« La loi ne suffira pas. Nos ministres, nos députés, nos sénateurs doivent agir, intervenir et sévir », a déclaré le président de l'Association nationale de l'industrie alimentaire (Ania), Jean-Philippe Girard, à propos de la guerre des prix que se livrent les enseignes de grande distribution. Il s'exprimait ainsi à l'occasion de la présentation de ses vœux, le 28 janvier, au ministre de l'Agriculture, en présence de parlementaires et de nombreux décideurs.
« J'en appelle en premier à nos ministres : la loi doit être appliquée et contrôlée. Mais la loi ne suffira pas. Nos ministres, nos députés, nos sénateurs qui connaissent désormais parfaitement la situation, doivent agir, intervenir et sévir », a déclaré Jean-Philippe Girard, président de l'Ania. Il a appelé tous ces interlocuteurs à « faire preuve d'autorité dans ce moment clé de notre histoire et de notre filière ».
« J'en appelle aux patrons de la grande distribution, qui sont comme nous des entrepreneurs, des chefs d'entreprise, à tenir leurs engagements du 23 octobre dernier, en présence de deux ministres, pour un comportement, plus responsable, plus constructif, plus respectueux et plus éthique vis-à-vis de leurs fournisseurs », a-t-il continué. La vigilance « doit être renforcée » face à quatre centrales d'achat qui représentent désormais 93% du marché.
Jean-Philippe Girard a démonté le mécanisme de cette guerre des prix, « que se livre sans relâche la grande distribution, et qu'elle nous contraint de financer… cette course folle au prix le plus bas, j'ai envie de dire au prix le plus bête ». En effet, cette guerre des prix fragilise les entreprises agroalimentaires, qui sont en grande majorité des PME, lamine les marges, pénalise l'investissement et au bout du compte l'emploi, a-t-il rappelé. Et de conclure : « La déflation alimentaire entraînera inéluctablement la déflation salariale, sociale et plus grave, la perte de confiance, la perte de savoir-faire, la perte d'entreprise ». L'importance stratégique de la filière alimentaire sera réaffirmée l'occasion de grands événements prévus cette année, a-t-il promis : l'exposition universelle de Milan 2015, les négociations sur le climat à Paris, le « plan industrie », le « contrat filière », le pacte de responsabilité.
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Dans sa réponse au discours de Jean-Philippe Girard, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a indiqué qu'une table ronde sur les relations commerciales (entre agriculteurs, transformateurs IAA et distributeurs) aura lieu le 13 février. L'objectif est d'obtenir des distributeurs une position plus souple sur les prix, à l'égard de l'amont agroalimentaire et agricole, avait précisé la veille le ministère. Les prix des productions carnées sont actuellement faibles et, d'ici le Salon de l'agriculture, les producteurs de lait auront reçu leur paie de janvier, sans doute en forte baisse par rapport aux mois précédents. Une situation dans laquelle certains observateurs voient des risques de tensions au moment du Salon.
Pour le ministre, les meilleures conditions sont en place pour répondre aux défis économiques : le prix du pétrole est bas, les taux d'intérêt au plus bas favorisent l'investissement, la parité euro-dollar libère le potentiel exportateur. « Il ne manque plus qu'une étincelle pour repartir » sur le chemin de la reprise des investissements et de l'emploi, a souligné Stéphane Le Foll. Celui-ci a estimé que, le 13 février, une occasion se présentera de nouveau pour rétablir la confiance entre les familles de la filière. « Il faut que nous soyons capables une fois pour toutes de se dire, le 13 février, que la baisse des prix n'entraînera pas la hausse du chiffre d'affaires », a déclaré Stéphane Le Foll, visant, sans les nommer, les enseignes de distribution. La présence du ministre de l'Économie Emmanuel Macron est prévue à cette table ronde.