Selon la direction de Saint Louis Sucre, la réforme de l’OCM sucre devrait entraîner sur sa raffinerie marseillaise un déficit de l’ordre de 8 millions d’euros. Les salariés et la direction mènent un travail de réflexion depuis plusieurs mois sur les mesures à prendre. Si les syndicats ne veulent pas encore tirer la sonnette d’alarme, parmi les scénarii envisagés, la cessation d’activité de cette raffinerie semblerait pour l’instant la solution la plus plausible. Le site marseillais du deuxième sucrier français ne conserverait alors plus que son activité de conditionnement et devrait se séparer de près de la moitié de ses 247 employés.
A Marseille, les rumeurs vont bon train. Cette fois-ci, Saint Louis Sucre en fait les frais. Restructuration ? Délocalisation ? Fermeture ?! L’avenir de la raffinerie historique de la rue de Lyon serait compromis. Fin 2006, des sources internes à la société ont laissé filtrer des informations assez alarmantes. Le 9 janvier, Frédéric Dutoit, député communiste des 3ème, 15ème et 16ème arrondissements de Marseille, y faisait écho à l’Assemblée nationale. A l’occasion d’une question au gouvernement, l’élu évoquait « des menaces de restructuration, voire de fermeture » qui pèseraient sur le site, et une délocalisation de son « activité raffinage en Bosnie-Herzégovine au profit d’une spéculation immobilière à Marseille ».
Le raffinage en déficit de 8 millions d’euros
Des supputations reprises par certains titres de journaux qui ont de quoi inquiéter les salariés de la société. Pourtant, contrairement à ce qui est écrit dans la presse, les syndicats n’en sont pas encore à tirer la sonnette d’alarme. Un droit d’alerte a été engagé par le comité d’entreprise de Saint Louis Sucre « au niveau national » précise une source syndicale, et depuis mars 2006, « un travail de réflexion est mené entre les représentants des salariés ». En cause, la réforme de l’OCM Sucre, qui selon la direction rendra l’activité de raffinage du site marseillais déficitaire sur son prochain exercice à hauteur de 8 millions d’euros.
Plusieurs cas de figure envisagés
Pour sortir de l’ornière, trois scénarii seraient envisagés par la direction : augmenter la productivité et pousser de 150 000 à 270 000 tonnes les volumes de sucre traités par an ; augmenter les capacités de production et procéder à des économies ; fermer la raffinerie pour ne conserver que l’activité de conditionnement. Cette dernière solution entraînerait la suppression d’environ la moitié des 247 postes du site industriel. « L’évolution des prix d’achat de sucre de canne et les prix de vente du sucre blanc en vrac sont très difficiles à évaluer d’ici deux ans, analyse Lionel Macron, délégué CFDT au sein de l’entreprise. Les dirigeants du groupe veulent lever cette incertitude».
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Pas de délocalisation
Et si la direction « essaye d’avancer progressivement, la fermeture de la raffinerie semble aujourd’hui la plus probable» juge le syndicaliste. Quant à un possible transfert de cette activité dans les Balkans, les syndicats ont clairement démenti cette possibilité. Agrana, autre filiale de Sudzücker au même titre que Saint-Louis Sucre, va bien construire un site de production en Bosnie, mais une délocalisation dans ce pays n’aurait aucun sens. La réforme de l’OCM sucre, entrée en vigueur le 1er juillet 2006, ne limite plus le raffinage aux sites portuaires. Saint Louis Sucre pourrait ainsi plutôt rapatrier cette activité vers l’une de ses cinq sucreries de l’Hexagone.
CCE le 13 février
Mais pour l’instant, « rien n’est encore décidé » fait-on valoir auprès du groupe. « Comme tous les sucriers européens, Saint Louis doit évoluer, et tout le monde n’ira pas au fond de restructuration prévu par la nouvelle OCM», reconnaît une salariée. Prochaine étape du feuilleton, le comité central d’entreprise, qui doit se réunir le 13 février à Paris, au siège de la société. La direction devrait y faire une présentation claire de ses propositions.
Après Nestlé Saint-Menet il y a un an, l’incertitude plane aujourd’hui sur Saint Louis Sucre, Panzani, Fralib… Plus que jamais, la pérennité de l’agro-industrie marseillaise semble remise en question.