Au 24 avril, plus de trente foyers d’influenza aviaire étaient recensés chez des vaches laitières aux États-Unis. Alors que le premier de ces cas, début avril, a débouché sur une transmission à l’homme, l’OMS a fait part de son « énorme inquiétude ».
Décidément, le virus de l’influenza aviaire n’en finit pas de surprendre les scientifiques du monde entier. Ses dernières victimes en date, après les canards, les phoques et les chats ? Contre toute attente, les vaches laitières aux États-Unis. Trois semaines après le premier cas bovin outre-Atlantique – et dans le monde –, ce sont désormais 33 élevages qui sont touchés dans huit États (1), selon le dernier décompte du ministère américain de l’Agriculture (USDA) au 24 avril. Interrogé par Le Monde, Gilles Salvat, directeur délégué à l’Anses, rappelle que les bovins étaient considérés comme « les mammifères les moins sensibles aux virus de la grippe aviaire ».
L’enquête sur les cas américains a montré que « le virus avait été introduit par l’importation de bovins », rapporte la plateforme publique française ESA (Épidémiosurveillance en santé animale). Et d’ajouter qu’« une transmission entre bovins ne peut pas être exclue ». Une autre introduction du virus, indépendante, a provoqué des cas sur des chevreaux en février. Côté volailles, les États-Unis comptent neuf foyers en élevages pour le mois d’avril, et trente depuis le début de l’année selon les chiffres de l’USDA. En tout, depuis l’arrivée du virus aux États-Unis en février 2022, quelque 482 élevages de volailles ont été contaminés (et 645 élevages de basse-cour).
Un scénario inquiétant… depuis 25 ans
Mais ce qui inquiète le plus les autorités, c’est que le premier foyer bovin a débouché sur une transmission à l’homme. Le 18 avril, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a fait part de son « énorme inquiétude » face à la propagation croissante du virus H5N1 à de nouvelles espèces, y compris les humains. « Cela reste, je pense, une énorme inquiétude », a déclaré Jeremy Farrar, scientifique en chef de l’OMS, lors d’un point presse à Genève. La crainte est que le virus du H5N1 s’adapte pour devenir capable de se transmettre d’humain à humain, ce qui n’a encore jamais été prouvé. Entre 2003 et le 1er avril 2024, l’OMS a enregistré un total de 889 cas humains de grippe aviaire dans 23 pays, dont 463 décès (taux de létalité de 52 %).
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Ce risque d’une propagation de la grippe aviaire (nom de la forme humaine de l’influenza aviaire) n’est toutefois pas nouveau. « Cela fait plus de 25 ans que le scénario d’une transmission du virus H5N1 à l’homme nous inquiète, rappelle Arnaud Fontanet, de l’Institut Pasteur, dans Le Monde (article payant). Le scénario ne s’est jamais produit, mais le simple fait que la circulation du virus s’intensifie est une source d’inquiétude. » Après le cas de transmission à l’homme aux États-Unis, la plateforme ESA a rappelé que « cette infection ne modifie pas l’évaluation du risque pour la santé publique, considéré comme faible par le CDC » (2). En France, pour éviter tout risque de recombinaison virale, la vaccination contre la grippe saisonnière est préconisée pour les professionnels des filières avicoles et porcine.
« Fortes concentrations » de virus dans le lait
Pour revenir aux bovins, la seule nouvelle recommandation de l’OMS, formulée le 19 avril, porte sur le lait cru, où de « fortes concentrations » de virus ont été détectées. Le lait des vaches malades doit être détruit, et l’OMS recommande de ne consommer que du lait pasteurisé. « Aucun virus grippal ne résiste à la pasteurisation », rappelle Gilles Salvat dans Le Monde. Une position partagée par l’USDA : dans ses recommandations mises à jour le 12 avril, le ministère américain indiquait que « le lait cru et les produits laitiers ne doivent pas être utilisés pour la consommation humaine ». Idem pour les animaux.
Hormis ce point spécifique, l’USDA s’en tient à des précautions sanitaires classiques : « Les producteurs devraient appliquer une biosécurité renforcée, réduire tant que possible les mouvements d’animaux, tester les animaux avant mouvement et isoler les animaux entrant ou sortant des locaux » d’élevage. Pour l’heure, le pouvoir fédéral n’a ordonné ni abattage préventif des bovins ni restriction de mouvements, car « dans la plupart des cas, la maladie se résorbe d’elle-même » avec des soins apportés aux animaux. Tout en prévenant que la situation « évolue rapidement ».