Le numéro un de la distribution biologique en France lance des expérimentations tous azimuts pour se différencier de la concurrence : boulangeries, boucheries et restaurants autonomes des supermarchés, mais aussi corners dans des magasins de producteurs. Autre chantier : le numérique, un domaine où Biocoop veut jouer sa propre partition, notamment sur le volet social. Un fonds d’investissement devrait aussi voir le jour cette année, d’un montant de 70 millions d’euros, pour affirmer sa présence dans la transformation alimentaire bio face à une concentration en marche.
Le numéro un de la distribution biologique en France lance des expérimentations tous azimuts pour se différencier de la concurrence : boulangeries, boucheries et restaurants autonomes des supermarchés, mais aussi corners dans des magasins de producteurs. Autre chantier : le numérique, un domaine où Biocoop veut jouer sa propre partition, notamment sur le volet social. Un fonds d’investissement devrait aussi voir le jour cette année, d’un montant de 70 millions d’euros, pour affirmer sa présence dans la transformation alimentaire bio face à une concentration en marche.
Fidèle à son identité, Biocoop cultive sa différence : en 2017, le numéro un de la distribution biologique a ouvert 63 points de vente supplémentaires en France, pour atteindre désormais un nombre record de magasins, soit 506 à fin mars 2018. Premier en nombre de magasin, en nombre d’ouvertures effectuées dans l’année, Biocoop est aussi premier en chiffre d’affaires dans son secteur avec 1,1 milliard d’euros encaissées. La progression des ventes est de 13,5 %, en deçà du marché français des produits biologiques qui a progressé de 16 % en 2017 (8 milliards d’euros) selon l’Agence bio. « La grande distribution a doublé ou triplé le nombre de ses références au cours de l’année dernière », explique Orion Porta, le nouveau directeur général de Biocoop, qui a remplacé Gilles Piquet-Pellorce en septembre 2017. « C’est la première année que la grande distribution a dépassé le commerce spécialisé comme canal de vente », a précisé le nouveau patron. La progression des ventes est d’ailleurs bien plus modérée à parc de magasins constant : 3 % en 2017, contre 17 % en 2016 (Agra Alimentation du 30 mars 2017).
Même si le nouveau directeur général affirme envisager l’avenir sereinement, il n’empêche que les concurrents ont rivalisé d’annonces ces derniers mois. Leclerc, Auchan ou les Mousquetaires, via leur partenariat avec les Comptoirs de la bio, prévoient d’ouvrir des centaines de magasins en France, dont certains se trouveront sur les mêmes zones de chalandise que des Biocoop. Avec sans doute une politique tarifaire bien plus agressive.
Compter sur ses propores forces
Face à cette menace, Biocoop veut compter sur la différenciation. Pour cela, l’enseigne coopérative a créé en septembre dernier une cellule innovation (hors ressources humaines et produits) chargée de structurer les initiatives des adhérents. « Ce laboratoire d’idées est là pour faire émerger des idées qui viennent des collaborateurs de Biocoop, les analyser et mettre au point des concepts aboutis pouvant être adoptés par des adhérents », explique Thomas Dromer, responsable de la cellule innovation. Le but est de développer l’artisanat alimentaire, améliorer le maillage du territoire, donner des perspectives de développement aux adhérents et faire entrer de nouvelles compétences dans le réseau, que ce soit à travers des métiers de bouche ou de la restauration.
Il existe déjà, au sein de Biocoop, un commerce indépendant d’une supérette : il s’agit d’une boulangerie, ouverte en décembre 2017 près d’Agen. « Nous avons sécurisé les approvisionnements en farines, ce qui nous permet de développer un réseau de boulangeries biologiques qui n’existe pas aujourd’hui en France », souligne Orion Porta. La même réflexion existe en interne pour la boucherie car l’enseigne dispose là aussi des sources d’approvisionnement. Et elle pourrait s’appuyer aussi sur l’expérience acquise à travers ses rayons à la coupe en boucheries et ses boulangeries présentes en interne dans ses magasins.
Biocoop va aussi développer un réseau de corners qui sont implantés dans des magasins de producteurs (travaillant souvent avec un adhérent de l’enseigne) afin de proposer un petit assortiment de produits. « Une dizaine de corners Biocoop devraient être ouverts d’ici la fin de l’année », précise Thomas Dromer. Et des magasins satellites de petite taille (environ 70m2) vont être lancés dans des zones de désertification commerciale, comme les bourgs ruraux.
Autre développement : la restauration. Quatre restaurants existent déjà, ouverts par des adhérents. Le but, là encore, est de mettre au point un concept assez solide et qui pourrait s’adapter à des environnements commerciaux et des clientèles différentes en attente de snacking ou bien de restauration traditionnelle assise. Biocoop compte encore une fois s’appuyer sur son expérience interne avec sa filiale Biocoop restauration qui s’adresse aux collectivités et qui a réalisé un chiffre d’affaires de 8,2 millions d’euros en 2017, en hausse de 25 % par rapport à 2016.
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70 millions d’euros à injecter dans les IAA bio
Au-delà des points de vente, Biocoop veut créer un écosystème d’entreprises qui partagent les mêmes valeurs que la coopérative, mais qui serviront aussi à sécuriser ses approvisionnements dans un climat de forte croissance de la demande. La coopérative a déjà un outil avec Défibio, qui accompagne financièrement des transformateurs biologiques. 3,8 millions d’euros ont été investis en 2017.
Mais Biocoop veut aller beaucoup plus loin. Il y a un an, l’enseigne révélait qu’elle travaillait sur un projet de fonds d’investissement dédié aux entreprises du secteur biologique. « Le projet avance et nous avons déjà trouvé un partenaire bancaire », explique Orion Porta. « Nous allons organiser prochainement une levée de fonds afin de réunir des investisseurs au tour de table qui devrait atteindre les 70 millions d’euros », poursuit le dirigeant. Le fonds pourra entrer au capital d’entreprises de façon minoritaire pour aider un dirigeant à passer le relais ou pour financer un projet. Le fonds s’adressera à tous types d’entreprises, pas seulement des structures coopératives, et pourra aussi concerner des transformateurs qui ne sont pas 100 % bio, mais qui veulent se développer sur ce type de produits.
Le e-commerce est un autre projet important pour l’enseigne. Le click and collect, qui existe déjà dans certains magasins, pourrait être étendu à la livraison. Mais il faudra trouver le partenaire soucieux des conditions de travail et de rémunération des salariés, souligne l’enseigne. « Le numérique ne doit pas être juste un service mais bien un nouveau canal de distribution », assure Orion Porta, qui prévoit une concrétisation d’ici la fin de l’année. À l’heure où tous les distributeurs conventionnels se lancent dans ce mode de distribution, les enseignes bio ont pris du retard, à commencer par le leader du secteur. La Vie Claire, numéro deux, avait lancé son site de e-commerce avant d’arrêter l’expérience très récemment. Bio c’Bon a opté quant à lui pour une autre solution : nouer un partenariat avec Amazon Prime Now depuis la fin 2016. Une démarche sans doute bien éloignée des « valeurs » dont se revendique Biocoop.
Encore plus de magasins en 2018
Pour cette année, Biocoop va encore étendre son parc de magasins. « Nous prévoyons plus de 60 ouvertures cette année », déclare Orion Porta, le directeur général de l’enseigne, qui se dit très sollicité par les candidats : « Nous recevons environ 2 000 candidatures par an, et notre processus de recrutement dure 18 mois, ce qui est assez long », explique-t-il. Le foncier est une barrière importante à l’installation, surtout en centre-ville. Les nouveaux magasins vont concerner Paris, où l’enseigne va encore accélérer son implantation, mais aussi l’ensemble du territoire, après une amélioration notable dans le sud-est en 2017. Deux formats de magasins se développent le plus : des grands magasins de 450 m2 avec des rayons à la coupe, voire du snacking, et des petits magasins de 100 à 150 m2 plus adaptés aux centres-villes. Une implantation de Biocoop à l’international n’est pas à l’ordre du jour, même si des discussions ont lieu actuellement avec une enseigne d’un pays européen qui pourrait être épaulée dans son développement par Biocoop.
Biocoop n’a pas attendu les États généraux de l’alimentation
À l’occasion d’une présentation des résultats 2017 et des projets de Biocoop le 29 mars, Claude Gruffat, le président de Biocoop, s’est félicité que l’État reconnaisse enfin l’importance de la qualité de l’alimentation et de la juste rémunération des producteurs. « Ce sont les valeurs que nous défendons depuis la création de l’association Biocoop en 1986 », a-t-il souligné. Selon lui, la France doit aller bien plus loin dans le développement de l’agriculture biologique afin d’accompagner la croissance du marché bio qui importe un tiers de ses besoins. « Nous avons aussi des marchés à servir comme l’Europe du nord qui est demandeur de produits biologiques qu’elle ne peut pas cultiver en raison de son climat. Ce sont 4 milliards d’euros par an que nous ne prenons pas », a-t-il expliqué. Claude Gruffat recommande pour cela que les surfaces agricoles converties en bio soient plus importantes que celles prévues dans le cadre des EGA, appelant de ses vœux que la France devienne le premier pays de production agricole biologique.