Le coton Bt, élaboré par Monsanto pour résister aux insectes, fut le premier OGM autorisé en Inde. Après des mois de polémiques, et un premier refus en 2001, le Comité d’homologation de génie génétique indien (GEAC) autorisa la commercialisation en 2002. Deux ans après, Greenpeace qualifie toujours le coton Bt de «menace contre la biodiversité». En marge du Forum Social Européen, qui s’est tenu du 12 au 15 novembre 2003 à Saint-Denis, rencontre avec Divya Raghunandan, responsable du dossier OGM à Greenpeace Inde.
Aux yeux des promoteurs des OGM, l’Inde, avec son milliard d’habitants, dont près de 70% d’agriculteurs, représente un immense marché potentiel. Autre chiffre important, environ 20% des surfaces cotonnières mondiales se trouvent en Inde. De quoi aiguiser la stratégie des firmes agrochimiques, dont la première victoire date du 25 mars 2002, avec l’autorisation par les pouvoirs publics indiens du coton BollGard, plus connu sous le nom de Bt. Du côté de Greenpeace Inde, qui cite l’exemple du Brésil, on soupçonne l’industrie agrochimique d’avoir favorisé l’importation illégale d’OGM bien avant cette date. «Une fois que les OGM sont présents dans l’écosystème, leur expansion devient difficile à réguler, quasi irréversible, et les agriculteurs n’ont alors plus le choix», explique Divya Raghunandan, responsable du dossier OGM à Greenpeace Inde. Au-delà des querelles politiques ou idéologiques, les organisations écologistes indiennes estiment surtout que l’agriculture locale, avec des exploitations d’une taille d’un hectare en moyenne, n’est de toutes façons pas capable, du point de vue structurel, de se lancer dans la production d’OGM. «Avec notre paysage agricole, il sera difficile de mettre en place des mesures de sécurité, notamment en termes de distance entre les champs», précise Divya Raghunandan. En outre, «l’immense majorité des paysans indiens ne travaille qu’à l’aide de méthodes ancestrales, qui seraient menacées à long terme par l’afflux d’OGM dans l’environnement». Divya Raghunandan stigmatise également des «phénomènes de résistance» et «des menaces sur la biodiversité». La représentante de l’organisation écologiste cite l’exemple «des innombrables variétés locales de coton, une des fiertés de l’Inde, qui seraient en danger.»
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Un potentiel de 8,5 millions d’hectares
Aujourd’hui, ce coton est cultivé dans neuf pays (Afrique du Sud, Australie, Argentine, Chine, Colombie, Etats-Unis, Inde, Indonésie, Mexique). En Inde, c’est Mahyco, filiale de Monsanto, qui commercialise le produit. Selon Monsanto, ce coton permet de «diminuer voire d’éviter le recours aux insecticides chimiques». La firme américaine évoque également des avantages économiques pour les cultivateurs. Et de citer l’exemple de la Chine, où «les agriculteurs de la province du Hebei qui ont cultivé BollGard en 2000 ont perçu 144,5 dollars par hectare de plus que les agriculteurs de variétés conventionnelles». Au contraire, Divya Raghunandan considère que l’avènement des OGM en Inde condamnera financièrement des millions de paysans, les poussant à l’exode rural. «La plupart de nos paysans sont très pauvres ! s’exclame-t-elle. Or, les semences génétiquement modifiées sont plus chères que les conventionnelles. Face aux brevets des firmes, les paysans indiens ne pourront pas payer !» La presse indienne commence d’ailleurs à évoquer de nombreux cas de piratage, avec des agriculteurs croisant des variétés locales avec des OGM pour développer leurs propres hybrides de coton transgénique. Pour l’instant, Greenpeace estime que 5% environ des agriculteurs indiens cultiveraient du coton Bt. A terme, 8,5 millions d’hectares pourraient être concernés. Enfin, l’autre grande bataille de Greenpeace en Inde, outre les OGM, consiste à sensibiliser les paysans locaux, souvent peu informés, sur les dangers du tout-chimique. «La Révolution Verte a parfois donné de mauvais réflexes à nombre d’entre eux. En Inde, l’agriculture biologique n’est encore qu’un concept», souligne Divya Raghunandan.