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UE/Produits laitiers Jusqu’où aller dans l’information des consommateurs ?, se demande le Forum laitier mondial

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A côté de l’avenir de la Politique agricole commune (Pac) et de la durabilité dans le secteur laitier, l’information des consommateurs a constitué l’un des thèmes principaux qui a été le plus débattu lors du Forum laitier mondial 2010 organisé le 24 septembre à La Haye (Pays-Bas) par l’European Dairy Association. Un Forum qui a regroupé plus de 200 participants à la grande satisfaction de Werner Buck, le président de l’EDA.

Le projet de règlement sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires a constitué la trame des débats sur « l’information des consommateurs », un des principaux thèmes que les 200 participants au Forum laitier mondial 2010 ont abordé à La Haye le 24 septembre. Ouverte par Henry Uitslag, membre néerlandais du Beuc (Bureau européen des unions de consommateurs), la session sur « l’information des consommateurs » a permis à celui-ci de mettre l’accent sur la nécessité pour l’industrie de fournir « une information claire et facile à comprendre » aux consommateurs, lesquels, a-t-il souligné, « font leur choix d’achat dans un laps de temps de 20 secondes maximum ». Pour éclairer le choix des consommateurs, Henry Uitslag a bien sûr plaidé pour l’utilisation du système d’étiquetage nutritionnel obligatoire dit des « feux tricolores », un système, aux yeux du Beuc, « beaucoup plus compréhensible pour le consommateur moyen ». Un argument contredit par l’intervenant suivant, l’Américain Douglas Dirienzo de la société DMI (Dairy Management Inc, Illinois) qui a estimé que « les messages négatifs au sujet de la nutrition ne fonctionnent pas en matière d’information des consommateurs » et qu’il est préférable de leur fournir au contraire « des recommandations et des conseils pratiques sur ce qu’ils doivent manger et non sur ce qu’ils doivent éviter ». Celui-ci a également indiqué que la langue employée pour informer les consommateurs devrait être « facile à comprendre et pas trop scientifique ». Esther de Lange, députée européenne, a de son côté présenté la position du Parlement européen sur les principaux éléments de la proposition de règlement sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires. Elle a fermement indiqué qu’elle ne croit pas à l’éducation nutritionnelle des consommateurs « via les packs de produits » et que celle-ci devrait être traitée au contraire « dans un contexte plus large. » En ce qui concerne l’étiquetage du pays d’origine, l’eurodéputée s’est prononcée en faveur d’une étiquette « Made in Europe » plutôt qu’une étiquette mentionnant le pays d’origine. Pour elle, l’étiquetage obligatoire du pays d’origine ne serait pas conforme à la philosophie de l’Europe d’un marché unique, « surtout dans les zones proches des frontières, où les entreprises laitières récoltent le lait des différents pays limitrophes ». Un tel étiquetage obligatoire se traduirait nécessairement, selon elle, par « une augmentation des coûts de 25 % au niveau du processus de transformation et de 50 à 100 % pour les consommateurs ». Elle a donc plaidé pour une évaluation d’impact avant toute décision définitive sur un éventuel étiquetage obligatoire du pays d’origine. Des arguments appuyés par Gerda Verburg, ministre néerlandaise de l’agriculture et de la qualité alimentaire, qui, dans son discours d’ouverture, a dit ne pas être en faveur d’un étiquetage obligatoire du pays d’origine pour les produits laitiers. Selon elle, les labels de qualité ou les étiquettes qui mettent en évidence un critère de qualité spécifique « sont d’ores et déjà utilisés par les producteurs et les supermarchés et constituent une réelle valeur ajoutée pour le consommateur ».

L’avenir de la Politique Agricole Commune
Lors des débats sur « l’avenir de la Politique agricole commune », Herman Versteijlen, directeur à la DG Agri de la Commission européenne, a rappelé que le processus de consultation de la Commission auprès des parties intéressées a commencé en avril 2010 en ce qui concerne la « Pac post-2013 » et que l’exécutif européen présentera une communication en novembre 2010 et que des propositions législatives seront prêtes dans le courant de l’été 2011. Il a souligné que l’industrie laitière européenne « devrait faire davantage pour s’assurer que les approvisionnements en lait demeurent en phase avec la demande ». Comme les quotas laitiers sont devenus moins pertinents, la gestion de l’offre devrait, selon lui, « devenir la responsabilité conjointe de l’agriculteur et du transformateur », selon bien sûr les lois du marché. Pour George Lyon, député européen, l’avenir de la politique agricole de l’Union doit être « plus juste, plus verte et plus durable ». Il a recommandé une « meilleure et plus juste répartition des paiements directs » entre les Etats membres de l’UE. Abordant la question très débattue en ce moment sur les déséquilibres des pouvoirs au sein de la chaîne alimentaire, l’eurodéputé a mis en garde les distributeurs qui, s’ils continuent de faire la sourde oreille, « courent le risque de voir les gouvernements européens adopter de nouvelles lois et règlements destinés à rassurer les consommateurs et les agriculteurs afin de rééquilibrer les pouvoirs au sein de la chaîne alimentaire ».

Durabilité du secteur laitier
Les discussions sur un développement durable dans le secteur laitier et notamment la question des émissions de gaz à effet de serre (GES) a permis à Theun Vellinga, de l’université de Wageningen, de rappeler que l’élevage contribue pour 18% dans les émissions de GES d’origine humaine, et que « seulement 2,7% des émissions de GES sont causés par l’élevage laitier et l’industrie de la transformation ». Pour la scientifique néerlandaise, l’atténuation des émissions de GES provenant des produits laitiers devrait commencer dans les pays en développement car, a-t-elle souligné, ceux-ci « ont la plus grande part des émissions et que le potentiel de changement est plus grand dans ces pays ». Des arguments quelque peu refroidis par Richard Perkins, directeur du Fonds mondial pour la nature du Royaume-Uni, lequel a annoncé que le secteur laitier « ne pourra pas atteindre ses objectifs de réduction des émissions de GES si l’industrie ne réduit pas les niveaux de la production laitière et de la consommation ». L’écologiste britannique a exhorté l’industrie laitière à prendre d’autres mesures afin d’évoluer vers un agenda « plus durable et plus éthique » notamment en achetant uniquement « du soja ou des aliments pour animaux dérivés d’huile de palme dûment certifiés » ainsi qu’en adoptant les normes de bien-être animal les plus élevées possibles.

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