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« Il y a peu d’obligations vertes en agriculture, mais ça viendra »

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Le marché des obligations vertes est en train d’exploser. L’agriculture est encore peu concernée. Mais Tanguy Claquin, responsable mondial de l’équipe Sustainable Banking au Crédit Agricole, pense que cela pourrait évoluer dans les années à venir.

Qu’est-ce qu’une obligation ?

Une obligation est un emprunt sous forme de titres négociables, et donc distribuables à de nombreux investisseurs. Par exemple, pour financer leur activité, les grandes entreprises ont parfois besoin d’emprunter des sommes importantes. Pour cela, elles font appel aux marchés financiers où de nombreux investisseurs sont susceptibles de leur prêter en achetant leurs obligations.

Et une obligation verte ?

C’est une obligation qui sert à financer des projets « verts ». En pratique, les secteurs éligibles aux obligations vertes doivent contribuer à la lutte contre le changement climatique ou avoir un impact environnemental clair. Les principaux secteurs sont donc les énergies renouvelables, les transports en commun et l’immobilier durable. Les émetteurs principaux étaient historiquement les « supranationaux » comme la Banque européenne d’investissement ou encore la Banque mondiale, mais des entreprises comme EDF, Engie, etc. ont aussi émis de telles obligations. De l’autre côté, les investisseurs sont principalement des institutionnels : assureurs, fonds de pension, gérants d’actifs, etc.

Pourquoi les investisseurs s’y intéressent-ils ?

Pour eux, c’est un moyen simple de flécher leurs investissements vers des projets pour la lutte contre le changement climatique tout en restant dans un cadre simple d’achat d’obligation, identique à ce qu’ils font chaque jour. C’est un peu comme si on vous proposait du café bio et équitable à un prix identique aux autres cafés : vous achèteriez !

Comment une telle obligation fonctionne-t-elle concrètement : y a-t-il un label comme pour le café équitable ?

Ça y ressemble un peu. En pratique, l’emprunteur indique dans la documentation de son emprunt obligataire le type de projet qu’il compte financer, la manière dont il va utiliser les fonds et s’engager à faire un « reporting » régulier sur l’usage de ces fonds. En général, les émetteurs demandent aussi à des tiers de donner une opinion sur la qualité environnementale des actifs visés. L’usage des fonds s’appuie généralement sur des typologies de projets verts reconnus par le marché.

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L’agriculture est-elle concernée par le marché des obligations vertes ?

Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup d’obligations vertes en agriculture et foresterie car le lien entre agriculture et climat est moins évident à étayer que pour d’autres secteurs. Mais ça viendra : on commence à avoir des critères d’éligibilité de l’agriculture aux obligations vertes.

Le marché est-il réglementé ?

Non, le marché n’est aujourd’hui pas réglementé, sauf en Chine. La banque centrale chinoise a en effet spécifié le type de documentation et de projets verts nécessaires pour émettre une obligation verte. Le marché croit d’ailleurs très rapidement en Chine, avec des spécificités très locales. Par exemple, le « charbon propre » est considéré comme vert. Cela se comprend vu les enjeux de pollution atmosphérique en Chine.

Le marché des obligations vertes est en pleine expansion. Quelle place occupe-t-il dans les marchés financiers ?

Même si les volumes dépassaient 50 milliards de dollars cette année, ce qui est probable, les obligations vertes sont encore une petite partie du marché obligataire mondial. Mais certains observateurs n’hésitent pas à dire qu’elles pourraient un jour représenter plus de 10 % des volumes obligataires mondiaux. Si cela se produit, les obligations vertes commenceront à avoir un rôle important dans la lutte contre le changement climatique. Mais n’oublions pas qu’il ne s’agit que d’un outil parmi d’autres : la fiscalité verte, les marchés carbone, les mécanismes de soutiens publics sont d’autres outils tout aussi importants.

« Aujourd’hui, le marché des obligations vertes n’est pas réglementé, sauf en Chine. »