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Santé/Obésité Industrie et syndicats d’accord pour estimer que la fiscalité n'est pas la solution contre l'obésité

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Dans une position commune, FoodDrinkEurope, le lobby de l'industrie alimentaire de l'UE, et Effat, la Fédération syndicale européenne pour les secteurs de l'agriculture, de l'alimentation et de l'Hôtellerie, s'opposent aux « taxes discriminatoires » sur les aliments et les boissons introduites par certains États membres pour lutter contre les problèmes d'obésité de la population. Les deux organisations plaident en faveur de mesures plus globales visant à encourager des habitudes alimentaires responsables et un changement de comportement positif chez les consommateurs en Europe.

Comme on le sait, les gouvernements de certains États membres de l'UE, dont la France, ont récemment introduit des taxes sur certaines catégories d'aliments et d'ingrédients alimentaires tels que le sucre, les matières grasses, les édulcorants artificiels, les boissons gazeuses, les plats préparés rapides et les produits de la pâtisserie. Ces gouvernements justifient ces mesures comme un moyen efficace pour relever le défi sociétal des taux croissants d'obésité et d'autres maladies non transmissibles. Cependant, rappellent les opérateurs industriels de l'alimentation, « les preuves scientifiques prouvant que la fiscalité constitue un moyen efficace de changer le comportement des consommateurs et de la lutte contre l'obésité avec succès et d'autres maladies non transmissibles sont encore peu concluantes ». La position commune de l'industrie alimentaire et du syndicat du secteur alimentaire européen sur les taxes alimentaires appelle les dirigeants européens à adopter une approche globale de la lutte contre l'obésité en encourageant notamment la promotion de l'éducation nutritionnelle, en soutenant les personnes souffrant de troubles alimentaires tout en exigeant que tous les acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire « assument la responsabilité de la promotion de choix alimentaires plus sains ». Mella Frewen, la directrice générale de FoodDrinkEurope, a indiqué à ce propos : « Cette déclaration commune marque un développement important pour les partenaires sociaux de l'UE dans l'industrie alimentaire et des boissons et témoigne de leur conviction que les taxes discriminatoires sur les aliments ne sont pas la solution pour aider à lutter contre l'obésité et les maladies non transmissibles ». Elle considère qu'une « approche plus cohérente » est nécessaire, « chaque acteur jouant son rôle, pour aider à créer un changement positif de comportement dans les habitudes des consommateurs ». Pour sa part, Harald Wiedenhofer, secrétaire général de Effat, estime que l'UE et les États membres devraient faire en sorte « que tous les Européens, y compris les personnes à faible revenu, puissent accéder à la fois à une variété d'aliments frais et sains à des prix abordables et à des informations sur la nutrition et les modes de vie sains ». Une autre préoccupation de l'industrie alimentaire réside dans le fait qu'à ses yeux, ces taxes alimentaires « sont susceptibles de favoriser la concurrence déloyale et les achats transfrontaliers ». La preuve que ces taxes ne sont pas la solution adéquate, disent les industriels de l'alimentation, « le gouvernement danois a annoncé récemment qu'il abrogeait une taxe sur les boissons gazeuses, laquelle aurait coûté au pays des millions d'euros dans la mesure où les consommateurs danois se sont sentis obligés de franchir la frontière pour faire leurs courses en Allemagne où n'existent pas de telles taxes ».

Une taxe jugée « discriminatoire »

Autre argument de l'industrie et des syndicalistes du secteur alimentaires contre les taxes alimentaires : d'un côté, elles peuvent « nuire à la compétitivité des industries agroalimentaires de l'UE » et, de l'autre, elles sont « économiquement régressives, car elles pénalisent particulièrement les populations à faible revenu, ces dernières étant connues pour dépenser une part plus importante de leurs revenus dans l'achat de nourriture ». Ces taxes sont également « discriminatoires car elles ciblent certains produits alimentaires et ingrédients et pas d'autres comparables ou équivalentes par leur contenu ». Last but not least, ces taxes « faussent également le fonctionnement du marché intérieur de l'UE, car elles génèrent des incertitudes quant aux plans d'investissement en cours et aux accords commerciaux en mettant potentiellement en jeu les opérations productives et les emplois dans le secteur alimentaire ».

Peuvent mieux faire pour relever le défi de l'obésité

Industriels et syndicalistes de l'alimentaire soutiennent que « tous les acteurs tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire – industrie, agriculteurs, commerçants, syndicats, consommateurs et organisations non gouvernementales – ont déjà fait beaucoup de progrès de sorte que les aliments et boissons disponibles pour les consommateurs de l'UE répondent aux meilleurs critères de santé et de qualité ». Ils ajoutent que de nombreux produits alimentaires ont déjà été reformulés pour répondre notamment aux demandes des consommateurs en matière de versions « light » et de taille des portions ». L'information nutritionnelle donnée aux consommateurs est, selon eux, également devenue aujourd'hui « beaucoup plus accessible et plus claire et la publicité sur les produits alimentaires et les boissons est devenue plus responsable ». Néanmoins, les partenaires sociaux reconnaissent qu'on pourrait faire plus pour relever les défis sociétaux liés à l'augmentation de l'incidence de l'obésité ainsi que des maladies non transmissibles au sein de l'UE. Ils se disent « prêts à prendre leurs responsabilités au sérieux et s'engagent à fabriquer, promouvoir et vendre des produits alimentaires qui, non seulement, sont sûrs et savoureux à manger, mais contribuent aussi à la santé et à la nutrition des consommateurs en faisant partie d'un régime alimentaire équilibré ». De telles initiatives incluraient les éléments suivants : assurer l’accès des personnes défavorisées et à revenu modeste aux fruits et légumes frais et les encourager à intégrer ces aliments à leur régime; promouvoir des prix abordables en fonction des revenus du consommateur ; encourager des styles de vie sains, particulièrement parmi ceux qui peuvent difficilement se le permettre ; et tenir compte de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée pour permettre aux gens de manger à des heures adéquates et de cuisiner. Les membres de l'EFFAT notent, en ce qui les concerne, que « la qualité des conditions de travail est liée à la production d'aliments de qualité et à une meilleure santé pour les travailleurs ». Ils estiment que l'un des principaux aspects de la lutte pour mettre un terme à ces questions d'accès est précisément « la création de relations plus équitables entre les acteurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire afin que les prix des aliments reflètent leur coût réel et que les bénéfices soient mieux répartis entre les différents acteurs – y compris les travailleurs au lieu d'être concentrés entre les mains d'une poignée de puissants acteurs».

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