Le groupe morbihannais Floch et Marchand renforce sa structuration industrielle dans la charcuterie-salaison avec un nouvel investissement dans sa filiale Clermont. Il développe du même coup son orientation libre-service. Il se félicite aussi des marchés de l’est de l’Europe qui se révèlent de gros acheteurs de viande porcine.
Jean Floch investit encore. Il injecte 6 millions d’euros dans sa filiale Clermont à Liffré en Ille-et-Vilaine, une des cinq usines de la branche charcuterie-salaison qui représente le tiers environ de son activité (50 000 tonnes sur 155 00 tonnes de viande). A la fin des travaux prévue en avril, Clermont disposera de 2 000 mètres carrés supplémentaires (6 500 mètres carrés au total), de capacités de production augmentées à 8 000 tonnes (+2 000 tonnes) et « d’une traçabilité renforcée », souligne Yoann Desilles, directeur-adjoint de Clermont.
Dans le contenu des gammes, pas de révolution à attendre. La plus petite unité de la branche charcuterie-salaison du groupe Floch et Marchand traitera, demain comme aujourd’hui, avec la grande distribution, la RHD, les commerces de proximité et l’industrie. Avec toujours une priorité au rayon à la coupe pour les produits de charcuterie-salaison en GMS, à sa marque essentiellement, le libre-service accueillant toutes les références de saucisserie de Clermont.
Le libre-service, une orientation importante
Cependant, Clermont va apporter deux nouveautés. Elle va installer une ligne de conditionnement de saucisses sous atmosphère contrôlée pour faire passer la DLC de 6 à 12 jours. D’autre part, elle annonce son intention de se positionner dans la viande fraîche (côte de porc, sauté de porc…) vendue en unités de vente consommateur pour le libre-service des grandes surfaces. « Ces produits seront vendus sous la marque Clermont avec un nouveau packaging », indique Yoann Desilles.
Le libre-service révèle, en fait, une orientation importante dans la stratégie de Floch et Marchand. « C’est là que nous enregistrons les plus fortes croissances, même s’il faut relativiser car nous ne sommes entrés dans la charcuterie-salaison qu’en 2000 », précise le directeur de branche, Michel Boulaire. La charcuterie-salaison dans le groupe morbihannais représente 50 000 tonnes de produits finis fabriqués dans cinq usines, en gros le tiers de l’activité (500 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année), mais la valeur veut-elle encore dire quelque chose quand les prix restent bas ? Première fabrication : le jambon avec 15 à 20 000 tonnes des fabrications, suivi des lardons et saucisses (5 000 tonnes chacun), des saucisses de Strasbourg, des andouillettes… La marque Jean Floch recouvre tous les produits livrés à la RHD, mais seulement la moitié des charcuteries livrées aux GMS, en priorité en saucisserie où les marques restent nombreuses, comparativement au jambon où les positions paraissent solides.
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2004 : une année équilibrée
Les « usines sont globalement neuves », souligne le directeur de branche. Floch et Marchand a investi massivement, de l’ordre de 30 millions d’euros, en quatre ans pour faire sortir de terre plusieurs outils dédiés à la surgélation, la charcuterie fraîche et les conserves de salaisons. Dans un contexte de croissance, le groupe prévoit d’ores et déjà d’investir de nouveau dans sa branche charcuterie-salaison en 2005. Selon Michel Boulaire, il est prévu l’agrandissement de la salaison de Baud en 2005, puis de celle de Locminé en 2006. De 50 000 tonnes, le volume de la branche devrait être porté à 70 000 tonnes.
Du porc, toujours du porc et rien que du porc : Bernard Marchand, le fidèle lieutenant de Jean Floch, devenu co-actionnaire du groupe et directeur des usines d’abattage, demeure viscéralement attaché à cet adage. Il qualifie d’équilibrée l’année 2004 pour son entreprise, avec 155 000 tonnes de viande traitée à l’abattoir découpe de Locminé. En langage « porcin », cela signifie que « les prix bas du début d’année n’ont pas favorisé l’abattage mais la salaison », et que ce fut l’inverse pendant la seconde partie de l’année avec des prix de marché un peu meilleurs.
Forte activité à l’Est
Toutefois, ajoute M. Marchand, l’année a été « satisfaisante dans notre fonctionnement en raison de notre forte activité à l’est de l’Europe ». Les dix pays entrants dans l’Union européenne se sont révélés de gros acheteurs, payant rubis sur ongle. De 20 % en moyenne habituellement, les ventes du groupe à l’exportation ont bondi à « 35-37 % sur le second semestre ». Et rien n’indique que ces flux s’infléchiront en 2005. Ce rebond à l’exportation fait plus que compenser l’atonie du marché français, jugé par M. Marchand tout à fait « morose». Mais il est probable que la consommation de viande de porc redémarrera l’année prochaine.
Selon Bernard Marchand, qui relate des propos entendus auprès de spécialistes de la viande bovine, « les prix du bœuf, déjà chers, pourraient encore grimper au début de l’année », dit-il. Des transferts de consommation sont donc parfaitement envisageables. Aussi le prix payé à la production porcine, en panne depuis bientôt trois ans, devrait-il être revalorisé. Il ne peut y avoir d’industrie performante sans une agriculture forte, répètent à longueur d’année les industriels bretons. Cette perspective de marché conforte le groupe Floch et Marchand. A ses 155 000 tonnes de viande de porc traitée, il ajoutera l’année prochaine près de 55 000 tonnes de viande de porcs de l’abattoir de Loudéac (Côtes-d’Armor), qui vient de rouvrir après travaux pour pouvoir abattre et découper des porcs charcutiers auprès des coches. Un signe de confiance en soi dans une industrie souvent désignée en surcapacités.