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Inra : malgré le pétrole bas, les bioénergies encouragées à faire mieux

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Malgré le prix bas du pétrole, les bioénergies sont encouragées par les orientations de la recherche et par les politiques de transition énergétique à faire mieux en termes de productivité. Un carrefour organisé par l’Inra le 22 novembre à Reims a exposé les nombreuses stratégies d’amélioration : densification des matières premières dans les transports, collecte de résidus jusque là délaissés, recherches sur les algues, et aussi politiques de soutiens via la taxation des énergies fossiles.

Le Carrefour de l’innovation agronomique (Ciag) organisé par l’Inra le 22 novembre à l’école Néoma de Reims (école de commerce) a confirmé ce que l’on soupçonnait : en dépit du prix bas du baril, l’investissement dans les bioénergies ne se dément pas, qu’il s’agisse de l’investissement de la recherche publique et privée ou des orientations des politiques de transition énergétique. Ce carrefour a montré que la mobilisation des ressources végétales, en particulier lignocellulosiques, et la valorisation des co-produits, « élargissent le champ des possibles », et que la notion de bioraffinerie amène à dépasser l’approche en filière au profit d’une vision « en système » intégrant la production alimentaire.

La densification en briquettes réduit les coûts de transport

Chercheurs et professionnels continuent à trouver des solutions de réduction de coûts, dans la logistique entre autres, a exposé Benoît Gabrielle, chercheur à l'Inra et à AgroParisTech. Ainsi, densifier la biomasse en briquettes ou en granulés réduit les coûts de transport. Benoît Gabrielle a présenté des résultats de coûts comparés des résidus de bois, de troiticale, de sorgho et de miscanthus conditionnés en briquettes. Il en ressort que la briquette de saule en taillis à courte rotation atteint une forte densité, ce qui en fait une matière première intéressante pour la production d’énergie. De même, le triticale est une céréale appropriée pour ce procédé, mieux que le sorgho, « plus difficile à presser ». Le chercheur a présenté les résultats de coûts et de revenu par tonne de matière sèche du miscanthus, obtenus par la coopérative Bourgogne Pellets en Côte d’Or : le profit atteint 37,9€ la tonne de matière sèche avec le conditionnement en briquettes, versus 21,7€ avec le scénario du granulé. Avec le pressage en briquettes au bord du champ, la coopérative vendrait directement les briquettes plutôt que les granulés fabriqués au siège de la coopérative. Les recherches sur les gains à obtenir dans la logistique des taillis à courte rotation et des cultures herbacées ont lieu aussi au Royaume-Uni, Danemark, Italie.

La collecte des branchage des vergers est possible

Dans la même recherche de valorisation, le programme Europruning a mis au point le conditionnement en balles rondes (comme la paille) des branchages issus de la taille des vergers et des haies, pour en faire du bois-énergie (et peut-être aussi de l'éthanol de seconde génération demain).

La marche à la valorisation ne s’arrête pas : le biogaz issu de la méthanisation est de plus en plus considéré sous sa forme de biométhane, c’est-à-dire utilisable dans les transports. Jusque-là, il est surtout brûlé en centrales électriques, utilisation qui valorise peu la chaleur, à moins qu’une serre ou une industrie consommatrice de vapeur se trouve à proximité.

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Micro-algues : les marchés de niche amorcent les marchés de masse

Par ailleurs, les micro-algues « font l'objet de toutes les attentions » des secteurs de l'énergie et la chimie dans le contexte actuel de raréfaction des énergies fossiles et de volonté de réduire les gaz à effet de serre, a indiqué Diana Garcia-Bernet, ingénieure de recherche à l’Inra de Narbonne. Le sens du développement des algues est d’évoluer, des marchés de niche à forte valeur, comme l’aquaculture, puis (dans l’ordre d’enjeux de marché croissants, en millions d’euros) la nutrition, puis la cosmétique, puis la chimie verte, et enfin les marchés de masse à faible valeur, c’est-à-dire l’énergie. Les marchés de l’aquaculture, de la nutrition et de la cosmétique sont atteignables en deux ans, celui de la chimie verte à l’horizon de dix ans et celui de l’énergie de masse à l’horizon de vingt ans, a-t-elle précisé. Les usages alimentaires servent de propulseur pour faire décoller les marchés et ainsi développer les productions, avant que la production atteigne la masse critique pour l’énergie compétitive.

Privilégier une vision en système

Biocarburants : les mandats d’incorporation progressent dans le monde

Les prix du pétrole, bas jusque maintenant (l’accord de l’Opep du 30 novembre semble amorcer une remontée) ont entraîné une baisse sensible de la demande en carburants alternatifs, « mais à travers le monde les mandats d’incorporation progressent et les investissements subsistent », a indiqué Daphné Lorne, du département « économie » de l'Ifpen, l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles. « La prise de conscience de l’importance de la décarbonation du secteur transport va dans le sens du développement des carburants alternatifs », a-t-elle rappelé. Pour assurer une pérennité des filières de biocarburants différents conditions devront être réunies, comme l’augmentation des prix des énergies fossiles et la taxation du CO2 dansle secteur des transports, l’augmentation des grades de mélange (notamment E20 dans l’essence). Enfin, a-t-elle conclu, « le développement des nouvelles filières nécessitera sans doute également des aides à l’investissement ».