Le récent vote du Parlement européen exigeant la mention obligatoire du pays d'origine des viandes utilisées dans les aliments transformés n'est vraiment pas du goût des industriels et des distributeurs alimentaires de l'UE. Contrairement aux associations de consommateurs, les producteurs et détaillants considèrent en effet que le vote des eurodéputés ne fera que nuire non seulement aux entreprises alimentaires, mais également aux consommateurs eux-mêmes, ainsi qu'à l'environnement.
Le vote du Parlement européen, le 11 février, d'une résolution appelant à l'étiquetage obligatoire du pays d'origine de la viande utilisée dans les aliments transformés reste visiblement en travers de la gorge des industriels et des distributeurs alimentaires européens. C'est le sentiment qui prévaut au regard des commentaires des intéressés au lendemain de ce vote. Ainsi FoodDrinkEurope (FDA), le lobby de l'industrie alimentaire de l'UE, a réitéré « sa vive préoccupation » quant à l'impact d'une telle exigence d'étiquetage du pays d'origine pour les entreprises, les consommateurs et l'environnement. Selon FDA, les entreprises dans toute l'Europe, qu'elles soient petites ou grandes, « seraient affectées négativement » et en particulier celles qui sont situées dans les régions frontalières, lesquelles devraient ressentir encore plus d'impact. « Fournir aux consommateurs des informations sur l'origine des produits alimentaires, l'industrie le fait déjà et sur une base tout-à-fait volontaire », se plaît à rappeler le porte-voix de l'industrie alimentaire européenne. « Nous le faisons chaque fois que la demande en est exprimée par le consommateur et quand bien sûr cela est possible du point de vue opérationnel ». Cependant, en ce qui concerne en particulier les produits transformés plus complexes, comme par exemple le jambon ou le salami dans une pizza ou encore les boulettes de viande dans une soupe toute prête, « exiger un étiquetage obligatoire du pays d'origine aurait de profondes conséquences négatives sur les entreprises », estime le porte-parole de FoodDrinkEurope. Celui-ci explique que les viandes utilisées dans les aliments transformés proviennent souvent de pays différents de l'UE et hors UE. Et pour compliquer encore les choses, « la liste de ces pays peut changer fréquemment afin d'assurer un prix abordable, une qualité constante et une disponibilité constante aux consommateurs de toute l'Europe et au-delà ». Forcer les entreprises à mentionner obligatoirement le pays d'origine de la viande dans les aliments transformés reviendrait, selon FDA, non seulement à « installer des lignes de production et des lots différenciés selon les pays mais également à réduire la possibilité d'acheter à différentes sources » avec pour principal corollaire de rendre la production « plus coûteuse et de créer plus de déchets alimentaires ».
LES DISTRIBUTEURS EUROPÉENS PRIVILÉGIENT L'APPROCHE VOLONTAIRE
EuroCommerce, le groupe de pression du commerce de détail et de gros de l'UE, se dit également « déçu » de l'issue du vote du Parlement européen sur l'étiquetage du pays d'origine de la viande dans les aliments transformés. Inviter la Commission européenne à proposer une législation communautaire rendant obligatoire l'étiquetage du pays d'origine obligatoire pour toutes les viandes dans les aliments transformés serait un non-sens, selon les distributeurs européens. Christian Verschueren, le directeur général d'EuroCommerce, estime que « l'étiquetage obligatoire de l'origine des viandes utilisées dans les produits transformés n'apporterait que très peu pour l'information des consommateurs », lesquels, insiste-t-il « ont indiqué qu'ils ne considéraient pas cet étiquetage comme une priorité ». Pour le patron d'EuroCommerce, l'étiquetage obligatoire de l'origine des viandes dans les aliments transformés n'aboutirait tout simplement qu'à « alourdir le fardeau des affaires avec des coûts supplémentaires, qui, comme la Commission européenne l'a clairement déjà indiqué, obligeant ainsi le consommateur à en payer le prix ». Selon lui, « l'approche volontaire adoptée par les détaillants est en mesure de répondre beaucoup plus efficacement aux desiderata des consommateurs ».
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SATISFECIT DES ASSOCIATIONS DE CONSOMMATEURS
En revanche du côté des consommateurs, le vote des eurodéputés est salué avec tout l'enthousiasme que l'on peut deviner. Ainsi Monique Goyens, directrice générale du Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) se dit « ravie que le Parlement européen ait saisi une occasion en or pour soutenir ce que 90 % des consommateurs européens réclament depuis plusieurs années : une chaîne d'approvisionnement en viande plus transparente ». Elle estime que « le droit de savoir d'où vient la viande de leurs hamburgers et de leurs saucisses a finalement été reconnu ». La directrice du BEUC rappelle que pas plus tard qu'il y a quelques jours, des tests britanniques ont révélé que « un plat préparé d'agneau sur cinq (plats à emporter, ndlr) contenait des sortes de viande non déclarées sur les étiquettes ». Elle estime « qu'il est grand temps que des mesures soient prises pour s'assurer que les fabricants soient au courant et qu'ils étiquettent ce qui se trouve dans leurs produits ». Selon Monique Goyens, « l'étiquetage obligatoire de l'origine des viandes utilisées dans les aliments transformés est la meilleure manière de le savoir ». Pour elle, « ce vote des eurodéputés est encourageant pour ce qu'il est. Maintenant, nous émettons l'espoir que la Commission européenne en tiendra compte et qu'elle répondra aux attentes des consommateurs ».