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Présidence française de l’UE J-. M. Lemétayer plaide pour une conférence au sommet sur l’avenir de la Pac

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Au-delà des questions que soulève la négociation sur le bilan de santé de la Pac, le président en exercice du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’UE (Copa), Jean-Michel Lemétayer, est préoccupé par la faiblesse du débat actuel sur l’avenir de l’agriculture. Dans un entretien avec Agra le 13 juin, le président de la FNSEA estime que le « non » des Irlandais au référendum sur le Traité de Lisbonne – il se dit par ce résultat – devrait au moins avoir pour effet de sur le fait que « la politique européenne n’est pas visible, pas comprise ». Le président du Copa et de la FNSEA a d’ailleurs pris l’initiative, sans attendre le référendum irlandais, de demander au président français, Nicolas Sarkozy, l’organisation d’une conférence des chefs d’Etat et de gouvernement sur .

Qu’attendez-vous de la présidence française de l’UE ?

– Jean-Michel Lemétayer. Nous invitons le président Sarkoy à mettre sur pied une conférence des chefs d’Etat et de gouvernement sur l’ambition agricole et agroalimentaire de l’Europe. Avant de penser à 2013, il serait opportun qu’il y ait un vrai débat de fond sur les objectifs de la politique agricole. La réponse ne peut venir que des chefs d’Etat et de gouvernement.

Avez-vous déjà pris des contacts pour l’organisation d’une telle conférence ?

– J.-M.L. C’est tout à fait jouable à l’automne. Il y a un piège terrible qui nous attend. Si, au plus haut niveau, on ne fixe pas le cap, je crains le pire, et le pire c’est qu’une nouvelle fois on ajuste la Pac pour 2013 par le biais du débat budgétaire de 2010.

Quelle est la proposition du bilan de santé de la Pac que vous rejetez d’emblée ?

– J.-M.L. Sur le fond c’est le quasi-démantèlement de tout mécanisme de gestion de marché. Et puis il y a la modulation. Je trouve que les politiques parlent avec peu de franchise de l’alimentation mondiale. Il ne faut pas jouer les surpris s’il y a une tension sur les marchés quand, par les réformes, chez nous et ailleurs, il a été décidé de ne plus mettre un euro pour financer des stocks. Dans le cas de la Commission comme de l’OMC, on a l’impression qu’il ne s’est rien passé, comme si on était sur les mêmes rapports qu’hier. C’est extrêmement choquant.

Revenons au bilan de santé…

– J.-M.L. Dans certains cas, le bilan de santé va trop loin ; il aurait fallu une évaluation. On a l’impression que c’est « Luxembourg + plus ». Sur le découplage, la France est en décalage par rapport à la majorité des pays. La mise en œuvre du bilan de santé en France pose plus de questions que dans beaucoup d’autres pays. Découpler peut amener à l’abandon partiel de certaines productions.

Et, si on n’y prend pas garde, l’Europe sera très performante sur certaines productions et deviendra dépendante et de plus en plus importatrice sur d’autres. C’est un choix stratégique.

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Et les quotas laitiers ?

– J.-M.L. Sur les quotas laitiers, il n’y a pas unanimité au Copa. On est vraiment dans le brouillard le plus complet. Le chahut sur le prix du lait, c’est les prémices d’événements sévères dans le cas de forte volatilité des prix.

Si les prix venaient à replonger aux niveaux les plus bas qu’on a connus il y a deux ou trois ans, ça va faire du bruit dans les campagnes compte tenu de l’augmentation des charges. Il va falloir que la politique européenne permette à l’agriculture de s’adapter à une énergie chère. Si on revient aux prix d’il y a deux ou trois ans, il y aura le feu dans les campagnes.

L’agriculture européenne a-t-elle un avenir ans OGM ?

– J.-M.L. Il est nécessaire qu’il y ait une ligne directrice claire au niveau européen sur les OGM. Il faut écarter toute ambiguïté afin qu’il n’y ait plus de contestation possible. S’il y a une agence européenne de sécurité alimentaire, elle est faite pour être reconnue par chaque Etat membre. Si de nouvelles études scientifiques sont nécessaires ou peuvent amener l’Europe à prendre enfin une décision, qu’elles soient faites. Mais, ensuite, l’Europe ne peut pas être en marge des biotechnologies. Ou alors on ferme nos frontières. Il faudra également être clair sur l’aspect étiquetage pour que le consommateur ait le choix où qu’il soit sur le territoire européen. Au Copa, il y a une majorité plutôt pro-OGM, avec des nuances toutefois. Pour la FNSEA, à partir du moment où l’autorisation est européenne, on doit pouvoir l’appliquer en France. Moi je me bats pour l’harmonie sur le plan européen, pour les OGM évidemment mais aussi pour la politique phytosanitaire.

Que pensez-vous de la proposition de la commissaire européenne à l’agriculture d’aider avec les crédits non utilisés de la Pac les pays en développement frappés par la crise alimentaire ?

– J. -M.L. Il y a bien assez de problèmes à régler dans l’agriculture européenne actuellement, par exemple les surcoûts liés à l’augmentation des prix de l’énergie, sans qu’on distribue ses crédits ailleurs. Il faut évidemment venir en aide aux pays en développement, mais pas de cette façon.

Craignez-vous un compromis à l’OMC sous la présidence française de l’UE ?

– J. -M.L. Sur la base du papier Falconer, un accord n’est absolument pas possible. J’ai clairement demandé au président Sarkozy de mettre son veto. Il ne sera pas le seul. D’autant qu’il n’y a aucun équilibre dans la négociation.