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Trois questions à Jean-Pierre Loisel, du Credoc « Il ne faut pas braquer les industriels »

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Agra Industrie : Quelle est votre réaction quand une association de consommateurs attaque des entreprises agroalimentaires pour « incitation à la consommation de produits déséquilibrés » ?

Jean-Pierre Loisel : C’est une action spectaculaire, qui focalise l’attention du public, mais elle n’est pas forcément appropriée pour obtenir un résultat concret. L’UFC-Que choisir demande à la justice de régler des problèmes qu’elle n’est pas censée régler : la Santé publique n’entre pas dans ses compétences. En outre, je suis sceptique sur cette façon de procéder. Lorsque l’on attaque, on risque d’avoir en face de soi une réaction de personne agressée, qui n’est pas positive. C’est contre-productif, à mon sens.

A.I. : Selon vous, quelle méthode serait la plus appropriée pour obtenir un résultat ?

J-P.L. : Pour obtenir un résultat utile de la part des industriels de l’agroalimentaire, il aurait mieux valu dialoguer qu’attaquer, et faire du lobbying intelligent. Les professionnels de l’alimentation sont conscients des problématiques de santé publique et ils ont montré qu’ils étaient capables de prendre des décisions adaptées, comme dans le cas des OGM par exemple. Bien sûr, le rôle d’une association de défense des consommateurs est d’alerter l’opinion, mais la forme compte autant que le fond.

Dans cette démarche précisément, ce qui me gêne est l’absence de cohérence entre toutes les demandes. Que Choisir attaque les industriels pour des emballages, demande l’interdiction de la publicité pour les enfants, une meilleure composition des produits, une plus grande taxation des premix… La requête gagnerait en efficacité si elle était plus claire. Depuis quelque temps, l’UFC me semble moins prête à dialoguer et plus disposée à faire des « coups médiatiques ».

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A.I. : Remarquez-vous une évolution des attitudes vis-à-vis de l’obésité ? Les Français sont-ils bien informés ?

J-P.L. : Au niveau de la nutrition, il y a eu un bon travail de sensibilisation sur les effets d’une surconsommation de sel, de sucre ou de graisse, réalisé par des organismes comme l’Afssa. Les consommateurs savent que bien manger permet de vivre plus longtemps et en bonne santé. Et pourtant force est de constater que la plupart d’entre eux n’ont pas modifié leurs habitudes alimentaires. Des messages de type « mangez cinq fruits ou légumes par jour » sont de nature à culpabiliser le consommateur. S’il ne peut pas culturellement ou financièrement y répondre, il risque de se dire « quitte à mal manger autant le faire vraiment », et de déstructurer plus encore son alimentation.

En outre, en matière d’obésité, le problème n’est pas tant une question d’alimentation que de mode de vie. Une personne qui passe des heures devant la télévision n’a pas une bonne hygiène de vie générale. Les loisirs passifs sont à blâmer, et avec eux certains types d’aliments comme, à titre d’exemple, les sodas et jus de fruits dont la consommation s’est fortement accrue. Ces produits me semblent d’ailleurs plus emblématiques de l’obésité qu’une eau aromatisée ou une brioche. J’aimerais savoir sur quels critères ces deux produits ont été choisis.