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Crise alimentaire Initiatives asiatiques

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Les pays du Sud-est asiatique d'accord pour agir afin de stabiliser les cours mondiaux du riz, face à la flambée des prix alimentaires.

Les dix pays de l'Association des nations d’Asie du Sud-Est « s’aideront les uns les autres pour stabiliser les prix alimentaires mondiaux et ne prendront pas de mesures qui perturberaient le prix du riz », a annoncé le 3 mai la ministre indonésienne du Commerce, Mari Elka Pangestu, à l’issue d’une réunion dans l’île de Bali avec ses homologues de l’Asean (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Vietnam, Brunei, Laos, Cambodge, Birmanie).

Le secrétaire général de l’Asean, Surin Pitsuwan, a affirmé que la région, qui assure 50 % des exportations mondiales de riz, disposait de riz « plus que nécessaire », à la fois pour se nourrir et pour répondre à la demande internationale.

Freins à l’exportation

Premier producteur mondial de riz, la Thaïlande avait déjà imaginé une action concertée, annonçant le 30 avril son intention de créer, avec d’autres pays riverains du Mekong (Birmanie, Cambodge, Laos, Vietnam), un cartel qui fixerait les prix du riz sur le modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Le ministre des affaires étrangères thaïlandais, Noppadon Pattama, a toutefois annoncé le 6 mai que son pays avait renoncé à ce projet.

Par ailleurs, l’Etat thaïlandais va vendre à prix réduit au public la totalité de ses stocks de riz (2,1 millions de tonnes) pour alléger la pénurie et tenter d’endiguer la flambée des prix de cette denrée de base, Le Vietnam, deuxième exportateur mondial, avait fait savoir fin mars qu’il réduirait ses exportations cette année de 4 à 3,5 millions de tonnes.

Troisième pays exportateur de riz, l’Inde a également proscrit les exportations de certaines catégories de riz.

L’Indonésie n’a pas officiellement restreint ses exportations mais a pris une mesure d’encadrement qui y ressemble. Troisième producteur mondial de riz, elle ne pourra exporter que lorsque ses stocks dépasseront les 3 millions de tonnes, suivant une nouvelle loi.

Aux Philippines, la tension est telle que l’armée a récemment assigné des troupes à la distribution de riz dans les quartiers pauvres de Manille.

En Birmanie, le cyclone meurtrier qui a dévasté le sud du pays, a inondé la principale région rizicole et pourrait menacer des exportations censées compenser des pénuries dans d’autres pays d’Asie comme le Sri Lanka et le Bangladesh.

Le président Bush plaide pour une aide supplémentaire et pour... les OGM

A Washington, le président George W. Bush a annoncé le 1 er mai que l’aide américaine pour combattre la faim serait, sous réserve d’approbation parlementaire, portée à quelque 1 milliard de dollars, face à l’urgence de la crise alimentaire internationale. Il a demandé au Congrès d’approuver une enveloppe de 770 millions de dollars qui s’ajouterait à environ 200 millions débloqués le 14 avril.

Ainsi, ce sont environ 5 milliards de dollars que les Etats-Unis alloueront en 2008 et 2009 à la lutte contre la faim, a souligné le président américain. Mais l’annonce de ce nouvel effort a aussi donné à M. Bush l’occasion de plaider pour la levée des barrières aux échanges de produits agricoles développés par la biotechnologie. Ceux-ci ne présentent pas de danger pour la santé, « ils résistent à la sécheresse et à la maladie et ils promettent davantage de nourriture pour davantage de gens », a-t-il assuré.

A Madrid, la Banque asiatique de développement, réunie le 3 mai pour sa 41 e assemblée annuelle a décidé de fournir une aide budgétaire de 500 millions de dollars aux pays d’Asie les plus touchés par la crise alimentaire mondiale.

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A Tunis, la Banque africaine de développement a estimé à 36 millions de tonnes de céréales le déficit alimentaire en Afrique. Elle s’est notamment engagée, le 2 mai, à débloquer 1 milliard de dollars supplémentaires pour soutenir le secteur agricole en Afrique, en plus des 3,8 milliards qui lui sont déjà consacrés.

« Vingt années d’erreurs »

La communauté internationale a été prise de court de façon « inexcusable » par les émeutes de la faim et « paye vingt années d’erreurs », estime le nouveau rapporteur spécial de l’Onu pour le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, dans un entretien publié le 2 mai par le quotidien Le Monde. « C’est inexcusable. Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans les pays en voie de développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, prévisible (...), on paye vingt années d’erreurs », estime-t-il.

M. de Schutter blâme notamment les institutions financières internationales qui, « pendant vingt ans, ont gravement sous-estimé la nécessité d’investir dans l’agriculture », et critique les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI) qui ont rendu les pays en développement « vulnérables à la volatilité des prix ».

Propositions françaises

Le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, a plaidé le 5 mai à Barcelone (Espagne) pour la création d’un « forum mondial » face aux défis de la crise de l’alimentation et de l’agriculture. Selon lui, il en effet nécessaire de conjuguer les efforts menés séparément par les pays, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’OMC ou la FAO.

M. Barnier a aussi réaffirmé, même si l’UE « n’a pas à donner de leçons », que la PAC « est une expérience utilisable dans d’autres régions, en tenant compte des nouveaux défis d’aujourd’hui qui sont, au-delà de la production, le développement durable, l’usage modéré des produits phytosanitaires, la gestion économe de l’eau et la protection sanitaire ».

Le 2 mai, lors d’un entretien à Washington avec son homologue américain, Edward Schafer, M. Barnier a présenté, selon un communiqué, le projet du président français, Nicolas Sarkozy, visant à instaurer un « partenariat mondial pour l’agriculture et l’alimentation ». L’objectif serait d’apporter « une réponse coordonnée de la communauté internationale pour financer l’aide alimentaire d’urgence », d’engager « un effort de relance de la production vivrière dans les pays du Sud dès la prochaine campagne agricole 2008-2009 » et, « pour le plus long terme, (de prendre en compte) le besoin de redonner à l’agriculture sa place dans les politiques de développement ».

« Il faut éviter que les pays les plus pauvres soient les victimes inattendues du (cycle des négociations de l’OMC), ce qui serait le cas si les économies agricoles fragiles ne sont pas protégées et si l’on amoindrit les préférences commerciales accordées à ces pays », a par ailleurs souligné le ministre français.

Appel à contributions pour un fonds contre la malnutrition

L’Alliance globale pour l’amélioration de la nutrition (GAIN), qui regroupe organisations internationales, agences gouvernementales, secteur privé et société civile, a lancé, le 5 mai à Bruxelles, un appel à contributions pour un nouveau fonds public-privé destiné à lutter contre la malnutrition croissante liée à la hausse des prix des denrées de base.

Ce nouveau fonds, qui serait doté de 800 millions de dollars sur quatre ans, devrait permettre de mettre en place un « filet de sécurité nutritif » pour les 400 millions d’enfants et d’adultes les plus vulnérables dans le monde.

GAIN est financée notamment par la Fondation Bill & Melinda Gates.