Porté par l'engouement autour des produits bio, Jardin BiO' lance une nouvelle gamme d'infusions d'épices et investit dans son outil de production arrivé à saturation ou sur le point de l'être. Le groupe, qui s'est fait voler le rachat de Celnat par Ebro, ne prévoit pas de gros projets d'acquisitions cette année. Il devrait en revanche bientôt annoncer des développements dans les biscuits.
Jardin BiO' est victime de son succès. La marque (Groupe Léa Nature) qui propose une large gamme de produits bio vendus dans la grande distribution, est portée par l'engouement pour l'alimentation biologique. « Le marché de la bio est très porteur actuellement », se réjouit Charles Kloboukoff, président fondateur de cette marque avec son épouse Catherine, qui évoque une nette accélération des niveaux de croissance sur les derniers mois (après 18% de croissance en 2014). De fait, selon l'Agence Bio, la consommation de produits bio à domicile est « un marché structurellement en augmentation ». Après un doublement entre 2007 et 2012, il a progressé de près de 20 % entre 2012 et 2014 », selon l'agence.
Une tendance porteuse qui a donc bénéficié à Jardin BiO'. A fin février 2016 sur 12 mois glissants, son chiffre d'affaires a passé pour la première fois la barre des 100 millions d'euros (Léa Nature affiche un chiffre d'affaires de 180 millions d'euros en 2015). Cette évolution reflète une croissance soutenue de l'activité de Jardin BiO' sur 2015 (+20,8% des ventes en valeur et +25,5% en volume) et en accélération sur les deux premiers mois de l'année (+22,7% des ventes en valeur et +26,6% en volume). Dans le même temps, l'entreprise a gagné des points de parts de marché (PDM) à 13 % sur les deux premiers mois de 2016 (contre 12,2 % en 2015).
UN MODÈLE DE FABRICATION INNOVANT
Premier fabricant français d'épicerie bio en GMS, Jardin BiO' est aujourd'hui numéro un du petit déjeuner avec 17,3 % de parts de marché et aussi des repas bio en GMS avec 21,7 % de PDM. Après avoir démarré son activité avec les infusions, la marque (qui s'appelait à l'époque Le Jardin Biologique) a progres-sivement étendu son portefeuille, vers les mueslis (1997), les céréales (1998), les plats cuisinés (2000/2001), les sachets repas (2010), jusqu'à arriver dans les rayons frais en 2012 avec des salades et des pizzas, puis sur les produits sans gluten avec le lancement de 28 références aux rayons bio et frais l'an dernier.
Jardin BiO' c'est maintenant 350 produits dont 80 % fabriqués en France, et pour 65 % dans les neuf sites du groupe répartis dans le sud de la France (le reste en sous traitance). Un modèle unique parmi les marques bio vendues en grandes surfaces et totalement innovant lorsque le groupe s'est lancé il y a une vingtaine d'années. « Notre objectif est d'avoir des fournisseurs au plus près des lieux de production », rappelle Charles Kloboukoff. D'ailleurs, la marque s'est dotée d'un logo Producteurs Régionaux qu'elle-même a créé et qui figure sur ses produits dès lors que 70 % des ingrédients utilisés proviennent de l'agriculture biologique française et que la fabrication a lieu en France (lire ci-après). Une démarche contrôlée par Ecocert France.
La marque qui renouvelle régulièrement ses produits, réalise un tiers de sa croissance sur les innovations. « Nous sommes toujours en recherche d'innovation, mais nous continuons aussi à optimiser les formules de nos produits », souligne Guillaume Hannebicque, le directeur marketing des marques alimentaires du groupe, lors d'une visite du site du groupe près de La Rochelle.
INNOVATION DANS LES BOISSONS CHAUDES
À l'occasion de son vingtième anniversaire cette année, Jardin BiO' en a profité pour rafraîchir son logo et lancer une gamme inédite d'infusions inspirés de l'ayurvéda. Quatre boissons chaudes d'épices à infuser, baptisé Original'Tea, ont fait leur apparition dans les linéaires au début de l'année. Des mélanges aromatiques inédits à la cannelle, à la réglisse, au curcuma et au gingembre « qui ont nécessité deux ans de recherches, 38 recettes et plus de 50 variétés testées », indiquent les dirigeants. L'entreprise compte aujourd'hui 70 références de thé et d'infusions avec une nette prédominance pour les tisanes (8,5 millions de boites), contre seulement 1,5 million dans le thé.
Le groupe appuie son développement sur la demande des consommateurs. « Sur le marché du thé et des tisanes, les consommateurs plébiscitent le bio », rappelle Charles Kloboukoff. En témoignent les chiffres : le marché global des infusions pèse 134 millions d'euros, dont 36,8 millions en bio, soit 27 % du marché total. Par comparaison, en épicerie seulement 3 % des produits sont bio. Jardin BiO' est numéro un sur le segment des infusions bio avec 68 % de PDM. Il n'est en revanche qu'à la troisième place du podium sur le marché global des thé et infusions avec 14,8% de pdem, face aux 15,3 % de la Tisanière et 34,8% du trio composé d'Unilever, Lipton et Eléphant. Mais compte tenu de niveaux de croissance à deux chiffres, « la marque peut espérer arriver à la première place d'ici deux ou trois ans », selon les dirigeants.
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PROJET DANS LES BISCUITS
En négociations avec les propriétaire de Celnat, un des acteurs importants de la production de céréales biologiques en France, Charles Kloboukoff s'est fait « doubler » par l'espagnol Ebro qui a fait une offre « à un prix plus élevé ». L'entreprise a été rachetée pour 25,5 millions d'euros finalement (Agra Alimentation du 4 février 2016). S'il n'a pas abandonné ses projets de croissance externe « d'un spécialiste sur son segment », le patron de Jardin BiO' n'envisage « pas d'opérations majeures cette année. Nous allons plutôt nous concentrer sur nos investissements et nous avons des projets plus structurants et plus en amont ».
Ainsi, le groupe est sur le point d'annoncer des développements dans les biscuits, une activité qu'il sous-traite actuellement. Jardin BiO' devrait annoncer d'ici avril/ mai prochain la construction d'une unité de production à Saint-Jean-Angély (17) avec un partenaire. Début février 2016, le journal Sud-Ouest, rapportait les propos de Françoise Mesnard (vice-présidente chargée de l'économie et maire de Saint-Jean-d'Angély) annonçant « la mise en service d'une nouvelle biscuiterie bio sur la zone Arcadys en 2018 avec la création dans un premier temps de 20 emplois ». Un projet soutenu par le groupe Léa Nature, selon l'édile.
Les entrepôts de Périgny (17) regorgent de 500 matières premières pour l'alimentaire et environ 250 en thé et tisanes. Le gros des approvisionnements se fait en France, et notamment avec la société l'Herbier du Diois dans la Drôme avec qui le groupe entretient des relations plus étroites qu'avec un simple fournisseur depuis 20 ans qu'ils travaillent ensemble, date à laquelle Catherine Kloboukoff avait passé sa première commande de 50 kilos. Aujourd'hui, une commande représente plutôt 240 tonnes. Jardin Bio se fournit à 70 % en tisane et en thé auprès de l'Herbier du Diois. « Nous avons entre 2 et 3 semaines de stocks, tout en ayant une vision sur 3 mois de production, modulable selon les ventes. L'achat de la matière première est très anticipée et sécurisée », explique Olivier Pierre responsable de production sur le site de Périgny. À noter que Jardin Bio ne fabrique plus qu'une seule référence en MDD pour Carrefour (infusion quatre plantes), le reste sous ses marques propres.
DES SITES À SATURATION
Des projets, le groupe n'en manque pas, c'est certain. Et pour les accompagner, « nous avons beaucoup investi ces 4 à 5 dernières années », rappelle Charles Kloboukoff. À un horizon de 18 mois, le groupe a cinq à six importants projets d'agrandissement à mener à bien « parce que nous voulons garder la main sans avoir recours à la sous-traitance », insiste ce dernier. Et aussi parce que des sites arrivent à saturation, en raison du succès de certains produits. Ainsi sur le site de Périgny (17) où se trouve également également le siège social, la fabrication des tisanes marche en 3/8 et, depuis peu, le samedi matin pour répondre à la demande. Le site qui compte onze machines pour les infusions, sort environ 60 000 boîtes par jour, soit 11,5 millions de boîtes de vingt sachets en 2015 toutes marques confondues. Un sac de 155 kilos environ dans lesquels se font les mélanges de plantes, est nécessaire à la fabrication de 5 000 boîtes de 20 sachets environ. Le groupe s'est doté d'une nouvelle machine (coût 1,2 M€) depuis un an, la « Rolls dans sa partie » explique Olivier Pierre, responsable de production sur le site de Périgny. « Cette machine fabrique 400 sachets/minute, contre 120 sachets/minute pour les anciennes machines », des sachets 100% biodégradables, sans agrafes et avec des encres végétales. À l'automne, l'arrivée d'une deuxième machine est prévue pour répondre à la demande.
Jardin BiO a été la première ETI française à adhérer en 2007 à l'ONG mondiale 1% pour la Planète, co-fondé par l'américain Yvon Chouinard, fondateur et propriétaire de Patagonia. Depuis, l'entreprise a versé près de 3,6 millions d'euros et contribué au financement de plus de 630 projets de protection de l'environnement. De 300 000€ la première année, sa contribution a dépassé pour la première fois la barre du 1 M€ cette année. Charles Kloboukoff a accepté de prendre la présidence de l'association 1% pour la Planète France qui ouvre sa première antenne hors des Etats-Unis. Un engagement qui illustre ce qui fait tout l'ADN du groupe.
DE GROS INVESTISSEMENTS
Au total, c'est entre 15 et 20 millions d'euros d'investissements annuels que le groupe devrait consacrer à ces projets immobiliers et industriels ces prochains mois. Des projets financés sur endettement. L'an dernier, le holding de contrôle familial Compagnie Biodiversité (250 millions d'euros de chiffre d'affaires 2015) a accueilli deux banquiers, BPI France et BNP Paribas, chacun à hauteur de 0,9 % du capital. La famille du fondateur est toujours majoritaire avec 84 % des parts du holding, aux côtés des dirigeants fondateurs des entreprises rachetées qui détiennent ensemble 7 %, et de CM-CIC avec 7 % également. Aucune évolution majeure du tour de table n'est attendue cette année. Le groupe est la première entreprise bio en France indépendante, derrière Bio Coop. « Nous sommes très attachés à notre indépendance, la contrainte de la rentabilité n'est pas primordiale, au contraire du côté bénéfique des produits pour la santé », confie encore Charles Kloboukoff, un patron visionnaire.