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Crise bretonne Industrie et agriculture dans un même bateau

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Depuis plusieurs mois, les difficultés de la première industrie française se soldent par des fermetures de sites et des licenciements. Gad SAS (porcs), Doux (volailles), Tilly-Sabco (volailles), Marine Harvest (poissons) : par centaines, les salariés manifestent leur colère et leurs inquiétudes. Le 16 octobre, le chef du gouvernement Jean-Marc Ayrault a annoncé le déblocage de 15 millions d’euros pour la filière agroalimentaire bretonne. L’annonce de la reprise de l’abattoir Gad de Lampaul par la communauté de communes est loin de combler les attentes des filières. Des mesures de fond sont nécessaires et pas seulement pour le maillon industriel. Les productions animales, elles aussi, sont en repli depuis plusieurs années : les éleveurs vont être amenés à évoluer pour répondre aux nouvelles demandes de l’industrie, leur premier débouché.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé le déblocage de 15 millions d’euros pour aider les entreprises agroalimentaires bretonnes, le 16 octobre à l’issue d’une réunion d’urgence avec une douzaine de ministres. Ces subventions gérées par FranceAgriMer seront distribuées aux entreprises les plus en difficulté ou à celles qui ont un urgent besoin d’investir. Depuis quelques mois, l’industrie agroalimentaire bretonne est malmenée (Gad SAS (porcs), Doux (volailles), Tilly-Sabco (volailles), Marine Harvest (poissons)) par une vague de liquidations judiciaires, de fermetures et de prévisions de production à la baisse. Le 14 octobre, les salariés inquiets et en colère ont bloqué l’aéroport de Brest. Les mesures d’urgence dévoilées par le Premier ministre sont loin de combler leurs attentes. « C’est insuffisant. Une formation ? Qu’est ce que les salariés vont faire avec une formation ? Il n’y a pas de débouchés », a déclaré Nadine Hourmant, déléguée syndicale FO du volailler Doux après les annonces gouvernementales. Jean-Marc Ayrault a révélé la mise en place de « contrats de sécurisation professionnelle renforcé qui garantissent le maintien de 97% du salaire net pendant une année. Les salariés feront aussi l’objet d’un accompagnement renforcé et d’un volet formation ». Dans l’immédiat, le gouvernement s’est engagé à favoriser la cession de l’abattoir Gad de Lampaul, jusqu’ici menacé de fermeture dans le plan de continuation du groupe validé par le tribunal de commerce de Rennes, le 11 octobre. « C’est réellement une hécatombe qui est en train de se produire en Bretagne », a affirmé Corinne Nicole, porte-parole CGT du groupe volailler Tilly-Sabco, « il faut s’attendre au total à la suppression de 8000 postes avec les emplois induits ».
 
Adaptation commerciale
Les mesures d’urgence mises en place en aval des filières agroalimentaires bretonnes pour arrêter l’hémorragie seront vaines sans une attention particulière aux autres maillons de la filière. Les éleveurs s’attendent à d’autres fermetures. « Ces outils de transformation qui ferment… c’est le résultat de la baisse de production observée depuis 2010 », explique Michel Mingan, directeur général du Centre d’économie rural (CER) du Finistère. Ce recul se confirme en 2012 et devrait s’accentuer en 2013. Jean-Michel Serres, président de la FNP (Fédération nationale porcine) rappelle que la production de porcs est en baisse de 2,5% en 2012 et le sera probablement aussi en 2013. Michel Mingan explique que, dans le Finistère, les éleveurs de porcs sont organisés en groupements de producteurs qui travaillent par l’intermédiaire du marché au cadran à Plérin. Les modalités de commercialisation de leurs animaux seraient modifiées par une fermeture de l’abattoir dans le Finistère, mais indirectement. « Les animaux vivants seraient transportés à l’extérieur du Finistère vers le Morbihan ou vers les Côtes d’Armor où ils seraient abattus », poursuit l’économiste. Mais la vente proprement dite resterait gérée par le marché au cadran à Plérin. Avec les annonces gouvernementales du 16 octobre, l’abattoir finistérien devrait être temporairement épargné.
En filière avicole, les remaniements du groupe Doux ont eu aussi des conséquences sur l’élevage hors-sol français. « Il n’y a pas d’abattoirs sans élevage », avertit Daniel Audigan, président des éleveurs du volailler Doux. En 2012, le groupe Doux s’était concentré sur ses activités Produits élaborés et Export, en se séparant de son pôle frais. Pour Daniel Audigan, le groupe dégage de nouveau de la marge. « C’était un mal pour un bien », analyse-t-il. Face à cette restructuration, près de 300 éleveurs ont dû choisir : honorer de nouveaux contrats avec Doux ou trouver un autre acheteur. « J’ai travaillé pendant vingt ans avec le groupe Doux. Aujourd’hui, je travaille avec une coopérative. J’ai trouvé une place laissée par des gens qui partaient à la retraite. Mais c’est rare de trouver », raconte André Lorieu, ancien éleveur pour le volailler Doux.
 
Adaptation technique
Son cas est exceptionnel : la majorité des éleveurs de Doux sont restés au prix d’une évolution de la conduite de leurs élevages. Ils doivent honorer de nouveaux contrats dont les modalités ont changé. « Les vides sanitaires sont plus courts », poursuit André Lorieu. Autrement dit : l’organisation du travail des éleveurs doit évoluer pour faire face à la nouvelle demande du groupe. « Si on ne s’adapte pas, on mourra », lâche Daniel Audigan. Autre exemple d’une nécessaire réadaptation: Tilly-Sabco devait inaugurer le 21 octobre un nouvel outil de saucisses de poulet. L’activité ne représente que 7% du chiffre d’affaires (contre 90% pour les poulets entiers surgelés destinés aux marchés du Moyen-Orient), mais le contexte économique défavorable aux exportations pousse l’industriel à élaborer une nouvelle stratégie et en attendant à baisser sa production. Face à la suppression des restitutions à l’export, Daniel Sauvaget, p.-d.g. de Tilly-Sabco, avait annoncé à l’été 2013, devoir ainsi baisser sa production de 40%. Michel Mingan rappellent que cette prévision se traduit concrètement pour les éleveurs de Tilly-Sabco par un « allongement des vides sanitaires».
 
Adaptation réglementaire
Au-delà d’une réadaptation nécessaire de l’offre agricole à la demande industrielle, l’ensemble des maillons de la filière rappelle que les charges doivent être minimisées. « Dans le cadre de la pause fiscale annoncée, nous exigeons, à nouveau, le report sine die de l’écotaxe, nouvel outil de distorsion de concurrences intraeuropéennes », affirme un communiqué des professionnels bretons, le 16 octobre. Une revendication collective majeure reste l’exonération de l’écotaxe pour la filière agricole et agroalimentaire en Bretagne. « L’Etat a déjà accordé une réduction de 50 % du montant de l’écotaxe et exclu du réseau taxé la route nationale 164 qui est l’axe vital de la région pour le secteur agroalimentaire », a rappelé le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault. L’écotaxe fait partie des questions traitées par le gouvernement pour l’avenir de la Bretagne. Elle doit entrer en vigueur au 1er janvier 2014 et reste très contestée par les filières agricoles et agroalimentaires. Le préfet de la Région de Bretagne va engager une concertation pour identifier « toutes les situations spécifiques » liées à l’écotaxe. Par ailleurs, en plus des 15 millions d’euros de subvention de crise pour les entreprises les plus en difficulté, Jean-Marc Ayrault a assuré qu’environ 100 millions d’euros seraient investis entre 2014 et 2020 pour développer les transports, en particulier la «deux fois deux voies » très attendue de la RN164. La Banque publique d’investissement va aussi « renforcer son action en Bretagne dans les semaines à venir », assure le Premier ministre. Le suivi de ces mesures sera assuré par Gilles Ricono, jusqu’ici directeur de cabinet du ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, et qui va rejoindre le cabinet du Premier ministre. Proche de Jean-Yves Le Drian, il avait été directeur général des services de la région Bretagne. Un homme de Roscoff, où son nom circulait pour les prochaines municipales. Il sera en pays de connaissance.

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