L'UE et le Mercosur tiendront le 21 mars une réunion au niveau technique pour tenter d'arrêter la date à laquelle aura lieu l'échange d'offres d'accès au marché dans le cadre de leurs négociations d'un accord de libre-échange. Du côté européen, les agriculteurs – producteurs de viande et betteraviers notamment – s'inquiètent, tandis que, du côté sud-américain, l'Argentine traîne les pieds.
«JE crois que nous sommes, pour la première fois, proches de parvenir à un accord » commercial entre l'Union européenne et le Mercosur, a déclaré à la presse Dilma Rousseff à l'issue du 7e sommet UE-Brésil tenu le 24 février à Bruxelles. Les deux parties « espèrent » qu'une réunion technique prévue le 21 mars va permettre d'arrêter une date pour l'échange des offres d'accès au marché, a ajouté la présidente brésilienne. Une réunion qui permettra de « vérifier le niveau des ambitions de chacun », a ajouté le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Viande : la capacité d'ouverture de l'UE « limitée », selon Dacian CiolosDans la perspective de cet échange d'offres, qui remplacera une première tentative infructueuse en 2004, « le secteur de la viande bovine reste le plus sensible », avaient de nouveau averti dès la fin de l'année dernière les organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca) dans une lettre adressée à Dacian Ciolos. « L'offre de l'Union européenne datée de 2004 constitue une ligne rouge à ne pas franchir au risque de remettre en cause les objectifs de la Pac réformée qui demande aux agriculteurs notamment de maintenir leur superficie en prairie permanente. Mais pour quelle finalité, si la production bovine à l'herbe n'est plus rentable économiquement ? », s'interrogeaient-elles. « La Commission reconnaît que la capacité de l'UE à ouvrir ses marchés de la viande est limitée », a répondu le 6 février le cabinet du commissaire européen à l'agriculture. « Toute ouverture du marché doit prendre en considération l'interaction entre, d'une part, les différents accords de libre-échange, conclus, en cours ou à venir, et, d'autre part, les processus multilatéral » de l'OMC, ajoute-t-il.
« Pierre d'achoppement »Au sein du Mercosur, la proposition d'offre tarifaire de l'Argentine est, à ce stade, plus conservatrice que celles de ses partenaires. Le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay seraient prêts à éliminer les droits de douane sur 90 % des produits de l'UE, tous secteurs confondus, tandis que la proposition de Buenos Aires ne couvrirait que 80 %. Le bloc commercial sud-américain, auquel le Venezuela a officiellement adhéré en juillet 2012, doit encore finaliser sa position le 7 mars.
« L'Argentine est aujourd'hui une pierre d'achoppement », a confirmé le 24 février à Bruxelles la présidente de la Confédération brésilienne de l'agriculture et de l'élevage (CNA), Katia Abreu, qui est également sénatrice. « Nous ne voulons pas négliger l'Argentine. Nous espérons que nous allons les convaincre, mais peut-être qu'ils nous rejoindront à un stade ultérieur », a-t-elle expliqué, évaluant à 50/50 les chances que l'Argentine participe maintenant au mouvement vers un accord avec l'UE.
Pas de « pertes » imposées aux agriculteurs de l'UELe Brésil représente plus de 70 % du PIB du Mercosur et 80 % de sa population. En 2013, 90 % des exportations de l'UE vers ce pays étaient composés de biens manufacturés (automobiles, avions, produits chimiques et autres), tandis que les produits primaires, tels que les denrées et les boissons, ainsi que les produits de base, dont le soja, les tourteaux d'oléagineux et le café, constituaient plus de 70 % des importations européennes.
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Selon les chiffres de la CNA, les exportations agricoles brésiliennes vers l'UE ont atteint l'année dernière 23 milliards de dollars. L'agroalimentaire assure 22,5 % du PNB du pays. Le secteur agricole dans son ensemble génère 37 % des emplois officiels, et ses exportations ont représenté en 2013 41,3 % de l'ensemble des ventes à l'étranger.
« Nous connaissons le potentiel et les avantages compétitifs que les producteurs européens ont dans plusieurs secteurs agricoles », a déclaré à Bruxelles Katia Abreu. « L'agroalimentaire brésilien ne veut pas leur imposer des pertes, mais il voudrait compléter et regagner le marché qu'il détient habituellement », a-t-elle affirmé.
« À côté de la libéralisation des échanges, un accord favoriserait un dialogue plus ouvert sur les questions sanitaires et phytosanitaires », a également souligné la présidente du CNA.
«Le Brésil représente maintenant quelque 25 % des importations de sucre de l'UE, en particulier à cause de l'ouverture de quotas tarifaires à la suite des élargissements de l'Union », rappelait la Confédération internationale des betteraviers européens (Cibe) dans une lettre adressée fin janvier au président de la Commission de Bruxelles, José Manuel Barroso. « Nous considérons que le marché du sucre de l'UE est déjà suffisamment ouvert au Brésil. De plus, les concessions pour l'accès au marché octroyées récemment à l'Amérique du Sud, la Colombie et le Pérou sont entrées en vigueur au cours de cette campagne. Et des discussions avec l'Équateur et la Bolivie vont suivre », souligne-t-elle à propos de l'éventuel échange d'offres entre l'UE et le Mercosur. « Les importations totales de sucre dans l'UE dépassent maintenant 22 % du marché intérieur », poursuit la Cibe. « Par conséquent, toute ouverture supplémentaire du marché européen du sucre au Mercosur (Brésil) ne ferait que saper les préférences accordées aux autres partenaires commerciaux, surtout les pays en développement (ACP et pays les moins avancés), mais représenterait aussi une menace sérieuse pour la durabilité du secteur de la betterave à sucre de l'UE, qui devra faire face à une réforme historique à compter du 1er octobre 2017 ».
« Le Brésil est également, avec les États-Unis et grâce à de fortes politiques de soutien, un leader mondial de la production et de l'exportation d'éthanol », ajoute la lettre des betteraviers européens au président de la Commission. « Là, de nouveau, la différence en termes de compétitivité et d'échelle est impressionnante : la production d'éthanol du Brésil équivaut à quatre fois celle de l'UE. Toute concession supplémentaire au Brésil mettrait en danger la durabilité du secteur européen de l'éthanol, surtout au moment où les institutions de l'Union prévoient de réduire les objectifs pour les biocarburants et l'éthanol ».