Réunis autour d’une table ronde sur la filière lait et la distribution lors de la convention annuelle d’Atla, certains distributeurs se sont inquiétés des conséquences de la hausse des prix des produits laitiers sur la consommation. Au dire de ces derniers, les volumes seraient déjà en train d’accuser une baisse, dans un rayon en panne d’innovation pour certains.
Alors que le projet de loi Chatel a été adopté à l’Assemblée nationale, Atla (Association de la transformation laitière française) réunissait autour d’une table ronde, dont le thème était « Filière lait et distribution, quelle nouvelle donne ? », Olivier Fontaine, responsable du groupe frais laitier d’Intermarché, Michel Gallo, directeur général des supermarchés Match, Philippe Lauthier, directeur général adjoint de Monoprix, et Jérôme Bédier, président de la FCD.
Si seul Olivier Fontaine montrait sa satisfaction concernant la loi Dutreil, qui a permis « de relancer l’enseigne et de retrouver une dynamique de différenciation », les responsables des enseignes présents demandent aux pouvoirs publics d’aller plus loin que la « plate-forme » et que la loi Chatel, notamment en permettant la négociabilité des CGV. « Nous sommes passés à côté de l’occasion de sortir par le haut du marasme de la loi Galland qui a produit tant d’effets pervers. Dans un contexte où les pouvoirs publics demandent de faire un effort pour le pouvoir d’achat des Français, il est très dur d’expliquer l’augmentation des prix. Comment retravailler avec le consommateur et faire des volumes ? c’est la première question à se poser. Sortons de ce débat et regardons ensemble les problèmes de positionnement prix », souligne Jérôme Bédier, qui serait favorable au retour des marges avant. « Nous avons intérêt à revenir sur des vraies négociations à l’avant sous forme de réduction de prix ou d’avoir. Remonter la coopération commerciale à tarif égal irait dans le bon sens », insiste-t-il.
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Ne pas favoriser le hard discount
De son côté, Michel Gallo s’est inquiété de la montée du hard discount, alors qu’il avait enregistré une légère baisse ces derniers mois, due en partie à l’augmentation des tarifs générés par la hausse des matières premières. Hausse nécessaire pour des industriels qui subissent de plein fouet l’augmentation de leurs coûts de revient. « Le législateur a voulu s’en mêler et n’a pas apporté les bons remèdes. Nous n’avons rien résolu. Il y a un vrai risque que le consommateur se tourne vers le hard discount. Il doit exister mais on ne doit pas trop le servir. Or c’est ce qui se passe aujourd’hui. De plus, les distributeurs vont devoir développer et mettre en avant les MDD et les premiers prix, ce qui entraînera une dévalorisation du rayon », a-t-il expliqué. Le manque d’innovation dans ce rayon a également été pointé du doigt par le directeur général adjoint de Monoprix. « L’innovation n’existe pas et les volumes s’écroulent. Si on augmente les prix sans véritable innovation des assortiments, on va avoir une déconsommation. Souvenez-vous de ce qui s’était passé sur le rayon de la viande, qui baisse de 4 à 5% par an. Quelques chiffres le prouvent déjà en France », explique Philippe Lauthier qui avance « une hausse de 3,8 % des prix et une baisse entre 1 et 2,3 % des volumes ». Et « si le marché continue à diminuer, il va y avoir des arbitrages. Ce n’est pas une menace mais il ne faudrait pas en arriver là », note Michel Gallo. « Le danger serait de limiter les mètres de linéaires, ce serait catastrophique à terme », renchérit Olivier Fontaine. Les distributeurs seraient d’ailleurs méfiants quant aux augmentations de tarifs proposés qui ne sont pas toujours justifiées, selon Michel Gallo. D’après lui, le manque de transparence de la part de certains industriels met le distributeur en position de défense. Et l’arbitrage pourrait se faire sur les promotions. « Il est difficile pour le moment de fixer les prix de vente sur les prospectus », a-t-il indiqué. « Combien de temps la guerre des prix va durer ? », a lancé Philippe Lauthier.