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Dossier Internet et le monde rural : une fracture longue à résorber

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Les territoires ruraux sont, à différents niveaux, orphelins du réseau Internet. Si les avancées technologiques réduisent le fossé entre web des villes et web des champs, les fournisseurs d’accès à Internet sont moins présents dans les zones réputées les moins rentables. Le gouvernement a inauguré cet été son plan national « très haut débit », le premier plan d’envergure nationale, financé par 2 milliards d’euros du grand emprunt.

«J’ai appelé la mairie, qui m’a expliqué que nous étions la seule zone de la commune non reliée au réseau filaire », explique Mélanie Coupé, jeune institutrice, qui a quitté Tulle avant l’été pour s’installer vingt kilomètres plus loin, en pleine campagne. « Comme on ne peut pas avoir l’ADSL on s’est tournés vers le satellite, poursuit-elle. Mais je vais résilier notre abonnement, car ça ne passe pas à cause des arbres. Le conseil général de Corrèze s’est engagé à connecter tous les Corréziens, alors on attend de voir ce qu’il nous propose. »
Une exception, le cas de Mélanie ? Pas vraiment. Alors que de nombreux ruraux se retrouvent dans des impasses numériques, certains maires vont jusqu’à parler d’une « balkanisation numérique ». Fabrice Dalongeville, maire dans l’Oise et membre de l’AMRF (Maires ruraux de France) définit ainsi l’espace numérique : « Une première zone dense et rentable ; une seconde moins dense et moins rentable ; une dernière plus dense du tout et déficitaire. Dans la dernière zone, les maires de communes rurales seraient condamnés à regarder passer les trains : seuls les pouvoirs publics agiraient, puisque ces territoires n’intéressent pas le “marché”. » Et de commenter les 2 milliards d’euros du grand emprunt mis sur la table par le gouvernement pour l’Internet pour tous : « On est loin du compte ! »

La Datar à la manœuvre

Pourtant avec cet investissement la France se dote de son tout premier plan Internet au niveau national. A la baguette : la Datar, qui se voit octroyer une part non négligeable du grand emprunt (2 milliards d’euros sur un total de 35 milliards). Le « Programme national très haut débit » annoncé avant l’été par le Premier ministre, ouvrira ses guichets de financement bientôt, au 1er semestre 2011. Si couvrir tout le territoire français en fibre optique coûte 30 milliards d’euros, la Datar signale que la moitié de cette somme est nécessaire aux 20% des internautes les moins bien desservis. Michel Mercier, ministre de l’Espace rural et de l’Aménagement du territoire, échelonne donc ses objectifs : « Faire bénéficier tous les Français du très haut débit d’ici 15 ans, avec un premier objectif de raccorder en fibre optique 70% des usagers d’ici 10 ans. »
Alors que ce vaste plan numérique en est à ses toutes premières pierres, l’action des pouvoirs publics était jusqu’à aujourd’hui plus éparpillée, notamment dans le cadre des Pôles d’excellence rurale (PER). Exemple, le syndicat mixte « Ardèche verte », qui développe la fibre et implante des pépinières d’entreprises NTIC. Au total, 27 des 115 PER lancés cet été parlent d’Internet.
Autant d’initiatives qui peuvent servir à toutes les collectivités rurales. Mais ces conclusions sont difficiles et lentes à tirer, comme le montrent les PER « 1ère génération », lancés en 2004, qui prennent inexorablement du retard.

Internet, mais avec quel débit ?

Dans l’intitulé « Programme national très haut débit » du gouvernement, le mot « très » revêt une importance particulière. En effet, si l’accès proprement dit à Internet est déjà inégalitaire, le débit proposé l’est plus encore selon les territoires. La vitesse de connexion va du simple au centuple. En milieu rural, la majorité des connexions se font en bout de ligne. A plus de 5 kilomètres d’un central, l’internaute est condamné au ReADSL, qui offre moins d’1Mbit/s.
Dominique Barrau, secrétaire de la FNSEA, s’alarme de ce problème. « La gestion professionnelle demande un bon niveau de débit que nous n’avons pas encore, regrette-t-il. Si on cherche une information il ne faut pas y passer un quart d’heure. » Mais pour le syndicat agricole majoritaire, l’action engagée par le gouvernement va dans le bon sens, et la FNSEA la qualifie de « sérieuse »

Des alternatives qui ne s’imposent pas

Les technologies alternatives n’ont jamais réussi à combler le fossé entre les différents territoires. Le WiMax a mis trop de temps à être opérationnelle. De plus, les industriels commencent à s’en détourner, commençant à explorer la toute nouvelle LTE, qui offre plus de portée et de débit.
Si l’internet par satellite peut potentiellement couvrir 100% du territoire, il est techniquement moins performant et l’installation de la parabole peut atteindre plusieurs centaines d’euros. L’Internet mobile (3G et 3G+) souffre, lui, du même handicap que le réseau filaire. Du coup, seuls 87% de la population sont couverts aujourd’hui.
De nombreuses communes sont donc toujours en zones blanches et « regardent passer les trains », alors que France Telecom a délivré récemment une information symptomatique : la France compte 1 million de Minitel encore en activité. Comme quoi les nouvelles technologies vont moins vite qu’on ne croit. Et pourtant, Internet est jugé indispensable par toute personne cherchant à dynamiser sa région. « Impossible de faire venir des cadres des grandes villes si nous n’avons pas Internet, témoigne David Soulard, patron des meubles Gauthier, dans l’ouest de la France. Les jeunes ne bougeront pas sans Internet ».

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