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Interrogations autour du contrôle de Casino

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Investisseurs, fournisseurs, salariés, syndicats… tous s’inquiètent des conséquences de la mise sous procédure de sauvegarde de Rallye, le premier actionnaire de Casino. Si la direction du groupe de distribution se veut rassurante, des incertitudes demeurent, notamment sur un possible changement de contrôle du groupe.

L’annonce le 24 mai de la mise sous procédure de sauvegarde de Rallye, holding de contrôle de Casino avec 51,7 % de son capital, soulève de nombreuses interrogations. Pourtant, cette procédure déclenchée à la demande de Rallye pour lui laisser le temps de renégocier sa lourde dette n’aura "aucune conséquence" sur les activités du groupe, sa stratégie ou ses ressources financières, a affirmé un porte-parole de Casino le jour même. Rallye ploie sous une dette de 2,9 milliards d’euros, et les autres holdings la chapeautant ont également obtenu l’ouverture le même jour de telles procédures pour une période de six mois. Le remboursement de leurs dettes est donc gelé pour cette période et deux administrateurs judiciaires ont été nommés par le tribunal.

Pression spéculative

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Les propos de la direction du distributeur n’ont pas rassuré les syndicats. "Bien sûr, on est inquiets, tout en étant plutôt rassurés par le fait que ce soit la direction du groupe qui ait lancé la procédure de sauvegarde pour se donner le temps de trouver des solutions, échelonnement ou renégociation de sa dette", a indiqué Laurence Gilardo (FO), déléguée syndicale groupe de Casino à l’AFP le 27 mai. Un comité de groupe doit se tenir prochainement. La CGT a quant à elle dénoncé une situation sociale "alarmante à travers une gestion sociale défaillante, des multiples cessions de magasins, une hémorragie continue des effectifs – 14 000 postes supprimés selon elle depuis 2015 – et des conditions de travail dégradées". Elle demande à être reçue au ministère de l’Économie et au ministère du Travail. Casino compte 220 000 salariés dans le monde dont près de 70 000 en France.
Si le problème de la dette du distributeur n’est pas vraiment nouveau, tout s’est accéléré dernièrement sous la pression de l’activiste Muddy Waters. Ce dernier qui dès fin 2015, mettait en garde le marché "contre Casino, Rallye et leur management, en particulier Jean-Charles Naouri", a dénoncé dans un communiqué les procédures en cours comme "la conséquence directe de la mauvaise gestion et de l’égoïsme de Monsieur Naouri". Plusieurs spécialistes estiment que "Casino doit pouvoir se libérer idéalement du contrôle de sa maison-mère" et que cette crise "voulue par les fonds spéculatifs" pourrait aider à purger une situation devenue intenable.

Reste donc à savoir si Jean-Charles Naouri, à la tête de cet empire (Franprix, Leader Price, Géant Casino, Monoprix et Cdiscount), pourra conserver sa place, d’autant que les banques créancières de Rallye ont obtenu des titres Casino en garantie. Dans le cadre de la renégociation de se dette avec ses banquiers, "ces derniers pourraient rentrer dans le capital du groupe", a résumé auprès de l’AFP Clément Genelot, expert au sein du cabinet Bryan Garnier and Co. Et "si les créanciers réclament de convertir leur dette en actions, il y a un risque qu’en fin de compte monsieur Naouri perde le contrôle ou ait les mains moins libres", a-t-il ajouté.