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Kiwis : une fraude à l’origine démasquée par la DGCCRF

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Près de 15 000 tonnes de fruits seraient concernées sur les trois dernières années pour un « bénéfice illicite » de 6 M€, impliquant sept entreprises, dont six françaises. Les organisations représentant les producteurs français disent attendre « des sanctions exemplaires ».

La DGCCRF (répression des fraudes) a indiqué le 25 mars avoir lancé des procédures judiciaires contre sept entreprises ayant importé en France des kiwis italiens sous l’étiquetage « produits en France ». Cette fraude porte « sur environ 15 000 tonnes de kiwis francisés sur les trois dernières années », soit « 12 % des kiwis “origine France” commercialisés sur le territoire national », a précisé l’institution relevant du ministère de l’Économie dans un communiqué.

La fraude aurait permis « un bénéfice illicite total » de 6 M€, les kiwis français étant vendus « plus cher », a indiqué la secrétaire d’État à l’Economie Agnès Pannier-Runacher. « Il s’agit d’une tromperie grave pour les consommateurs et d’une concurrence déloyale nocive pour les producteurs français », a-t-elle ajouté. La DGCCRF a découvert la fraude en relevant sur des kiwis « origine France » des traces de fenhexamide et de fludioxonil, des substances actives interdit en France « contrairement à l’Italie où elles sont utilisées pour améliorer la conservation des kiwis », a précisé la DGCCRF.

« Contexte économique propice »

Les entreprises concernées par la procédure sont six grossistes français, important des kiwis italiens, et une entreprise italienne exportant en France. Pour « franciser » les kiwis, cette dernière utilisait notamment une société « boîte aux lettres » installée dans le sud de la France, mais n’ayant aucune existence réelle. « Nous avions des doutes sur des quantités de kiwis français, proposés à la vente à des prix assez bas, à des périodes où les opérateurs avaient peu de stock », indique Adeline Gachein, directrice du Bureau interprofessionnel du kiwi (BIK), qui rassemble producteurs, coopératives et expéditeurs de la filière. La DGCCRF précise elle-même avoir eu « une attention forte » sur cette filière en raison « d’un contexte économique propice au développement de pratiques frauduleuse ».

En 2015, la France a produit 67 000 tonnes de kiwi, quand la production italienne se situe autour de 500 000 tonnes. « Nous avons un déficit de kiwis français, avec une volonté du consommateur d’acheter français, une volonté de la grande distribution de proposer du kiwi français et dans le même temps un déficit de prix avec l’Italie », constate Adeline Gachein, qui évalue ce dernier à « en moyenne 40 centimes » en prix à l’expédition. Une différence à attribuer à des coûts de main-d’œuvre plus bas mais aussi au fait que les producteurs italiens utilisent des traitements post-récolte, et ont donc moins de pertes de poids ou de volumes lors du stockage.

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« Sanctions exemplaires »

« Nous sommes obligés d’appliquer des méthodes naturelles pour avoir des fruits qui se conservent bien dans le temps. Et on y arrive, même si on a un peu plus de pertes qu’eux. C’est un choix assumé des producteurs français, qui est un surcoût au niveau du stockage », explique Adeline Gachein. « Pour nous ce n’est que le premier point d’étape », indique-t-elle suite aux annonces de la DGCCRF.

« Les procès-verbaux ont été envoyés au TGI par la DGCCRF. Nous attendons le numéro d’enregistrement et nous demanderons les pièces du dossier. Il est fort possible que notre conseil d’administration décide de se porter partie civile », précise-t-elle, disant souhaiter « des sanctions exemplaires ». Interfel, L’interprofession des fruits et légumes frais, a aussi exprimé le 26 mars dans un communiqué « sa satisfaction suite aux investigations de la DGCCRF » jugeant que ces agissements risquaient de « porter injustement atteinte à l’image de l’ensemble des acteurs de la filière ».

Des traces de fenhexamide et de fludioxonil