La société Un air d’ici, plus connue à travers sa marque de fruits secs Juste Bio, se dote d’un site de production flambant neuf à Carpentras, dans lequel elle a investi 16 millions d’euros. Elle mise de plus en plus sur l’approvisionnement local en lançant une gamme de produits d’origine française et sur la réduction de son empreinte environnementale grâce à des emballages biodégradables et compostables industriellement. Très orientée vers les GMS, la société vise aussi les magasins bio avec une offre de produits sous une marque dédiée, Jules et Petit Louis.
La crise de la Covid-19 a marqué l’année 2020 d’un sceau bien particulier pour la société Un air d’ici : loin des prévisions de croissance initiales, le chiffre d’affaires s’est établi à « seulement » 78 millions d’euros. « Nos ventes ont progressé de façon spectaculaire ces dernières années, en partant de 15 millions d’euros en 2016 pour atteindre 71 millions d’euros en 2019 », rappelle Franck Bonfils, président fondateur de cette société familiale, plus connue à travers sa marque de fruits secs en vrac en grandes surfaces Juste Bio. Il faut dire que la Covid-19 est passée par là, avec ses perturbations inattendues au moment du confinement du printemps 2020. « Les magasins sont restés inaccessibles pendant plusieurs semaines à nos collaborateurs chargés de remplir les silos de vrac et les consommateurs ont pensé à tort qu’il y avait un risque de contamination en utilisant nos silos », explique Franck Bonfils. Pendant ce temps, les emballages en plastiques étaient présentés par certains comme plus sûrs, sans vraiment de preuves à l’appui.
Cette période, qui a connu son pic au cours du confinement du printemps, continue d’avoir des conséquences sur les ventes qui n’ont encore retrouvé leur rythme d’avant la crise sanitaire. Les consommateurs vont moins souvent faire leurs courses, restent moins longtemps dans les magasins, s’attardent moins dans certains rayons et ont tendance à aller à l’essentiel et continuent peut-être de penser qu’il faut privilégier les emballages en plastique. C’est ce que montrent des études récentes selon lesquelles 13 % des consommateurs ont réduit leurs achats de vrac, dont 3 % ont même arrêté d’en acheter. Pourtant, les silos de vrac sont bien approvisionnés par les 200 collaborateurs de Juste Bio qui gèrent entièrement le remplissage et le nettoyage des silos installés dans les 6 000 grandes surfaces françaises qui en sont équipées.
16 millions d’euros investis dans un nouveau site industriel
Cette année 2020 si particulière a aussi été une année intense d’un point de vue du développement de Juste Bio. « Nous avons investi 16 millions d’euros, dont 9 millions dans le bâtiment et 7 millions dans les équipements, pour nous doter d’un nouveau site de production, qui comprend notre siège social », déclare Franck Bonfils, qui est accompagné par le fonds luxembourgeois Ambrosia Investments, actionnaire à hauteur de 20 % depuis 2018. Ce site industriel permet de recevoir toutes les cargaisons de produits, vérifier la présence d’éventuels résidus (afin d’aller au-delà des obligations de moyens comprises dans le cahier des charges de l’agriculture biologique), torréfier, mélanger et travailler certains fruits, puis les mettre en sachets destinés à alimenter les silos. Et surtout de faire face à l’augmentation des volumes à venir. Car en dépit du ralentissement de 2020, les prévisions de développement des ventes de produits alimentaires en vrac en France sont toujours orientées à la hausse sur le long terme. Le marché des produits en vrac est aujourd’hui estimé à 1,3 milliard d’euros en France, pour moitié dans les magasins spécialisés biologiques et pour moitié dans les grandes surfaces. Selon Réseau Vrac, il pourrait représenter un marché de 3,2 milliards d’euros en 2022.
« Nous avons désormais les capacités suffisantes pour faire face à la montée en puissance des volumes qui vont être absorbés par le marché », assure Franck Bonfils. Le site de Carpentras a produit 7 000 tonnes en 2020, mais il peut aller jusqu’à 28 000 tonnes. Un deuxième site (en location) à Monteux est opérationnel depuis cette année pour gérer l’ensemble de la logistique. C’est le point de départ des camions chargés de livrer les magasins équipés de silos dans toute la France. La montée en charge des volumes et du nombre de magasins équipés alimente une réflexion en interne pour se doter d’un ou plusieurs sites relais en France. Juste Bio vise 1 000 magasins supplémentaires équipés de silos en 2021, notamment des supermarchés et des magasins de proximité qui représentent un potentiel, alors que les hypermarchés sont déjà bien équipés en silos.
Des GMS vers les magasins biologiques
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Autre cible pour l’entreprise : les magasins biologiques. « Ils sont déjà très bien dotés en silos, mais ils cherchent à optimiser leur gestion en nous les confiants » constate Franck Bonfils. Pour ce réseau, Un air d’ici a développé une nouvelle marque, Jules et Petit Louis. Des tests sont en cours depuis 2020 dans des magasins indépendants et chez quelques adhérents Biocoop.
Spécialiste du vrac, Un air d’ici mise aussi sur les sachets de fruits secs, qui représentent 5 % du chiffre d’affaires de la société. Vendus sous la marque Juste Bio, ils se font une place dans les rayons. Une nouveauté cette année : le lancement d’une gamme de produits originaires des terroirs français, pour répondre à une demande des consommateurs pour plus de produits locaux. Cette nouvelle gamme nommée Cocorico compte six références de fruits, céréales et légumes secs. Et comme pour les autres produits, les sachets (individuels ou bien servant à remplir les silos) sont mis au point pour limiter au maximum leur impact sur l’environnement. Un partenariat a été conclu avec la société israélienne Tipa pour adopter depuis avril 2020 des sachets en matière biodégradable et compostable industriellement. La démarche s’inscrit dans une volonté de réduction des plastiques à toutes les étapes de la production de l’entreprise qui a déjà supprimé les étiquettes et l’impression au jet d’encre pour du marquage laser des cartons. Juste Bio espère ainsi augmenter significativement la part de ses ventes de produits en sachets à 10 % de son chiffre d’affaires à l’horizon 2022.
Un contexte très favorable aux fruits secs en vrac
Les produits bruts, pas ou peu transformés, bénéficiant d’une traçabilité claire, à faible impact environnemental et présentant un intérêt pour la santé correspondent aux attentes des consommateurs. C’est ce que révèle l’étude prospective sur les tendances de consommation en 2021, réalisée par le cabinet d’études néerlandais Innova Market Insights. Après la pandémie de la Covid-19 apparue il y a un an, 6 consommateurs sur 10 citent la transparence comme priorité numéro un parmi leurs préoccupations. Ce souci n’est pas nouveau, mais le contexte sanitaire rend les consommateurs plus attentifs au bien-être des hommes et des animaux, à la transparence de la chaîne d’approvisionnement, à la nutrition à base de plantes et à l’approvisionnement durable.
Autre tendance : le végétal sous toutes ses formes, dont « l’attrait grandissant va entraîner une expansion dans différentes régions et catégories en 2021, notamment une demande accélérée pour de nouveaux formats, des protéines végétales et des alternatives plus sophistiquées », prévoit Innova Market Insights. Le contexte sanitaire, marqué par une grande instabilité, joue aussi son rôle dans les comportements des consommateurs : « l’anxiété permanente provoquée par la Covid-19 encouragera les consommateurs à donner la priorité à leur santé immunitaire jusqu’en 2021 », remarque Innova Market Insights.