval de la filière. Les décisions seront prises à l’unanimité des deux collèges.

Pourriez-vous en dire davantage sur les difficultés économiques des apiculteurs ?

Les apiculteurs sont confrontés a des difficultés de vente en gros alors que l’on importe les deux tiers des miels consommés en France. Par ailleurs, les conditions climatiques occasionnent des pertes de production et obligent les apiculteurs à passer beaucoup plus de temps sur leurs ruches alors que le dispositif des calamités n’est absolument pas adapté à nos exploitations. Il faut donc repenser la gestion des risques. La santé du cheptel est un autre problème avec les risques liés aux pratiques agricoles ; la ressource florale qui est la nourriture des abeilles ne permet pas de couvrir les besoins durant toute l’année ; par ailleurs, les parasites contribuent à l’affaiblissement des colonies.

Dans l’immédiat, quels sont les chantiers prioritaires pour l’interprofession ?

La première échéance est de déposer les statuts validés lors de l’assemblée constitutive. Ensuite, l’État doit reconnaître l’interprofession. La prochaine réunion est prévue en février, nous allons travailler sur le règlement intérieur et le budget. Puis, nous devrons travailler à la mise en place d’une cotisation volontaire obligatoire et d’un accord interprofessionnel. Une autre question majeure est celle du statut d’apiculteur professionnel que l’interprofession doit traiter courant 2018. Le choix des critères à prendre en compte est complexe (nombre de ruches et/ou chiffre d’affaires lié aux activités apicoles et/ou autres).

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Au-delà des dossiers internes, quels sont les dossiers à mettre sur la table des décideurs politiques et économiques ?

Nous devons fluidifier le marché de gros qui concerne principalement le marché du miel toutes fleurs. Le miel devrait être classé dans la catégorie matière première. Actuellement, il est dans la catégorie épicerie. Par conséquent, les contrats ne sont pas négociés toute l’année. Pourtant, il faudrait qu’ils puissent l’être car la récolte du miel varie tout au long de l’année.

Le consommateur est en attente de qualité et de traçabilité. Il devient indispensable de trouver des moyens de garantir l’origine France de notre miel. Ce travail rejoint celui du code des usages qu’il faudra revoir. Enfin, notre apport à la biodiversité par le biais de la pollinisation est reconnu de tous, il est donc essentiel de s’insérer dans le monde agricole et de travailler avec les agriculteurs pour améliorer l’environnement. J’en profite pour saluer la décision de majorer le coefficient des jachères mellifères à 1,5 dès cette année 2018 pour les surfaces d’intérêt écologique (2). Bien d’autres sujets seront traités, il va falloir prioriser et trouver les moyens de fonctionner.

"Les apiculteurs sont confrontés à des difficultés de vente en gros alors que l’on importe les 2/3 des miels consommés en France."

(1) Les signataires de la charte d’engagement sont ADA France (Fédération nationale des associations régionales de développement de l’apiculture), Confédération paysanne, Coordination rurale, FCD (Fédération du commerce et de la distribution), FEDAPI (Fédération des coopératives apicoles de France), FFAP (Fédération française des apiculteurs professionnels), FNSEA, GPGR (Groupement des producteurs de gelée royale), SFM (Syndicat français des miels), SNA (Syndicat national d’apiculture), SNFGMA (Syndicat national des fabricants et grossistes en matériels apicoles), SPMF (Syndicat des producteurs de miel de France), UNAF (Union nationale de l’apiculture française).

(2) Cette décision avait été prise dans le cadre de l’accord sur le règlement Omnibus.

Éric Lelong, élu président de l’interprofession des produits de la ruche

Éric Lelong, (président de la commission apicole de la FNSEA) a été élu pour trois ans président de l’interprofession apicole Interapi, a-t-on appris le 30 janvier. La veille, l’assemblée constitutive de l’interprofession a permis d’élire le Comité exécutif constitué de six membres (trois membres pour la production et trois membres pour la commercialisation) : Éric Lelong (président), Vincent Michaud (vice-président), Frank Aletru (secrétaire), Marc Duret (trésorier), Joël Schiro et Bertand Freslon (membres).