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Influenza : la Conf' et le Modef se désolidarisent de la Rue de Varenne

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Alors qu’elles avaient signé – avec des réserves – la « feuille de route » de révision des règles de prévention de l’influenza avaire, présentée en juillet, les deux syndicats minoritaires ne se retrouvent pas dans les projets d’arrêtés du ministère de l’Agriculture. Ils estiment que les petits élevages – notamment de plein air et autonomes – sont lésés.

Après la signature en juillet par l’ensemble des organisations professionnelles de la « feuille de route » de révision des règles de prévention de l’influenza aviaire, le ministère de l’Agriculture a soumis, le 17 septembre, deux textes réglementaires au vote des professionnels membres du Cnopsav (comité consultatif dédié aux questions sanitaires). Ces deux textes ont vocation à mettre en œuvre les principales nouvelles règles établies il y a deux mois : « mise à l’abri » obligatoire sans dérogation, avec moyens différenciés selon les zones géographiques et situations épidémiologiques ; formation obligatoire ; obligation de télédéclaration de la localisation et des mouvements de toutes volailles ; création de Zones à risque de diffusion (ZRD) dans les régions les plus denses…

Les organisations majoritaires ont donné leur aval. L’interprofession de la volaille de chair (Anvol) a toutefois glissé quelques remarques sur « quelques points de détails », que la DGAL (ministère de l’Agriculture) se serait engagée à prendre en compte. L’interprofession du foie gras (Cifog) n’a quant à elle « pas fait de demande de modification particulière ». Ce n’est pas le cas de tous les professionnels, loin s’en faut. Deux des organisations minoritaires qui avaient émis des doutes lors de la signature de la feuille de route, la Confédération paysanne et le Modef, ont finalement voté contre les deux textes, ont-elles annoncé par communiqué le 17 septembre.

« Le plein-air condamné à terme »

Les deux syndicats estiment que les arrêtés présentés « ne permettront pas de lutter efficacement contre la grippe aviaire et condamneront à terme l’élevage plein-air en France ». Elles regrettent que « dès les périodes à risque "modéré", la claustration sera la règle pour les volailles et palmipèdes d’une très grande partie du territoire. Seule la période à risque “négligeable” permettra une sortie effective des animaux : tout juste trois mois et demi pour cette année ». Sur la forme, la Confédération paysanne regrette « de n’avoir pas du tout été consultée », rapportait le porte-parole national Nicolas Girod, lors d’une conférence de presse le 21 septembre.

Pour le Modef, « l’un des points d’achoppement est la multiplication des analyses qui pénalise financièrement les élevages autarciques », explique le représentant de la filière avicole dans les Landes, Serge Mora. Selon ses calculs, « il n’y aura plus de revenu pour les lots inférieurs à 400 animaux » si ces analyses étaient étendues au moment de l’abattage des animaux, et non plus à leur seule arrivée sur la ferme.

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Après une entrevue le 20 septembre, les services du ministère de l’Agriculture auraient promis une étude socio-économique, et envisagé des évolutions. « Mais nous avons de sérieux doutes », prévient le président du Modef des Landes, Christophe Mesplède. « On pourrait mettre des filets, mais il faut les commandes, et on ne peut pas faire ça du jour au lendemain. La question : c’est qu’est-ce que l’on fait ? Qui paye ? Pour les exploitants, ça va être dramatique, car même ceux qui peuvent mettre à l’abri ne produiront pas autant qu’avant. »

Bientôt un accord interprofessional

Représentant de la Conf' dans le Gers, Sylvie Colas explique qu’elle a déjà, sur son élevage, réduit sa production de foie gras, pour en développer une autre, afin de se prémunir du risque réglementaire. En Dordogne, le porte-parole départemental Jean-Christophe Roudier témoignait, très ému, des investissements qu’il avait consentis pour se mettre en conformité avec les règles de biosécurité mises en place en 2016 : « J’en suis à 200 000 euros d’investissement. » Abreuvoirs sous abris, chemins d’accès pour éviter d’introduire les tracteurs dans les parcours. « Et je perds 50 000 euros chaque année en raison des vides sanitaires. »

Les deux syndicats minoritaires estiment enfin que l’effort a été concentré sur les petits élevages de plein-air et « rien (ne soit) prévu pour baisser en densité, pour limiter les mouvements d’animaux vivants, de flux, d’intervenants ». De fait, il est prévu que cette partie de la « feuille de route » soit mise en œuvre par un accord interprofessionnel, qui n’est pas encore paru. Le conseil d’administration du Cifog a récemment validé un projet d’accord, rapporte l’interprofession. Le texte imposera une réduction de densité dans toutes les zones du 15 novembre au 15 mars (même les années sans risque fort d’influenza). Pour l’heure, il est « entre les mains de l’administration pour extension », explique le Cifog.

« J’en suis à 200 000 euros d’investissement » depuis 2016