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Filière bovine Jeunes bovins, broutard et vaches, les cours se maintiennent sur les marchés

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Les prix des jeunes bovins, des broutards ou des vaches se portent bien, globalement tenus par l'export et un manque d'animaux sur le marché. La Fédération nationale bovine (FNB) alerte sur la situation des éleveurs et demande donc que les prix à la production bénéficient également de cette bonne conjoncture.

Le constat est unanime, les cours des marchés dans la filière bovine sont plutôt porteurs en ce début d'année. La Fédération nationale bovine (FNB) parle de « perspectives plus favorables » qu'en 2014 et incite donc sérieusement les entreprises à « passer les hausses », dans un communiqué du 19 mars. Guy Hermouët résume la situation en quelques phrases : « La consommation se tient bien. Il n'y a pas de stocks d'animaux en ferme. Quelques débouchés supplémentaires sur les pays tiers se sont ouverts (Egypte, Tunisie,…). Près de 60 000 animaux, soit un nombre non négligeable, sont abattus par semaine. La conjoncture laitière n'est pas aussi catastrophique d'où un nombre réduit de vaches de réformes sur le marché. Les cours devraient se tenir. » Jean-Marc Chaumet, chef de projet conjoncture viande bovine à l'Institut de l'élevage, le confirme : « Les prix se tiennent aussi bien en broutard qu'en jeunes bovins (JB) ou qu'en vaches. » Côté jeunes bovins (JB), un recul de l'offre en Allemagne permet de maintenir les cours du fait des fortes exportations françaises vers ce pays. L'Allemagne tire donc les cours français. Par ailleurs, ceux de la vache de réforme laitière sont bons également (+ 0,15 à 0,20 c d'euros), malgré la hausse des volumes abattus (+8% de mi-février à mi-mars 2015 par rapport à la même période en 2014). L'Europe du Nord, en déficit d'abattage, exporte moins vers la France et permet donc au prix de progresser positivement, selon Jean-Marc Chaumet. « Pour résumer rapidement, le manque d'abattage de JB et de vaches permet de maintenir les cours », observe-t-il.

Le marché turc soutient les cours du broutard

Sur le marché du broutard, le constat est le même. Certes, la hausse saisonnière des cours est bien là. Pour autant, les pays tiers tirent aussi le marché à la hausse. « La Turquie continue d'importer en grand nombre (broutards de moins de 300 kg). En janvier, 6 500 animaux sont partis », analyse-t-il. Pierre Richard, directeur commercial de Deltagro-Union, annonce, lui, un chiffre de 15 000 animaux exportés fin mars. Pour lui, le marché turc « est un marché à très fort potentiel, beaucoup plus que le Maghreb », même s'il reste très aléatoire. Si la Turquie ne ferme pas ses portes durant l'année, « à ce rythme là, près de 70 à 80 000 animaux seraient exportés vers cette destination », soient 8 à 10% des exportations vers l'Italie. « On déshabille Paul pour rhabiller Pierre ! », s'alerte tout de même Pierre Richard en pensant au manque que cela pourrait représenter sur le marché italien et le marché français. « Le risque est aussi de perturber le marché français. Ce sont autant d'animaux engraissés en moins en France », explique-t-il. Avec la nouvelle Pac, l'engraissement n'a pas forcément la cote chez nous. Pour Guy Hermouët : « Il manque la sécurité des marges et du prix pour les engraisseurs. Les éleveurs engraisseurs isolés ont plus de chance d'arrêter que ceux travaillant en organisation de producteur avec une contractualisation. »

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Un marché du broutard à surveiller

D'ailleurs à propos d'engraissement, Jean-Marc Chaumet constate qu'il existe un différentiel entre le nombre d'animaux qui devraient être présents sur le marché selon ses bases de données et la réalité du terrain ! Pierre Richard ne se refuse pas à cette idée et imagine « un marché un peu chargé en jeunes bovins d'ici quelques mois ». Le différentiel constaté reste donc dans les élevages, à l'engraissement, incité probablement par des stocks de fourrage importants cette année. « Même les engraisseurs français commencent à ressentir la hausse des cours du broutard. Et leur faible disponibilité rend les exportateurs parfois à cours d'animaux », note Jean-Marc Chaumet. Bruno Colin, président de la filière bovine de Coop de France, attend lui le mois de mai où la France et l'Europe verront redéfinir leur statut par rapport à l'encéphalite spongiforme bovine (ESB ou vache folle). Devenir un pays à « risque négligeable » permettra à la France – tout comme à d'autres pays européens – de prendre des marchés vers l'Asie. L'année 2015 s'annoncerait plutôt donc bien. Aussi la FNB rappelle que « les prix à la production en France doivent bénéficier de cette conjoncture et se redresser plus nettement, d'autant que les entreprises d'aval ont reconstitué des marges importantes depuis 2013 avec un prix consommateur toujours en croissance. Il y a urgence à rétablir la situation de trésorerie et de rentabilité des exploitations ». (ED)

Pas de « fort développement » des exportations sur l'Algérie, selon Pierre Richard

L'Algérie, c'est « vite fait » environ 50 000 têtes exportées, selon Pierre Richard, directeur commercial chez Deltagro-Union. Pour autant, il n'imagine pas « un fort développement » des exportations sur l'Algérie. Le contingent représente 11 000 têtes, soit 5 000 tonnes de viande, atteint au 1er janvier de chaque année. « Exporter du taurillon sans détaxe » n'est pas forcément intéressant, remarque-t-il surtout lorsque le prix de vente est de l'ordre de 1500 à 1600 € par animal. Les exportations portent également sur des génisses laitières montbéliardes, race mixte et qui s'adapte bien, ou holstein pour certaines exploitations de pointes (15 à 20 000 têtes). « Aujourd'hui, le PIB de l'Algérie a chuté, en lien avec les cours du pétrole. L'objectif du gouvernement est de freiner à bloc les importations », souligne-t-il. Il imagine mal une filière d'engraissement dans le pays tant la problématique foncière est forte. « Certaines bonnes terres sont inoccupées, d'autres appartiennent à des propriétaires absentéistes. Le prix des terres est plus élevé qu'en France. La gestion du foncier est complètement à refaire ! », selon lui. Vu également le prix des fourrages et du grain, importé pour la majorité, le pays se tourne de plus en plus vers des animaux finis, mais inférieur à 18 mois, sinon il passe en catégorie viande, et non plus élevage, avec des taxes supplémentaires.