ITM Entreprises, le holding du Groupement des Mousquetaires, se retire définitivement d’Allemagne en vendant au distributeur local, Edeka, la chaîne Spar, dans laquelle le distributeur a perdu beaucoup d’argent, ainsi que l’enseigne Netto. En contrepartie, il accueille Edeka dans Alidis, son alliance avec l’espagnol Eroski. Reposant sur une centrale d’achat, baptisée Agenor, l’ensemble génère un chiffre d’affaires total de 75 milliards d’euros.
Les Mousquetaires jettent l’éponge en Allemagne… mais voient grand à l’échelle européenne. Après 8 ans de présence outre-Rhin, ITM Entreprises, holding du Groupement des Mousquetaires, quitte la place et vend à Edeka, de loin le numéro un de la distribution alimentaire en Allemagne (20,2 % de part de marché, 31,57 EUR de CA), ses enseignes Spar et Netto. En contrepartie, Edeka rejoint l’alliance commerciale, créée en septembre 2002, entre Intermarché et le basque Eroski, numéro trois du commerce en Espagne avec 5,5 milliards d’euros de CA. Baptisée Alidis, cette société commune devient, avec l’arrivée de ce troisième associé, le deuxième distributeur européen derrière Carrefour.
Un milliard d’euros injectés dans Spar au total
Edeka va donc reprendre l’intégralité de la filiale déficitaire de commerce de gros Spar (2,3 mds EUR de CA, 47 millions de perte nette en 2004), pour laquelle le distributeur français aura dépensé au total près d’un milliard d’euros pour la soutenir, selon Michel Pattou, président du Groupement des Mousquetaires. Après plus de deux ans de négociations, Intermarché a donc finalement réussi à s’entendre avec le repreneur. Pour finaliser cette cession, le distributeur français aura notamment dû racheter l’an dernier les 12 % du capital de Spar qu’il ne détenait pas. « Nous rachetons une entreprise au bilan assaini, faisant entrevoir des résultats équilibrés en 2005», a estimé le patron d’Edeka, Alfons Frenk, au sujet de Spar.
Edeka entre dans l’arène discount
De même, dans le cadre de cette opération, l’essentiel de l’enseigne de supermarchés discount Netto (4 mds EUR CA) va être vendu à Edeka pour un montant qui n’a pas été divulgué. Grâce à cette acquisition, le numéro un allemand fait donc son entrée sur le marché du discount (40 % des achats en Allemagne), afin de contrer les locaux Lidl et Aldi. Dans le détail, Edeka va récupérer intégralement la chaîne Netto-Sud (2,8 mds e de CA en 2004), implantée dans le sud et l’ouest de l’Allemagne, et 25% de la chaîne Netto-Nord, (900 M e de CA). Les 75 % restants appartiennent au distributeur danois Dansk Supermarked. « Pour les Mousquetaires, cet accord qui accélère notre désendettement nous permet de repartir au combat », a commenté Michel Pattou, président du groupe.
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Faire le poids face à la concentration du secteur
Si cette cession marque le retrait d’Allemagne d’Intermarché, elle aboutit au renforcement de l’alliance commerciale entre Les Mousquetaires et Eroski, destinée à contrer l’avance des groupes intégrés sur les groupements d’indépendants en matière de croissance et d’internalisation. « Le nouvel ensemble (…) dispose ainsi du poids nécessaire pour faire face aux grands distributeurs indépendants et aux grands groupes industriels », ont déclaré les Mousquetaires. Car contrairement aux intégrés, dont le développement et les rachats externes sont facilités par la mobilisation de capitaux sur les marchés boursiers, les indépendants doivent s’appuyer sur des moyens financiers alternatifs. « Le choix de recourir à un élargissement de l’alliance s’explique aussi par la volonté de se développer sans avoir recours à des accords capitalistiques », explique ainsi Alidis dans un communiqué.
75 milliards de CA au total
L’accord qui rapproche les trois intervenants donne donc naissance à la première alliance significative de distributeurs indépendants. À eux trois, les partenaires, qui détiendront chacun 33 % d’Alidis, génèrent un chiffre d’affaires de l’ordre de 75 milliards d’euros. La présidence d’Alidis sera assurée à tour de rôle par les présidents de chacun des trois groupements, à raison de 2 ans par mandat. La centrale d’achat européenne sur laquelle s’appuie cet accord, Agenor, permettra de massifier les achats internationaux, afin d’alimenter les marques propres et les premiers prix des trois distributeurs. « Nous réfléchissons au développement d’une marque premier prix commune », a déclaré Michel Pattou. Le nouvel ensemble est présent, directement, ou via un partenariat, dans 13 pays européens. Quoi qu’il en soit, précédant Système U et Leclerc dans leur stratégie de rapprochement, Intermarché se prépare à la guerre des prix dans l’hexagone tout en se donnant une dimension plus internationale.