Comme s’y attendaient les professionnels, le gouvernement a précisé son plan pour les biocarburants le 19 mai. Au total, six nouvelles usines devraient sortir de terre d’ici 2007 : trois dans le secteur du biodiesel, trois dans le secteur de l’éthanol. Mais comme ce plan n’aurait pas permis à la France de suivre la progression de l’utilisation des biocarburants dans les moteurs telle qu’elle est demandée par l’UE, le gouvernement a aussi fait part de l’amorce d’une deuxième phase, pour l’après-2007, afin que les industriels lancent la construction de nouvelles usines. L’annonce du gouvernement a été effectuée par le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin par voie de communiqué. Son contenu a été repris par le ministre de l’Agriculture et commenté par les professionnels, venus nombreux au congrès de Proléa le 19 mai à Orléans. Les nouveaux agréments fiscaux (exonérant une partie des taxes pétrolières) accordés par le gouvernement pour la période 2005-2007 portent sur 480 000 tonnes supplémentaires de biodiesel et sur 320 000 tonnes d’éthanol. Voulant amorcer la deuxième phase, le gouvernement a annoncé qu’un nouvel appel à candidatures pour l’attribution en 2008 de 700 000 tonnes pour la filière biodiesel et de 250 000 tonnes pour la filière éthanol, sera engagé avant la fin de l’année. Enfin, la répartition des tonnages agréés par opérateurs industriels et par sites sera connue fin mai... après le référendum du 29 mai.
La « nouvelle étape dans le développement des biocarburants » présentée le 19 mai dans un communiqué de Matignon est la suite d’un feuilleton qui dure depuis plusieurs mois. Le plan gouvernemental pour les biocarburants est dévoilé peu à peu. Jean-Pierre Raffarin avait annoncé dans une première déclaration en septembre 2004 un triplement de la production de carburants verts d’ici 2007. Puis, début février 2005, il avait donné la répartition des tonnages agréés supplémentaires pour cette étape : 480 000 tonnes de biodiesel et 320 000 d’éthanol. Les opérateurs ont alors déposé leurs offres. Ce 19 mai, le gouvernement a donné une précision avec la répartition des agréments pour six nouvelles usines et l’annonce d’un nouvel appel à candidature pour le lancement de la phase II du plan. Mais l’inconnue subsiste quant à la répartition des tonnages agréés par opérateurs industriels et par sites. Celle-ci ne sera connue que fin mai.
Répartition des volumes : les professionnels reconstituent le puzzle
Néanmoins, les professionnels reconstituent le puzzle de la répartition probable des agréments qui sera dévoilée après le référendum du 29 mai.
En ce qui concerne le biodiesel, les trois usines seraient celles demandées par la filière oléagineuse (Sofiproteol) : 200 000 tonnes seraient accordées à l’usine du Mériot, 120 000 tonnes à Montoir-Saint-Nazaire et 100 000 tonnes à Compiègne, selon la filière. Les 60 000 tonnes restantes seraient réparties sur les autres usines de Sofiprotéol. Le total se monte donc à 480 000 tonnes. À cela il faut ajouter les 80 000 tonnes annoncées par le gouvernement en mai 2004 pour l’usine de Sète. On arrive alors à 560 000 tonnes supplémentaires pour la phase I. Mais d’autres sources estiment que toutes les quantités ne seront pas affectées à Sofiprotéol. On parle de 20 000 tonnes pour Novaol en Italie, et de 60 000 tonnes pour ADM en Allemagne.
En ce qui concerne le bioéthanol, sur les 320 000 tonnes d’agréments supplémentaires annoncées en février dernier, 100 000 tonnes avaient été déjà annoncées en décembre dernier et serviront à compléter les capacités des usines déjà existantes, c’est-à-dire les distilleries d’alcool de betteraves. Par ailleurs, les professionnels estiment probable l’octroi d’un agrément d’environ 40 000 tonnes à l’usine de maïs de Lacq, dans le Sud-Ouest. Il reste donc 180 000 tonnes à affecter. Les professionnels estiment que le partage sera fait entre le projet Cristanol dans la Marne et celui de Tereos à Lillebonne, en Seine-Maritime. Des volumes bien insuffisants par rapport à l’optimum de rentabilité d’une usine, évalué à 200 000 tonnes. D’où l’importance de lancer d’ores et déjà la phase II.
Pour cette seconde phase, les agréments affichés par le gouvernement (700 000 tonnes de biodiesel et 250 000 tonnes d’éthanol) sont prévus pour 2008. Cela afin d’être en conformité avec l’objectif communautaire, repris par la loi de finances de décembre 2004, de 4% de biocarburants dans les moteurs en 2008.
L’asymétrie entre le biodiesel et l’éthanol
Pourquoi une telle asymétrie entre les agréments accordés au biodiesel et ceux octroyés à l’éthanol ? Si l’écart se creuse au fil du temps, c’est « à proportion exacte des quantités de gazole et d’essence consommées en France », explique-t-on au ministère de l’Agriculture. En effet, on consomme plus de gazole que d’essence en France.
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Cela n’a pas empêché des réactions plutôt amères du côté des éthanoliers. « Si on devait s’en tenir à ce niveau d’agréments d’ici à 2010, ce serait nettement au-dessous de la fourchette la plus basse que l’on avait imaginé », réagit Jean-François Loiseau, membre du bureau de l’AGPB, chargé du dossier éthanol. La filière bioéthanol avait tablé entre 800 000 tonnes et un million de tonnes. Pour lui, il faut donc absolument qu’il y ait des compléments d’agréments d’ici à 2010. « Les opérateurs industriels risqueraient même de ne pas s’engager dans les projets », ajoute-t-il.
Alain Jeanroy, coordinateur de la filière éthanol, tempère et considère que la France va pouvoir à nouveau exercer son rôle de leader sur le marché européen des biocarburants grâce à l’annonce de ces nouveaux volumes à produire.
Éthanol pour moteurs diesel : deux pistes
Alain Jeanroy souligne qu’au-delà des agréments annoncés, un nouveau débouché va s’ouvrir à l’éthanol : celui du remplacement du méthanol (d’origine fossile) par de l’éthanol (d’origine agricole) pour la fabrication du biodiesel, dans les trois nouvelles usines à construire. Cela pourrait mobiliser 150 000 tonnes d’éthanol. Autre technologie à explorer : l’ajout d’éthanol dans le gazole. Il s’agit du « E-diesel », qui se développe aux États-Unis. « Certains motoristes français travaillent sur cette piste », explique aussi Jean-François Loiseau.
« Nous avons perdu le leadership sur le biocarburant en Europe, mais nous pouvons le rattraper », conclut Pierre Cuypers, président de l’Adeca (Association pour le développement des biocarburants). « Nous pouvons atteindre les objectifs fixés par la réglementation européenne en 2010, voire les dépasser. Nous devons en effet nous préoccuper des énergies à long ou moyen terme : 10 % de biocarburants dans les carburants, c’est tout-à-fait raisonnable ! », a-t-il déclaré.
Les quatre organisations professionnelles agricoles que sont l’AGPB, l’AGPM, la CGB et la Fop Association générale des producteurs de blé, Association générale des producteurs de maïs, Confédération générale des planteurs de betteraves, Fédération française des producteurs d’oléo-protéagineux.se sont félicitées dans un communiqué commun de « l’engagement de l’État à développer les biocarburants pour se conformer aux objectifs communautaires d’incorporer 5,75% de biocarburants dans les carburants en 2010 ». Elles se « réjouissent que le gouvernement ait pris la décision de lancer le développement de masse des biocarburants, qui replacera la France en position de leader sur le marché de l’Union européenne ».