Le 30 septembre, l’usine de poudre de lait du chinois Synutra a été inaugurée en grande pompe. Le site qui devrait à terme faire travailler 350 personnes sera approvisionné par Sodiaal. L’objectif de Synutra est de produire 100 000 tonnes de poudre de lait par an à destination du marché chinois.
Le groupe Synutra, numéro trois de la nutrition infantile en Chine, a inauguré le 28 septembre à Carhaix (29), une vaste usine de poudre de lait, qui devrait faire travailler jusqu’à 350 personnes pour satisfaire l’importante demande chinoise. « Merci d’être venus à l’inauguration de cette usine de nouvelle génération, aboutissement d’un partenariat entre la France et la Chine de trente ans", a lancé Zhang Liang, le p.-d.g. de Synutra, devant près de 600 personnes, dont près de la moitié de Chinois. Ce dernier a salué en français la qualité des matières premières françaises : « C’est ce qui nous donne notre valeur ajoutée sur le marché chinois », a-t-il observé.
La première usine de transformation et de conditionnement de lait du groupe chinois, d’une superficie de 38 000 m2 sur un terrain de 16 hectares, a nécessité un investissement de 170 millions d’euros, le « plus gros investissement chinois à l’étranger dans la filière lait », selon le groupe. L’usine, ultra-automatisée, emploie actuellement 200 personnes, mais d’ici fin 2017, l’effectif devrait être porté à 350, affirme Synutra, qui compte poursuivre ses investissements en centre-Bretagne avec notamment un projet d’usine de lait UHT.
Pour fournir son usine de poudre de lait, Synutra a signé un contrat d’approvisionnement sur dix ans avec Sodiaal, première coopérative laitière en France. La coopérative devra ainsi collecter chaque année auprès de 800 producteurs de la région quelque 288 millions de litres de lait.
L’objectif est de produire 100 000 tonnes de poudre de lait par an à destination du marché chinois. « Aucune usine de lait infantile dans le monde n’est capable de produire ces quantités », a assuré lors d’un point presse Christian Mazuray, à la tête de Synutra France.
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« L’usine Synutra à Carhaix est un événement important pour la filière laitière du grand Ouest », se sont de leur côté félicités la FDSEA et les JA des Côtes d’Armor dans un communiqué, disant souhaiter que le projet « contribue à un rétablissement rapide et durable d’un prix pour les éleveurs ». Depuis 25 ans, la Chine importe massivement des produits laitiers afin de satisfaire les besoins croissants du marché intérieur. Cette tendance s’est fortement accrue depuis 2008 lors du scandale du lait contaminé à la mélamine, qui avait affecté 300 000 bébés, dont six étaient décédés.
En 2015/2016 (exercice clos le 31 mars), Synutra a réalisé un chiffre d’affaires de 365 M$ (environ 325 M€) en baisse de 11,8 % sur l’exercice précédent.
ENCADRE : L’OPL alerte sur la fuite de valeur ajoutée vers la Chine avec l’usine Synutra au détriment des éleveurs
L’Organisation des producteurs de lait (OPL) alerte, dans un communiqué du 30 septembre, sur "le danger" de l’implantation d’entreprise étrangère, à l’image de Synutra "qui vend les produits finis dans son pays d’origine via une filiale qui, elle, réalise les bénéfices". Avec le site industriel inauguré à Carhaix, "la plus-value que cette entreprise va ainsi faire en Chine constitue une véritable spoliation de l’économie française qui n’en retire aucun profit, y compris en termes de taxes et d’impôts", souligne l’OPL. Le syndicat évoque une boite de lait infantile dont le coût de production est de l’ordre de 5€, qui vendue en France pour 20€ sera revendue en Chine pour un montant allant de 50 à 90€. Selon l’OPL, "la valeur ajoutée part à l’étranger. Ni les producteurs, ni les entreprises n’en bénéficient". "Cet investissement n’aurait-il pas pu être réalisé directement par Sodiaal pour rendre à ses producteurs la valeur ajoutée qui leur revient ?", s’interroge le syndicat.