Abonné

Influenza : assouplissement de l’accès au plein air pour les gallus

- - 6 min

Sur avis de l’Anses, le ministère de l’Agriculture a assoupli l’accès au plein air pour les volailles galliformes (poulets, dindes, etc.) en lien avec le risque d’influenza. Des mesures applicables notamment en été, où la chaleur provoque des pertes chez les animaux claustrés.

Après avoir reçu l’avis de l’Anses sur ce sujet, le ministère de l’Agriculture a annoncé, dans un communiqué du 16 décembre, plusieurs « adaptations des modalités de mise à l’abri » pour les gallus plein air en contexte d’influenza aviaire. « La mise sous parcours réduits pour les Gallus, pintades et dindes sera désormais autorisée pendant la période la plus à risque (15 novembre au 15 mars) », sous réserve d’un « audit de biosécurité favorable ». Cette possibilité était jusque-là conditionnée à des problèmes de bien-être animal, attestés par une visite vétérinaire. Une condition supprimée temporairement dans l’attente de l’avis de l’Anses. L’obligation de visite vétérinaire préalable est toutefois maintenue dans les zones réglementées (autour des foyers d’influenza) et « à proximité d’une zone humide ».

Deuxième nouveauté : « Les surfaces des parcours réduits pourront être réévaluées », annonce la Rue de Varenne, sans donner de chiffre. Alors que la règle est aujourd’hui de 500 m2 pour 1 000 volailles, l’Anses recommande de définir une surface maximale en fonction de la distance entre le bâtiment et la fin du parcours (20 à 30 m maximum). Dans son avis, l’agence sanitaire suggère aussi de « veiller à l’aménagement des parcours réduits (implantation d’arbres et de haies) » et de « garder ces parcours à distance des plans d’eau » (au moins 500 m). Autre aménagement souhaité par l’Anses : si possible « privilégier la sortie des volailles en début d’après-midi », au moment où les contacts avec la faune sauvage sont « réduits ».

Sortie des poulets dès huit semaines

Comme demandé par le Synalaf (volailles label), le ministère abaisse à huit semaines l’âge minimal de sortie des poulets de chair sur parcours réduits « durant la période estivale (15 mai au 15 septembre) ». Un compromis entre le cadre sanitaire actuel (dix semaines) et les cahiers des charges Label rouge (six semaines). Dans les faits, ce nouvel âge minimal a déjà été appliqué par la DGAL (ministère) entre mai et novembre 2022, car les producteurs rencontraient « des difficultés de maintien en claustration des volailles en bâtiment » dès la fin du printemps.

Lire aussi Influenza : crainte d’un « renforcement des contraintes » en plein air

Comme le rappelle la Rue de Varenne, ces différentes mesures d’assouplissement sont motivées par « des problématiques de bien-être ou de santé animale » observées lors de la mise à l’abri durant l’été 2022. Une période marquée par la poursuite de la circulation du virus, mais aussi particulièrement chaude. Le Synalaf a relevé des mortalités allant jusqu’à 6 % pour des volailles claustrées en été, contre 2 % en plein air. Selon le syndicat, l’ensemble des pertes économiques dues à la mise à l’abri totalisent environ 1 420 € sur un lot de poulets de chair Label rouge de printemps, « soit une baisse de 30 % ». Autre indicateur : sur 3 019 élevages de gallinacées, « 570 dérogations ont été demandées par les éleveurs pour des motifs liés exclusivement aux problèmes de bien-être animal », selon une enquête réalisée durant l’épizootie 2020-2021

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

influenza aviaire
Suivi
Suivre

Aucune alternative à la mise à l’abri

En revanche, l’Anses a écarté une autre demande du Synalaf, qui souhaitait la fin de l’obligation de mise à l’abri en niveau de risque « modéré » dans les ZRP (« zones à risque particulier », soit les zones humides prisées par les oiseaux migrateurs). Idem pour l’abaissement à 25 semaines de l’âge minimal de sortie des poules pondeuses, « du fait de leur impact important dans leur risque de diffusion » (davantage d’excrétion de virus et de mouvements dans les élevages).

Dans son avis, l’agence sanitaire répète que « la mise à l’abri des volailles reste à l’heure actuelle la mesure la plus efficace pour éviter le contact des volailles avec l’avifaune sauvage ». Questionnée sur les mesures alternatives à la claustration (effarouchement, filets, végétalisation des parcours), l’Anses estime « qu’aucune des méthodes proposées ne peut être reconnue comme alternative à la mise à l’abri ». Plus largement, l’agence sanitaire souligne que « le contexte épidémiologique actuel concernant l’IAHP n’est pas favorable à des mesures générales d’allégement de mise à l’abri des volailles ». La France subit actuellement un nouvel épisode d’influenza avec 234 foyers en élevages, selon le dernier bilan du ministère au 27 décembre.

Nouvel avis en mars

Avant même l’annonce du ministère, la Confédération paysanne et le Modef dénonçaient déjà un « renforcement des contraintes » sur les élevages plein air. Les syndicats minoritaires critiquaient « une possibilité floue de sortir les seules gallinacées de chair 30 mètres autour des bâtiments », ainsi qu’un audit de biosécurité « totalement inadapté à l’élevage paysan ». Le Conf’et le Modef estimaient aussi que « l’administration n’a pas donné aux scientifiques de l’Anses les moyens de disposer des données suffisantes pour tirer les conclusions de l’instauration de la " mise à l’abri " ». Un manque confirmé à demi-mot par l’Anses, qui note « le peu d’éléments scientifiques disponibles concernant la fréquentation des parcours par les oiseaux sauvages ».

L’ensemble des mesures annoncées par le ministère de l’Agriculture seront « précisées par voie d’arrêté dans les jours à venir, après concertation avec les filières professionnelles ». Du côté de l’Anses, un nouvel avis est attendu pour fin mars sur une éventuelle adaptation des mesures de mise à l’abri « selon des critères comme les températures extérieures voire les durées d’ensoleillement ».

L’Anses recommande des parcours allant jusqu’à 30 m des bâtiments

La mise à l’abri cause 30 % de pertes économiques en poulets label