Ni les agriculteurs, ni l’industrie agroalimentaire, ni la grande distribution n’ont profité du contexte inflationniste pour dégager des marges excessives au premier semestre 2022 d’après les conclusions d’un rapport de l’Inspection générale des finances.
« Il n’y a pas eu de profiteurs de l’inflation dans l’alimentaire », a affirmé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire dans les colonnes du Parisien, le 5 novembre, en s’appuyant sur un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF). « La conclusion est sans appel : il n’y a pas eu de profiteurs de l’inflation dans l’alimentaire. Ni les agriculteurs ni les distributeurs, ni l’industrie agroalimentaire n’ont pris au passage de rémunération excessive », résume le ministre. Il avait lui-même commandé cette étude auprès de l’IGF en réponse aux affirmations de Michel-Edouard Leclerc. Fin juin, le président du comité stratégique des magasins E.Leclerc avait déploré que « la moitié des hausses demandées » par les industriels dans le cadre de renégociations sur le prix des denrées destinées à être vendues par les grandes surfaces n’étaient « pas transparentes » et étaient « suspectes ».
Le rapport de l’IGF conclut qu’il n’y a pas eu d’effet d’aubaine du côté de l’industrie comme de la distribution en pleine flambée de l’inflation. L’industrie agroalimentaire « a comprimé ses marges », tandis que « la grande distribution n’a pas contribué à renchérir les prix à la consommation des produits alimentaires », relèvent les rapporteurs. Cette compression des marges à l’aval amortit la hausse des prix à la consommation. En effet, les prix alimentaires ont fortement augmenté en France, mais l’inflation est inférieure à celle enregistrée dans les autres pays européens : 14,4 % en Allemagne, 13,1 % en Espagne sur un an au mois de septembre, contre moins de 10 % en France.
Rentabilité en baisse dans l’industrie
Si l’on entre dans les détails du rapport publié le 7 novembre, l’IGF a comparé l’excédent brut d’exploitation (EBE) des entreprises des différents maillons de la chaîne entre le premier semestre 2019 – avant la crise Covid et l’inflation – et le premier semestre 2022. Il apparaît que la rentabilité de l’industrie agroalimentaire a baissé significativement (16 %) : la hausse du prix des intrants « n’est pas compensée par celle des prix de vente de la production à la grande distribution ». À elle seule, la contraction de l’EBE de l’industrie contribuerait à réduire la hausse des prix à la consommation de 1,3 %. L’industrie agroalimentaire a donc joué un rôle tampon. Or, son taux de marge se dégrade déjà de façon tendancielle. Il est passé de 45 % au début des années 2000 à 35 % aujourd’hui, rappelle l’IGF. Quant à la rentabilité de la grande distribution, elle « se dégrade très légèrement de 1 % », majoritairement à cause des revalorisations salariales.
A contrario, la rentabilité des exploitations agricoles progresse globalement de 12 %, « principalement sous l’effet d’une hausse des prix de vente de la production ». La hausse des revenus des agriculteurs est essentiellement due à l’augmentation des prix des céréales et oléagineux, avec possiblement un effet indirect de la loi Egalim 2 qui a sanctuarisé le coût de la matière première agricole dans les négociations en aval.
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L’essentiel des hausses lié aux produits agricoles
Les rapporteurs se sont également penchés sur les marges brutes dégagées par les différents maillons sur douze produits alimentaires : le jambon cuit, le bœuf haché, l’escalope de poulet, le lait demi-écrémé, le veau, la viande ovine, le yaourt nature, le beurre, l’emmental, le camembert, la baguette et les pâtes alimentaires. Ils confirment que l’essentiel de la hausse des prix des produits alimentaires est lié aux prix des matières premières agricoles (MPA). Pour huit produits, la hausse de la MPA est « très significativement supérieure à celle du prix de vente » ce qui signifie que « l’industrie agroalimentaire et la grande distribution ont comprimé leurs marges brutes » sur ces produits.
Dans le détail, la grande distribution a significativement diminué ses marges brutes sur certains produits : de 15,6 % sur les pâtes alimentaires et de 6 % sur le bœuf haché, par exemple. Tandis qu’elle l’a augmenté sur d’autres : de 6,1 % sur le camembert et de 4,2 % sur le yaourt. Pour ce qui concerne le maillon industriel, l’augmentation des coûts de production est « significativement supérieure » à l’évolution de sa marge brute sur les deux-tiers des produits étudiés. La marge brute des industriels augmente cependant sur l’escalope de poulet, le beurre et le jambon, sans que cette hausse puisse être qualifiée d’ « anormale », souligne l’IGF.
Pour aller plus loin sur la question des marges et du pouvoir d’achat, Bruno Le Maire propose d’organiser début 2023 une « convention sur le partage de la valeur » - tous secteurs confondus -, au sein du parti Renaissance.
Pas d’effet d’aubaine dans l’industrie et la distribution
L’industrie a joué un rôle tampon
La rentabilité des exploitations agricoles progresse de 12 %
Inflation : la hausse des prix accélère en octobre à 6,2 %, une première depuis 1985
Les prix à la consommation auraient augmenté de 6,2 % sur un an à la fin du mois d’octobre, selon une estimation provisoire de l’Insee, contre 5,6 % fin septembre. Un niveau d’inflation jamais atteint en France depuis juin 1985, quand la hausse des prix enregistrée était de 6,4 % sur un an. La flambée des prix s’accélère sur l’énergie, l’alimentation et les produits manufacturés. L’inflation sur les produits alimentaires atteint 11,8 %. Les prix des produits frais enregistrent la hausse la plus forte dans la catégorie des produits alimentaires : 16,9 %, contre 11 % sur le reste. L’écart se creuse de mois en mois : les hausses étaient respectivement de 11,3 % sur les produits frais et de 9,6 % sur le reste à fin septembre. Quant à l’inflation des prix de l’énergie, elle est à 19,2 %.