Le 13 janvier, le groupe coopératif InVivo a annoncé son projet de rachat de 100 % du groupe Soufflet. L’opération qui pourrait être bouclée avant la fin de l’année donnerait naissance à un groupe pesant 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le montant de la transaction n’est pas donné par les intéressés, mais des proches du dossier indiquent qu’InVivo aurait offert 2,3 milliards d’euros pour le rachat du groupe familial Soufflet.
Sans tambour ni trompette, InVivo, premier groupe coopératif français, et le groupe familial Soufflet ont annoncé le 13 janvier l’entrée en négociations exclusives, visant à la prise de contrôle totale du second par le premier. « Ce rapprochement ouvrirait la voie à la création d’un champion français agricole et agroalimentaire d’envergure internationale de premier plan », souligne le communiqué. Si un tel rapprochement se concrétisait, le nouvel ensemble pèserait 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont la moitié réalisée à l’international. Une taille critique qui lui permettrait de pérenniser plusieurs filières agricoles (blé, orge, protéines végétales et viti-vinicole) et une présence sur de nombreux maillons de la chaîne alimentaire, notamment dans la malterie et dans la boulangerie industrielle, mais aussi dans la distribution alimentaire et la restauration rapide. De quoi conforter le défi de la souveraineté alimentaire française, exacerbé depuis le début de la crise de la Codiv-19. L’AFP précise que le groupe coopératif qui était en compétition pour cette acquisition avec une grosse entreprise basée au Canada, a su convaincre Soufflet père et fils de choisir la solution française, qui présentait davantage de garanties sur le long terme que la « logique financière nord-américaine », selon une autre source. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire s’est félicité « du rapprochement de deux belles entreprises françaises de l’agroalimentaire », estimant que « la constitution de cet ensemble serait une chance pour la France et l’agriculture française ».
Un deal à plus de 2 Mrd€
Créé en 1900, Soufflet (4,9 milliards d’euros de CA 2020) a toujours été très attaché à son indépendance, cultivant volontiers le secret. L’absence de successeur a visiblement motivé la décision du patriarche Michel Soufflet, toujours à la tête du conseil de surveillance, et de son fils Jean-Michel, président du directoire. « En nous rapprochant d’InVivo, notre groupe familial trouverait une solution franco-française pour pérenniser son identité, assurer la continuité de ses activités et préserver son ancrage nogentais et sa présence régionale », explique Jean-Michel Soufflet, cité dans le communiqué. De son côté, InVivo (5,1 milliards d’euros de CA 2020), trouve avec cette opération le moyen de conforter ses positions sur l’ensemble de la chaîne de valeur, du champ à l’assiette, ainsi qu’au plan européen et international. « Nous serions ainsi idéalement positionnés pour résoudre les enjeux de plus en plus complexes de la transition agricole et alimentaire que seuls des acteurs majeurs sont capables d’assumer », a commenté Thierry Blandinières, directeur général du groupe InVivo.
Aucun détail concernant le montant de la transaction n’est avancé par l’une ou l’autre des parties. Mais le magazine Challenges, citant une source bancaire anonyme proche du dossier, indique qu’InVivo a offert 2,3 milliards d’euros pour reprendre le groupe Soufflet. Depuis la cession de Neovia début 2019 au géant américain ADM pour 1,544 milliard d’euros, InVivo a retrouvé une vraie force de frappe pour mener à bien ses nombreux projets de croissance externe. Au 30 juin 2019 (dernier exercice publié), les fonds propres du groupe atteignaient 1,1 milliard d’euros, ayant plus que doublé en cinq ans, avec une trésorerie nette positive de 174,9 millions d’euros, (contre un endettement net de 511,5 millions d’euros au 30 juin 2018). Le groupe avait donc retrouvé un ratio de levier bien plus favorable pour envisager de nouveaux financements.
Les deux groupes ont bon espoir de boucler rapidement l’opération. Une fois l’autorisation des autorités compétentes en matière de contrôle des concentrations, ils prévoient en effet de la finaliser « avant la fin de l’année 2021 ».