Dans une interview accordée à Agra industrie, le chef de file des organisations de consommateurs européennes, Jim Murray, demande à l’industrie de modifier les messages nutritionnels qu’elle véhicule dans ses publicités. Il appelle de ses vœux une législation spécifique pour « protéger » les enfants contre un trop plein de réclames.
Agra industrie : L’industrie agroalimentaire insiste sur la responsabilité individuelle des consommateurs en matière d’obésité. Qu’en pensez-vous ?
Jim Murray : On ne va pas revenir cinquante ans en arrière ! Les styles de vie ont changé. Le travail a notamment perdu son caractère physique et rural. Il est bien évident que les problèmes d’obésité sont liés à de nombreux facteurs. Mais l’industrie doit reconnaître sa responsabilité. Nous devons changer l’environnement nutritionnel des consommateurs. Le problème n’est pas celui d’une entreprise en particulier. Il vient plutôt de l’effet cumulé des messages publicitaires. Pris globalement, ils contribuent à « déséduquer » les consommateurs. Cela est d’autant plus préoccupant que les produits les plus soumis à de la publicité sont ceux qu’il faudrait le moins manger. Ceci est particulièrement vrai pour les produits destinés aux enfants.
A.I. : Est-ce que vous militez pour une réglementation plus dure contre les aliments trop gras ou trop salés, des taxes par exemple ?
Jim Murray : Je crois que cette mesure n’est inscrite à l’agenda de personne ! Notre propos n’est pas de bannir les aliments trop gras ou très sucrés comme certaines céréales pour petit déjeuner mais d’empêcher qu’ils puissent être vendus comme des produits « sains ». Il faut au contraire promouvoir des produits qui ont un véritable intérêt nutritionnel. Essayons plutôt de développer le goût, d’encourager les régimes sains. A cet égard, je me félicite que l’on interdise dans les écoles les distributeurs de snacks. La future législation sur les allégations nutritionnelles et de santé doit permettre de redonner du sens aux messages promotionnels. Ces dernières années, la valeur de leur contenu s’est dégradée. Par ailleurs, il est nécessaire de réduire l’exposition des enfants aux publicités pour certains aliments. Il n’est pas réaliste de penser que l’industrie puisse le faire seule, sans législation.
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A.I. : Estimez-vous utile de fournir des outils simples aux consommateurs comme de réduire l’étiquetage nutritionnel aux calories ?
Jim Murray : Non, la solution choisie par les Américains de n’afficher que les calories sur les emballages alimentaires ne me paraît pas être la bonne. On peut très bien avaler des quantités de sucre et respecter la quantité de calories journalières. En revanche, la révision de la législation sur l’étiquetage nutritionnel doit parvenir à un objectif : faire en sorte que les consommateurs puissent comparer les produits entre eux. Aujourd’hui, chaque entreprise définit ses propres standards. Cela rend les informations nutritionnelles incompréhensibles.