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FILIÈRE PORCINE/PRIX Intermarché va augmenter le prix d'achat de sa viande

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Agromousquetaires, pôle industriel alimentaire d'Intermarché) a fait le buzz, mardi matin, en annonçant par voie de communiqué qu'il « s'engage à soutenir économiquement (les éleveurs porcins et bovins) en augmentant ses prix d'achat. »

Le Groupement des Mousquetaires va progressivement augmenter son prix d'achat de la viande porcine au Marché du porc breton (MPB) et de la viande bovine de troupeau allaitant et jeunes bovins allaitants de 5 centimes du kilo vif par semaine. Objectif de prix : autour de 1,40 euro du kilo en porc et en viande bovine, « un prix rémunérateur pour les éleveurs », dit Agromousquetaires dans son communiqué. Son vice-président, Yves Audo, ajoute que le groupe a pour objectif « de donner une impulsion au marché pour stopper la spirale baissière des marchés ». C'est une excellente nouvelle pour les éleveurs concernés et, peut-être, pour le marché. Car en fonction des volumes achetés par le Groupement des Mousquetaires, ce dernier pourrait s'orienter à la hausse. Les éleveurs subissent depuis de nombreux mois des cours bas qui mettent en péril leur exploitation.

Ainsi en porc, les prix enregistrés deux fois par semaine au Marché du porc breton, unique cadran qui fixe la référence de prix du vif en France, se situaient à 1,327 euro du kilo sur l'année 2014. Il est tombé à 1,273 euro en prix de base à la cotation lundi 8 juin. Les observateurs et défenseurs de la filière disent qu'il faudrait 1,50 euro du kilo pour équilibrer les comptes. Les éleveurs de porcs ont multiplié les actions pour se faire entendre, demandant notamment l'étiquetage d'origine de la viande fraîche. Sans succès jusqu'à présent. Le 1er juin, une poignée d'entre eux a pris à partie le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, en visite dans le Finistère chez le volailler Doux. Le ministre leur a promis qu'il ferait des annonces le 12 juin, lors du congrès de la Fédération nationale porcine. Sont attendues notamment des mesures sur l'encadrement des offres promotionnelles accusées de maintenir les prix à un niveau plancher.

UNE SOLUTION... PEUT-ÊTRE

A la question : la décision d'Agromousquetaires peut-elle orienter le marché vers le haut ?, Daniel Picard, président du Marché du porc breton, répond : « S'ils achètent plus de porcs qu'aujourd'hui au Marché, peut-être ». La filière d'abattage de porcs d'Agromousquetaires repose sur deux unités industrielles dont une seule achète des animaux sur le marché. Il s'agit de Josselin Porc Abattage (Morbihan), ex-abattoir Gad racheté en 2014. Cette unité traite 23 000 porcs par semaine, soit autant que la seconde usine d'abattage du groupe, Gâtine Viandes, en Ille-et-Vilaine. Pour l'instant, Josselin Porc Abattage achète autour de 2 000 porcs par semaine sur le MPB (avec sept autres acheteurs d'entreprises d'abattage) où sont vendus autour de 60 000 cochons par les groupements. Yves Audo ne donne aucune indication sur les positions futures de Josselin Porc Abattage. « S'ils achetaient ne serait-ce que 4 000 porcs à une référence de prix augmentée de 5 centimes chaque semaine, ça pourrait tirer les prix vers le haut », commente Philippe Bizien, président d'Aveltis, second groupement de producteurs de porcs de France.

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Sur le dossier du porc, Agromousquetaires a un autre fer au feu. L'idée d'une contractualisation « engageante » qui prendrait en compte le prix de revient des animaux pour chaque éleveur volontaire. « Nous en sommes encore au stade de la réflexion, mais on peut imaginer qu'on puisse la proposer en 2016 », explique Yves Audo, vice-président d'Agromousquetaires. C'est un sujet que la Fédération nationale porcine abordera au cours de son assemblée générale, le 12 juin. Quant au secteur de la viande bovine, Agromousquetaires va très rapidement mettre en œuvre sa nouvelle politique d'achat. Elle concernera 60 % de son approvisionnement, c'est-à-dire les animaux issus des troupeaux allaitants et les jeunes bovins allaitants. L'an passé, la filiale viande d'Agromousquetaires (SVA Jean Rozé) a traité 215 000 têtes de bovins dans trois usines. Ici, quel est l'objectif de prix ? « Nous voulons revenir un peu au-dessus du prix de revient des éleveurs bovins, soit augmenter le prix du kilo de 40 à 45 centimes maximum », poursuit Yves Audo.

LES CENTRES LECLERC EN ÉCHO

Reste à informer les points de vente de la galaxie des Mousquetaires, ce qui n'avait pas encore été fait, mardi soir. La décision d'Intermarché a précédé de quelques heures une réunion au ministère de l'Agriculture, le 9 au matin, en présence de tous les distributeurs français et des représentants de l'élevage. Michel-Edouard Leclerc a annoncé sur son blog, à la sortie de la réunion, que « les centres E. Leclerc (…) organiseront leurs opérations d'achat et de vente de manière à soutenir le marché dans la perspective d'atteindre un niveau de prix proche de 1,40 euro du kilo ». Si Kermené, pôle industriel de la viande des centres Leclerc, intervient avec les mêmes niveaux de prix de Josselin Porc Abattage sur le Marché du porc breton, la référence pourrait vite atteindre les 1,40 euro du kilo. Kermené est en effet un gros acheteur au MPB, de l'ordre de 17 à 18 000 porcs par semaine, soit presque un tiers.