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Jean Bizet : « Il faut sanctuariser la ligne budgétaire de la Pac »

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Le président de la commission des Affaires européennes du Sénat, Jean Bizet (LR), estime que le président de la République ne défend pas assez le budget de la prochaine Pac et qu’il ne fixe pas clairement de ligne rouge. Ce serait « une rupture historique » et une « erreur stratégique », estime le sénateur qui organisera prochainement des rencontres sur ce sujet avec les commissions des affaires européennes de chambres hautes d’Irlande, Pologne, Italie, Espagne et Allemagne, pays plutôt favorables à des budgets ambitieux.

Emmanuel Macron a exprimé, le 25 janvier, son souhait que la Pac « n’ait pas un budget moins ambitieux » à cause du Brexit et des nouvelles missions allouées à l’Union européenne. Vous n’y croyez pas ?

Il y a ce que l’on entend et ce que l’on sous-entend… c’est souvent le plus important. Jusqu’ici nous n’entendions rien de décisif au plus haut niveau de l’État. Il y a une forme d’indifférence. Les quelques déclarations d’Emmanuel Macron jusqu’ici allaient dans le sens d’une modernisation et d’une meilleure utilisation de la Pac.

Je crois qu’Emmanuel Macron risque d’être le premier président français qui n’affiche pas de ligne rouge à la baisse des crédits budgétaires de la Pac. Je le regrette. Ce sont des messages que les autres pays ont clairement entendus ; ils ont le sentiment que la France, qui était jusqu’ici très déterminée en la matière, ne l’est plus. Ce serait une rupture historique et une erreur stratégique.

Il faut sanctuariser la ligne budgétaire Pac. Les dépenses supplémentaires liées aux nouvelles politiques de défense et de sécurité des frontières doivent être alimentées par de nouvelles ressources propres.

Vous craignez donc sérieusement une baisse du budget Pac.

Oui, surtout après la fuite – peut-être organisée – du commissaire européen au Budget, Günther Oettinger, qui laisse entendre une réduction de 10 %. Mais aussi après les trois propositions de la Commission européenne. Au moment où l’Union européenne doit afficher sa puissance, il faut réaffirmer que l’agriculture est une activité hautement stratégique. Quand les Etats-continents, qui sont nos concurrents, augmentent leurs budgets alloués à l’agriculture, nous prenons le chemin inverse.

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Je ne suis pas a priori hostile à l’action d’Emmanuel Macron, je soutiens toutes les décisions qui sont prises dans l’intérêt de la France, mais il est dangereux de fragiliser une activité qui est stratégique. D’autant plus au moment où l’on ouvre nos marchés au travers d’accords de libre-échange, accords auxquels je suis favorable, à condition qu’ils soient équilibrés, comme l’est le Ceta.

En ce qui concerne le Mercosur, il convient qu’il soit débattu dans les parlements européen et nationaux avant de porter un jugement définitif ; en l’état actuel, la filière viande rouge est trop fragilisée. C’est peut-être l’occasion qu’elle se réforme. Le président n’a-t-il pas promis 5 milliards d’euros aux fililères agricoles pour qu’elles s’engagent dans une modernisation et une restructuration ?

Vous qui n’êtes pas a priori hostile à l’action d’Emmanuel Macron, ni trop éloigné politiquement, comment expliquez-vous un tel revirement de position, alors que la France reste, elle, un pays fortement agricole et bénéficiaire de la Pac ?

Attention, je suis un ancien RPR, et j’y reste. C’est difficile à comprendre. Sans doute le président ne connaît-il pas assez les hommes et les femmes des territoires ruraux ; peut-être est-il trop ouvert aux domaines industriels ou numériques et trop fermé à ces territoires ruraux. Or, la France, c’est un ensemble.

On ne peut pas désespérer ainsi l’agriculture, car c’est toute la ruralité qui serait fragilisée. « La désespérance commence quand les yeux se taisent ». J’invite donc le président de la République à venir regarder les agriculteurs dans les yeux.

"Emmanuel Macron risque d’être le premier président français qui n’affiche pas de ligne rouge à la baisse des crédits budgétaires de la Pac"

"On ne peut pas désespérer ainsi l’agriculture, car c’est toute la ruralité qui serait fragilisée"