Face à la diffusion du virus dans les Landes, le ministère de l’Agriculture a ordonné le recours à des abattages préventifs dans les élevages situés à 3 km des foyers. Une montée en puissance des moyens de lutte, encore loin du « dépeuplement massif » de 2017, nuance l’interprofession.
La nouvelle n’a pas fait plaisir aux professionnels. À la veille de Noël, le ministère de l’Agriculture a publié une liste de 11 communes du département « où des abattages préventifs de volailles peuvent être ordonnés ». Dans ces zones, les canards des élevages situés à moins de 3 km doivent être abattus.
Quatre jours plus tard, le ministère étend par un nouvel arrêté la zone concernée. L’arrêté porte à 109 le nombre de communes concernées, dont 104 dans les Landes et 5 en Pyrénées-Atlantiques. Cette extension aurait été décidée suite à la suspicion de nouveaux foyers depuis Noël, rapportent la presse locale et la directrice du Cifog (interprofession), Marie-Pierre Pé.
« Nous avons d'abord mal reçu la parution de ce premier décret », relate Marie-Pierre Pé. « Mais lorsque nous avons écouté les explications scientifiques à la préfecture, nous avons bien compris. Les échantillons décelaient une très forte présence du virus..». De plus, les conditions météorologiques sont favorables à une dissémination rapide du virus. « Nous sommes en pleine tempête, il y a beaucoup de pluies, la situation est dramatique, car c’est un vecteur aérien du virus », constate la directrice.
Encore loin de 2017
La mesure marque donc une montée en puissance dans la lutte contre cet épisode d’influenza aviaire qui a touché jusqu’ici neuf élevages français dont sept dans les Landes. « Nous ne sommes pas dans un dépeuplement massif comme en 2017 », nuance toutefois le Cifog.
Après la contamination de la Chalosse au printemps 2017, des mesures beaucoup plus drastiques qu’actuellement avaient été mises en place : abattage préventif des élevages à 10 km des foyers, et interdiction de remise en production durant plusieurs semaines, pour instaurer un vide sanitaire à l’échelle territoriale.
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Durant cet épisode 2016-217, plus de 600 communes étaient concernées par ces mesures. Plusieurs millions de canards avait été abattus préventivement. La France avait recensé près de 500 foyers et cas d’influenza aviaire hautement pathogène.
Le Modef et la Conf' opposés
Comme lors de la précédente crise d’influenza aviaire dans le Sud-ouest, la Confédération paysanne et le Modef ont communiqué d’une même voix ce 29 décembre, pour dénoncer le recours aux abattages préventifs pour lutter contre l’extension de la maladie. « Les abattages préventifs débutés avant Noël montrent déjà leur inefficacité tout comme lors des épisodes précédents », estiment les deux syndicats.
La Conf' et le Modef contestent « le choix de "sacrifier" la zone de production de la Chalosse pour tenter de sauver les autres zones. » Les deux organisations estiment que la stratégie « formulée par le Cifog (interprofession) et ses grands opérateurs économiques » privilégie « au mieux leurs propres intérêts en faisant abstraction des réels enjeux sanitaires et des éleveurs et éleveuses ». La Conf' et le Modef font plusieurs propositions au ministère de l’Agriculture, la principale étant « que les décisions d’abattages restent prises sur la base d’analyses positives, c’est-à-dire abattage des animaux des élevages foyers, abattage sur le lieu de l’élevage. »
Face aux piques de la Conf' et du Modef opposés aux abattages préventifs, l’interprofession veut toutefois rappeler que « ce n’est pas le Cifog qui décide » des plans de lutte contre l’influenza, mais bien « la DGAL (ministère de l’Agriculture, ndlr) sur avis de l’Anses », explique Marie-Pierre Pé.
« Il faut aider les autorités vétérinaires, qui n’ont pas la capacité de tout faire », plaide la directrice du Cifog. L'interprofession met à disposition sa base de données nationale de localisation et des mouvements de palmipèdes gras, et intervient notamment aux côtés des organisations de producteurs, en soutien opérationnel du ministère de l'Agriculture: «aide à la planification des dépeuplements, interface avec les producteurs, relai de l'information.»