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Influenza aviaire : dans l’Ouest, l’épizootie devient hors de contrôle

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Dans les Pays de la Loire, la propagation fulgurante de l’influenza aviaire dépasse les capacités d’euthanasie, selon la Conf'. Des doutes apparaissent sur la reprise de la production dans le Sud-Ouest, qui dépend largement des animaux reproducteurs élevés dans l’Ouest.

Après quatre épisodes en cinq ans, l’influenza aviaire continue de réserver des mauvaises surprises aux éleveurs. Devant la progression fulgurante de l’épizootie en Pays de la Loire, « les autorités ont donné lundi (14 mars, NDLR) l’autorisation d’enterrer les animaux morts sur place », a indiqué Eudes Gourdon, le porte-parole régional de la Confédération paysanne, lors d’une conférence de presse le 16 mars. Une mesure mise en place « sous la responsabilité de la DDPP, qui en assume les coûts », et encadrée par des « protocoles [sanitaires] stricts » : au maximum « quatre fosses par ferme et 20 tonnes par fosse », d’après cet aviculteur du Maine-et-Loire. M. Gourdon dénonce un « traumatisme supplémentaire pour les éleveurs » et un manque d'« anticipation » des pouvoirs publics, la zone touchée étant classée en ZRD (zone à risque de diffusion).

Bientôt 10 millions de volailles abattues

D’après la Conf', « trente bâtiments » supplémentaires sont touchés chaque jour en Vendée, et « dix à vingt » en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire. Cette propagation dépasse les capacités d’euthanasie du prestataire GT Logistics, qui a déployé « quatre équipes en Vendée », selon Pascal Sachot, le porte-parole départemental de la Conf'. Résultat : les délais d’enlèvement des animaux morts peuvent atteindre « sept à dix jours », et les éleveurs n’ont d’autre choix que de « laisser mourir les animaux de l’influenza », selon le syndicat minoritaire.

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La violence de ce deuxième épisode d’influenza de la saison laisse les professionnels « abasourdis », constate Yann Nédélec, le directeur de l’interprofession des volailles de chair (Anvol). Les raisons de cette résurgence violente dans l’Ouest font l’objet d’une enquête de l’Anses. Le dernier bilan officiel au 15 mars faisait état de 418 foyers confirmés dans les élevages de l’Ouest (dont 338 en Vendée), soit un quasi-doublement en quatre jours. Entre les foyers et les dépeuplements préventifs, « les 10 millions de volailles abattues seront dépassées » sur l’ensemble du territoire national, craint la Confédération paysanne, qui en recense 4,5 millions dans le Sud-Ouest et 4,2 millions dans l’Ouest. À titre de comparaison, en 2020, la France produisait environ 900 millions de volailles (gallus) et environ 20 millions de canards.

Impact « majeur » à venir

Dans un communiqué du 14 mars, l’interprofession Anvol alerte sur les « répercussions à long terme » pour la filière, qui affronte « la plus grave crise sanitaire de son histoire ». « Nous n’en sommes pas à parler de rupture d’approvisionnement, mais il y aura des difficultés demain au cas par cas, sur certains produits, certaines espèces », explique son directeur Yann Nédélec à Agra Presse. « Il est encore trop tôt pour mesurer l’impact sur le marché [des volailles de chair], mais il est clair qu’il sera majeur », abonde le vice-président d’Anvol, Paul Lopez. Les conséquences de l’influenza viennent s’ajouter à la flambée de l’alimentation animale provoquée par la guerre en Ukraine… qui arrive elle-même après presque deux ans d’inflation sur ce même poste. Résultat : un « mur de charges » pour les éleveurs, selon la CFA (aviculteurs, FNSEA), avec notamment un prix de l’aliment qui a augmenté de 40 % en 17 mois, et « devrait prendre +44,7 % d’ici le mois de juin 2022 ».

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Dans son communiqué, l’interprofession Anvol appelle les consommateurs à « faire preuve de compréhension », rappelant le « rôle majeur des Pays de la Loire » : deuxième région avicole de France, elle regroupe près d’un quart de la production. Et elle abrite de nombreux couvoirs et élevages de reproducteurs, indispensables pour le démarrage de l’activité des élevages. La multiplication des foyers d’influenza dans l’Ouest laisse planer l’incertitude sur la capacité de la filière à repeupler les élevages du Sud-Ouest, où l’obligation de vide sanitaire doit être levée le 29 mars.

Doutes sur le repeuplement du Sud-Ouest

« Nous faisons certainement face à la pire crise de notre histoire », a déclaré le président du Cifog (interprofession du foie gras) Éric Dumas, le 16 mars en conférence de presse. Deuxième bassin de production de foie gras (24 % de la production nationale) derrière le Sud-Ouest (40 %), les Pays de la Loire produisent également plus de 70 % des canetons à engraisser. « Il est encore trop tôt pour connaître l’impact qu’aura l’influenza sur le repeuplement des élevages du Sud-Ouest. Nous ne savons pas combien d’élevages de reproducteurs ont été touchés », indique Marie-Pierre Pé, la directrice du Cifog. En revanche, dans un communiqué du 9 mars, l’interprofession indiquait déjà que l’épizootie dans l’Ouest risquait de « profondément réduire la disponibilité de foie gras, comme des autres produits de volailles ».

Afin d’assurer le repeuplement dans le Sud-Ouest, les expéditions de poussins et d’œufs issus de zones réglementées pourront faire l’objet de dérogations (après avoir été suspendues le 6 mars). Une instruction est parue le 10 mars à cet effet, qui conditionne les envois au respect de mesures sanitaires « strictes », explique le cabinet du ministre de l’Agriculture. Un protocole sanitaire a été mis en place pour éviter de recontaminer les élevages du Sud-Ouest lors de la livraison des canetons, indique le Cifog. « Il n’y a jamais eu de contamination par des canetons. Le protocole repose principalement sur la désinfection des véhicules et l’utilisation de matériel à usage unique », précise Éric Dumas.

« Autorisation d’enterrer les animaux morts sur place »

La filière volailles affronte « la plus grave crise sanitaire de son histoire »