L’intérêt de Lactalis pour l’un des principaux exportateurs de parmesan, actif aussi dans la production et la distribution, suscite un vif débat en Italie sur la place de l’industriel français dans la péninsule. Mais Lactalis n’est pas seul : Granarolo serait aussi sur les rangs pour prendre le contrôle de Nuova Castelli.
Lactalis serait intéressé par un éventuel rachat du groupe Nuova Castelli, l’un des principaux exportateurs de parmesan (Parmigiano Reggiano) et qui compte aussi dans son giron des marques de gorgonzola et de mozarella. Lactalis se refuse à tout commentaire à ce sujet, de même que son concurrent, la coopérative italienne Granarolo, également intéressée par la prise de contrôle de Nuova Castelli. Selon le quotidien Il Sole 24 Ore du 22 mai, un fonds de capital investissement serait aussi sur les rangs.
Marque historique fondée en 1892, Nuova Castelli a dégagé en 2018, un Ebitda de 27 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires de 460 millions d’euros et compte un millier d’employés. Depuis 2014, le groupe est détenu à quelque 80 % par le fonds britannique Charterhouse. « En 2014, Charterhouse avait investi environ 350 millions d’euros dans l’achat de Nuova Castelli : sur la base d’un chiffre d’affaires d’environ 290 millions, d’un Ebitda de 37 millions et d’une dette financière nette de 110 millions d’euros », précise Il Sole 24 Ore. La même année, Nuova Castelli avait acquis l’italien Alival (fromage à pâte filée) et le polonais North Coast (distribution de produits alimentaires italiens).
L’affaire prend une dimension politique
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La perspective d’un renforcement de Lactalis dans le secteur des produits laitiers en Italie, déjà présent à travers Parmalat, suscite un vif débat dans le pays. « Lactalis détient déjà un tiers du marché national dans les compartiments stratégiques du secteur laitier-fromager. Il faut arrêter la vente du Parmigiano Reggiano aux Français pour ne pas répéter les erreurs du passé, avec la cession de Parmalat à Lactalis, quand a été perdue une grande occasion pour le pays de faire front commun », a martelé Ettore Prandini, le président du syndicat agricole Coldiretti.
« Nous ferons tout pour protéger l’agroalimentaire italien de l’assaut des multinationales étrangères. Le Parmigiano Reggiano est l’un des produits les plus représentatifs du made in Italy, une fierté de notre excellence gastronomique », a affirmé Gian Marco Centinaio, le ministre de l’Agriculture issu du Mouvement 5 étoiles (antisystème).
Le président du consortium du parmesan s’est montré quant à lui rassurant au sujet de Nuova Castelli, rappelant que la production de ce fromage sous AOP doit obligatoirement se faire dans une zone bien précise à partir de lait provenant de ce même territoire. « Si, dans un sens, en tant qu’Italiens, nous voudrions que le business reste 100 % italien, dans un autre sens, l’intérêt de Lactalis témoigne de la bonne santé de notre filière et de son attractivité économique et financière au niveau international », a ainsi déclaré le président du Consortium du parmesan Nicola Bertinelli.