Le président du premier groupe laitier français fait le point sur les activités de l’entreprise et l’actualité de la filière laitière, à l’issue de l’assemblée générale qui s’est tenue le 19 janvier à Paris. La coopérative a été fortement affectée par l’affaire Lactalis, mais pas par les déboires de Synutra, assure l’Aveyronnais. Selon lui, la loi Egalim aurait permis au secteur dans son ensemble de récolter 150 à 200 millions d’euros supplémentaires auprès des distributeurs. Mais tous n’ont pas encore joué le jeu.
Quels sont les résultats du groupe Sodiaal pour 2018, après une baisse l’an passé ?
Nous sommes à peu près au même niveau, avec un résultat courant consolidé de 12,7 millions d’euros. Le résultat est marqué par les investissements que nous avons réalisés, comme prévu par notre plan stratégique Value, annoncé en 2017. Cela doit améliorer les retombées d’ici 2025, mais il faut pour l’instant lancer la machine. Nous avons déjà enregistré une vingtaine de millions d’euros d’économie sur 2018, liés au plan de performance. L’objectif est d’obtenir à terme 150 M d’euros d’économie. Nous avons pour projet de passer en revue l’ensemble des sites d’ici quatre ans.
Ces économies ont permis de compenser les impacts de l’affaires Lactalis, avec la sécurisation et la réorganisation de tous nos sites. Il y aura un avant et un après Lactalis. Même si cela aura permis à toute la filière française de franchir une marche, sur le court terme, les charges de contrôle et d’audit, les travaux et les fermetures temporaires de sites ont eu des impacts négatifs sur le résultat, pour environ 20 millions d’euros.
Quels sont les résultats par métiers ?
Le fromage a bien performé, nous sommes dans les clous même si c’est un peu en baisse par rapport à l’an passé. Nous voulons mettre le paquet sur les marques AOP/Terroir ; l’amélioration de notre mix produit fait aussi partie du plan Value. Nous travaillons sur la relance de la marque Pastourelle pour le roquefort, la fromagerie de Saint-Flour pour les bleus d’Auvergne, et nous réfléchissons au lancement d’un fromage en zone comté.
Sur le lait de consommation, cela s’améliore. Nous avons lancé plusieurs produits pour capter des parts de marché sur le premium. Les débuts de la marque Les Laitiers responsables ont été timides, mais nous avons revu le packaging, et cela redémarre un peu cette année. Nous allons étendre cette gamme au beurre, à la crème et à l’emmental d’ici la fin de l’année. Nous installons les Laitiers responsables comme une marque. Pour le producteur, le retour n’est encore que de quelques euros par mois.
Quel a été l’effet de Synutra sur les comptes ?
L’affaire Synutra n’a pas eu d'impact négatif sur le résultat. Dans le deal, le rachat de l’usine est financé en partie par le rachat de la dette. Au total, le rachat de Carhaix s’élève à 131 millions d’euros, en incluant la dette. Cela nous a fait gagner entre quatre et cinq ans dans nos investissements. Nous avions pour projet de construire un outil dans l’Ouest ou le Nord. Pour nous, cet investissement fait partie de la globalité du plan Value, cela doit permettre à terme de faire monter le résultat.
Comment évolue la fixation du prix du lait, après la loi Egalim ?
Il y a deux ans, nous avons fixé la règle suivante pour la distribution du résultat : un tiers de cash au producteur, un tiers au capital de la coopérative et un tiers en réserve. Nous avons également validé l’an passé une formule de prix basée sur le mix de produits Sodiaal. Et, dernier étage de la fusée, en début d’année, nous avons validé la référence au coût de production interprofessionnel dans le règlement intérieur. Mais il y a la théorie et la pratique. Quand nous allons voir les distributeurs, ils n’acceptent pas toujours de payer ce prix.
L’an passé, nous avons partagé avec les distributeurs notre objectif de couvrir sur trois ans les coûts de production des producteurs. Sur trois ans, pour ne pas décourager le consommateur, et parce qu’on savait que la distribution ne l’accepterait pas en un an. Cette année, nous nous étions fixé pour objectif d’obtenir une hausse de 20 euros sur le marché français qui représente 40 % de nos volumes. Mais nous n’y serons pas. Cela a bien fonctionné sur les marques, moins sur les marques distributeurs. Le rendement des EGA ne sera pas complet cette année, mais cela aura un effet positif.
Pourtant vous avez annoncé des accords d’envergure, avec Lidl, Intermarché par exemple. Cela représente quelle part de votre activité et pour quel effet ?
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Ces annonces d’accords ont été faites, mais les négociations n’étaient pas terminées, notamment sur les MDD. Nous avons choisi de communiquer positivement de manière très précoce avec pour objectif d’entraîner les réfractaires, les autres distributeurs et transformateurs, dans la démarche des États généraux, faire démarrer la filière. Finalement, sur la hausse du seuil de revente à perte qui était censée générer 1 milliard d’euros, la filière laitière devrait s’en sortir avec une hausse entre 150 et 200 millions d’euros. Tout n’est pas allé dans la poche des producteurs.
Quelle est la part de l’effet de la conjoncture et d’Egalim dans ces annonces ?
Ces 150 millions, c’est l’effet Egalim, même si la conjoncture va également apporter des améliorations, notamment grâce à la protéine qui est mieux valorisée. Notez toutefois que le beurre décroche depuis 15 jours. Ce matin, nous avons dit en assemblée générale que nous nous attendons à une hausse de 8 à 10 euros du prix du lait cette année, mais avec un warning sur le prix du beurre.
Quel sera l’effet sur votre entreprise de l’ordonnance qui instaure le concept de rémunérations abusivement basse dans les coopératives ?
On considère que le gouvernement n’a pas entendu les alertes de la coopération. Notre métier est de défendre le revenu des producteurs, donc ce n’est pas le concept de revenu abusivement bas qui nous inquiète, mais que l’on assimile la relation du producteur avec sa coopérative à une relation commerciale. J’ai dans mes actifs d’exploitation le bout de l’usine qui m’appartient. En faisant ça, le gouvernement détruit la spécificité du modèle coopératif. Cela peut induire une relation qui n’est pas saine. Tout notre sujet, d’autant plus dans les grandes coopératives, est d’intéresser les coopérateurs à l’entreprise, et cette mesure les en éloigne.
En bio, Biolait freine les conversions pour éviter d’aller au-delà de la demande. Et vous ?
Nous prendrons les dernières demandes de conversions du printemps – la plupart se font en mai au moment de la Pac. Nous ferons ensuite un bilan et nous livrerons un message avant l’hiver sur nos besoins. L’an prochain nous collecterons 220 millions de lait bio en direct.
Le rapport de la Cour des comptes accuse les laiteries françaises de délocaliser. Qu’en pensez-vous ?
Pour certains privés, la France pèse effectivement beaucoup moins lourd que par le passé, car ces entreprises ne veulent pas s’embêter avec des laits moyennement valorisés et préfèrent acheter des matières premières sur les marchés internationaux. Ce n’est pas le cas des coopératives. Notre priorité est d’améliorer la valeur ajoutée issue du lait des adhérents grâce à nos laiteries et fromageries implantées sur 73 départements, au cœur des territoires. Nous avons des activités à l’étranger, comme Yoplait, mais c’est historique. Yoplait est né en 1965 et les franchises se sont rapidement développées ensuite. La coopérative disposait au départ de moyens limités, il fallait trouver une façon intelligente d’aller chercher de la valeur ajoutée sur les marchés éloignés.
Sodiaal prévoit d’ouvrir le capital aux salariés
Le président de Sodiaal Damien Lacombe a annoncé à la presse agricole le 19 janvier que le groupe avait proposé en assemblée générale l’idée d’ouvrir d’ici un an son capital aux salariés de l’entreprise. « Les agriculteurs resteront bien sûr majoritaires », a-t-il précisé. Le groupe rassemble 20 000 agriculteurs et 9 000 salariés. « Nous sommes une communauté, nous avons tous intérêt à aller dans le même sens », commente Damien Lacombe. D’autres changements de gouvernance sont prévus : la limitation du nombre de mandats (trois maximum), et un taux minimum de 20 % de femmes dans les instances représentatives d’ici 2025. Un groupe de jeunes agriculteurs a par ailleurs été créé, à qui la coopérative a donné carte blanche pour lui faire des propositions.