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Plan d'action biomasse Inquiétude pour l’environnement

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Après l’adoption récente de deux initiatives communautaires par la Commission de Bruxelles (la stratégie communautaire en matière de biocarburants adoptée en février 2006 et le plan d’action biomasse en décembre 2005 ) et le plaidoyer du sommet européen de mars pour une politique énergétique de l’UE, le Conseil des ministres de l’environnement des Vingt-cinq qui s’est déroulé le 27 juin à Luxembourg est revenu sur les risques de cette politique au niveau écologique, agronomique et commercial.

Face à l’enthousiasme suscité par les bioénergies, le commissaire à l’environnement Stavros Dimas reste mesuré, soulignant notamment les éventuelles conséquences sur les prix des aliments pour le bétail, si la production de plantes énergétiques entre en compétition avec les plantes fourragères.

Lors du dernier Conseil environnement qui s’est interrogé sur l’impact environnemental de la politique énergétique et de l’utilisation accrue de biomasse et de biocarburants, M. Dimas a de nouveau affiché sa prudence à l’égard des bioénergies. « La production intensive de biomasse peut avoir des impacts négatifs sur l’environnement, par exemple en matière de réchauffement climatique ou de diminution de la biodiversité», a-t-il réaffirmé. M. Dimas avait déjà demandé à ses collègues commissaires de prendre davantage en compte les aspects environnementaux dans le plan biomasse et de ne pas compromettre les objectifs de qualité environnementale (air, eau, sol, biodiversité, etc.).

Des États membres méfiants

Lors des discussions ministérielles, plusieurs pays se sont en effet révélés dubitatifs à l’égard de l’utilisation de biocarburants. Si la Pologne considère surtout les impacts environnementaux liés à une production accrue de biocarburants – certaines cultures se révélant « envahissantes » –, la Lituanie a quant à elle souligné les problèmes de distorsion et de concurrence liés aux régimes d’aides différents selon les cultures. La position de Chypre est bien arrêtée : « la production de cultures énergétiques est trop demandeuse en eau », a estimé la délégation de Nicosie, qui s’oppose à leur développement sur son territoire. La Finlande, par contre, soutient totalement un plan très ambitieux proposé par le Conseil énergie début juin, tout comme le Danemark, qui s’est vanté d’avoir déjà un taux de 11 % d’utilisation de la biomasse dans sa consommation énergétique. Quant à l’Allemagne, elle a d’ores et déjà annoncé qu’elle organiserait une conférence à ce sujet au début de sa présidence, en janvier 2007.

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Un potentiel de 190 millions tonnes équivalent pétrole

L’Agence européenne pour l’environnement avait également mis en garde Bruxelles contre les conséquences d’une utilisation excessive de la biomasse. À l’occasion de la publication d’un rapport Quelle quantité de bioénergie l’Europe peut produire sans nuire à l’environnement ?, le 8 juin dernier, l’AEE rappelait que l’utilisation de biomasse, mal gérée, pouvait avoir des conséquences désastreuses sur la biodiversité et les ressources naturelles (sol, eau, air).

Dans son rapport, l’AEE calcule le potentiel en bioénergie au sein de l’UE pour les trente prochaines années. « L’Europe pourrait produire 190 millions de tonnes équivalent pétrole sans que cela nuise à l’environnement », affirme l’agence dans les conclusions du rapport. « L’UE a les capacités de quadrupler l’utilisation de biomasse dans la production de bioénergies et ainsi d’atteindre l’objectif fixé de 12 % en 2010. Mais il est nécessaire pour cela d’avoir un cadre politique, à l’échelle locale et européenne », insiste-t-elle. D’ici fin 2006, la Commission devra présenter un examen stratégique du domaine de l’énergie, qui traitera notamment des objectifs et actions nécessaires à une politique énergétique à moyen et long terme.