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Elevage porcin Investir et moderniser pour relancer la production

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Les élus de la Fédération nationale porcine (FNP) et leur nouveau président, le Breton Paul Auffray, ont annoncé le renforcement du Plan de compétitivité 2014-2020 de l'Etat et des régions par un Fonds de modernisation financé par la profession agricole elle-même (Unigrains, Sofiprotéol et Inaporc). Inquiets d'être mis au ban dans certaines régions, confrontés à une conjoncture économique toujours incertaine en 2014, les éleveurs de la FNP veulent se donner les moyens de relancer la production porcine française par l'investissement et la modernisation.

RELANCER les investissements de modernisation malgré une rentabilité toujours en berne et ne pas accepter le déclin après trois années consécutives de baisse de la production française. Tels étaient les mots d'ordre des élus de la Fédération nationale porcine (FNP), lors de leur assemblée générale le 10 juin à Paris. Pour ne pas se payer de mots, ils ont annoncé le lancement d'un « Fonds de modernisation », cofinancé par l'interprofession porcine, Inaporc, et les outils financiers des filières céréalière et oléoprotéagineuse, Unigrains et Sofiprotéol. « La profession porcine est prête à se prendre en charge », revendiquent-ils.

La FNP s'est réjouit que les pouvoirs publics aient accepté d'ouvrir à toutes les filières d'élevage, y compris la production porcine, les 200 millions d'euros d'aides annuels du « Plan pour l'adaptation et la compétitivité » de l'État et des régions (2014-2020), présenté le 3 juin. « Le plan de compétitivité va nous permettre de nous moderniser », commente Paul Auffray.

« Redonner la confiance aux éleveurs »

Mais la FNP juge l'aide des pouvoirs publics insuffisante pour rattraper un retard d'investissement dans les bâtiments d'élevage qu'elle estime à 2,7 milliards d'euros. La FNP veut faire du « fonds de modernisation » de la profession un levier supplémentaire pour rassurer les producteurs de porcs prêts à investir. Ce fonds doit abonder les subsides issus du « Plan de compétitivité » par l'octroi de prêts « revolving » de sept ans (dont deux ans de carence) accordés aux producteurs par l'intermédiaire des groupements.

Sur le banc des financeurs, Sofiproteol et Unigrains ne seront peut-être pas les seules recrues. Des contacts ont été pris avec la Banque publique d'investissement (BPI) afin qu'elle abonde le fonds, qui n'ont pas encore abouti. « Nous allons commencer rapidement, avec une voilure réduite, a souhaité l'ex-président de la FNP, Jean Michel Serres. L'important est de redonner confiance aux éleveurs ». La FNP espère qu'à l'occasion de ce Plan de compétitivité 2014-2020, les producteurs français investiront plus que lors de la mise aux normes truies gestantes, achevée au 1er janvier 2013, considérée par les professionnels comme un rendez-vous manqué. « Il y a eu trop d'investissements à minima, regrette Jean-Michel Serres. La mise aux normes a trop rarement permis aux producteurs de se développer ».

Les producteurs de la FNP veulent redresser la courbe des abattages, qui ont reculé en France de 4% en volumes ces trois dernières années, soit un million de porcs en moins. « Il faut donner l'envie aux producteurs d'y aller, demande le président de la chambre d'agriculture du Finistère, André Sergent. Avec tous les coups de boutoir qu'a reçu la production de la part des médias, un certain nombre ne veulent plus ». D'autres sont déjà partants, assure-t-il : « Je vois se développer des agri-managers qui maîtrisent le salariat, la technique, des profils que l'on retrouve dans la production de tomates sous serres ».

Le soutien de l'Etat, l'inconnue régionale

Dans cette optique, la FNP s'est félicitée d'avoir de l'Etat une oreille, semble-t-il, plus attentive depuis la fermeture à l'automne 2013 de l'abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau. Fin 2013, la production porcine a obtenu la création du régime d'enregistrement pour les installations classées (ICPE) porcines, puis son intégration au Plan de compétitivité.

En revanche, elle craint de ne pas toujours être écoutée par les conseils régionaux qui auront la gestion du Plan de compétitivité. « Dans certaines régions, nous n'aurons pas de difficultés. Dans d'autres, ce n'est pas acquis, s'inquiète Jean-Michel Serres. C'est la dernière ligne droite, après les choses seront écrites. Ce plan, c'est la réponse à la crise industrielle, nous devons être prioritaires ». Le vice-président de la FNSEA Henri Brichard acquiesce : « Nous sommes toujours très interrogatifs sur l'articulation entre les plans stratégiques de filière comme le vôtre, et ceux mis en place par les conseils régionaux ». Et Paul Auffray d'en appeler aux responsables de FNP en région : « Nous comptons sur vous pour que dans vos régions, la filière porcine puisse émarger au plan de modernisation ».

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En Bretagne, les producteurs n'ont pas d'inquiétude : « Chez nous, le conseil régional n'est plus de gauche ou de droite, c'est l'économie qui prime », se réjouit André Sergent dans le Finistère. Dans les Pays de Loire, « le conseil régional a pris conscience des problématique d'emploi derrière la filière porcine. Il ouvre les aides aux conventionnels et fixera une prime pour les signes de qualité, alors que dans le plan précédent, seuls les signes de qualité étaient éligibles », note Christiane Lambert, vice-présidente de la FNSEA.

Un commerce mondial en recomposition

L'aide des régions ne sera pas de trop car, depuis la mise aux normes truies gestantes en janvier 2013, l'équation économique porcine a peu changé. « Il y a toujours un manque criant de revenu qui empêche d'investir et d'envisager l'avenir sereinement », analyse Paul Auffray. Le prix moyen payé en 2013 à l'éleveur n'a progressé que d'un centime par rapport à 2012, constate Michel Rieu, économiste à l'Institut du porc (Ifip). Pendant ce temps, le prix moyen de l'aliment porc en 2013 a lui augmenté de 7,4% par rapport à 2012. Après avoir atteint un pic historique à 320 euros la tonne en janvier, son cours s'est finalement replié à 260 euros la tonne fin 2013. Soit le plus haut niveau de prix depuis de la flambée des matières premières de 2007-2008.

L'année 2014 aurait pu changer la donne, alors qu'une baisse de 1% des abattages est attendue en Europe, et que les exportations françaises vers la Chine se maintiennent à un niveau relativement élevé (-2% des volumes sur les trois premiers mois 2014). Mais l'embargo imposé par la Russie sur les viandes porcines depuis fin janvier a fait plonger les cours européens du porc, causant en France un manque à gagner estimé à 20 centimes le kilo par la FNP. Au final, sur les premiers mois de 2014, le cours du porc français est en recul de 4% par rapport à l'année dernière. Et l'aliment est remonté à 267 euros la tonne début mai.

Finalement, c'est peut-être de l'autre coté de l'Atlantique que pourrait venir l'espoir des producteurs de porcs français, ou leur plus grand péril. La diarrhée épidémique porcine (DEP) a provoqué une baisse de 4% de la production américaine sur le premier trimestre 2014, faisant grimper en flèche le cours du porc américain : « Voilà quelque chose d'explosif qui pourrait rebattre les cartes du commerce international » prévoit Michel Rieu de l'Ifip.

Avant d'investir, « la compréhension des déterminants locaux est essentielle »

«L a compréhension des déterminants locaux est essentielle », analyse Marie-Laurence Grannec, ingénieur d'étude à la chambre d'agriculture de Bretagne, qui présentait lors de la réunion annuelle du Groupement d'intérêt scientifique (GIS) L'élevage demain, le 11 juin à Paris, le suivi de 16 projets d'investissement en production porcine, lancés entre 2010 et 2012 en Bretagne, dont 14 ont donné lieu à un conflit avec le voisinage.

Elle conseille aux éleveurs de porcs « d'anticiper » : « Souvent, il n'y a pas eu de questionnement initial des éleveurs sur le bien-fondé de leur projet vis-à-vis des tiers », observe-t-elle. Les raisons : les réticences et les difficultés à communiquer hors du secteur agricole, des liens sociaux parfois perdus avec le voisinage. « Le conflit n'arrive pas qu'aux autres », adresse-t-elle aux éleveurs, qui reposeraient trop souvent la légitimité de leur projet sur sa légalité. « Il faut toujours se poser la question de la perception de son projet. Et au quotidien de la façon dont est perçue ma ferme par les voisins. Il y aura toujours un opposant local, mais il ne faut pas que cela fasse tâche d'huile. »

Dans le même temps, « les concertations entre filières et associations sont de plus en plus nombreuses et sont considérées comme fructueuses », a expliqué Elsa Delanoue de l'Ifip (l'institut du porc). La chercheuse présentait une classification des controverses liées à l'élevage en trois catégories. Les controverses closes, qui ne font plus débat (antibiotiques, maladies), celles qui sont en progrès (gaz à effet de serre, pollution de l'eau, alimentation, prise en charge de la douleur) et celles qui sont toujours bloquées (nuisances, définition du bien-être animal, conditions de vie des animaux, concentration géographique).

La Cooperl lance le porc sans antibiotique

Le leader français de la production porcine, Cooperl Arc Atlantique (2,1 milliards de chiffre d'affaires en 2013) a annoncé le 6 juin à Lamballe le lancement, sous sa marque propre Brocéliande, d'une gamme de produits issus de porcs élevés sans antibiotique à partir du sevrage. La coopérative bretonne espère écouler 10% de sa production (5 670 000 porcs en 2013) au travers de cette filière en 2015. Elle a identifié 250 producteurs susceptibles de répondre à cette demande.