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Multispécialiste/Stratégie Kraft Foods veut reprendre Cadbury

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Kraft Foods est de plus en plus ambitieux. Non content de s’être approprié les biscuits LU en 2007, voilà que le groupe américain veut s’offrir le géant Cadbury (8 milliards de dollars de chiffre d’affaires), qui détient notamment les marques Carambar, Kréma et La Pie qui chante. Cadbury a pour le moment refusé les 12 milliards d’euros proposés par Kraft Foods. Une nouvelle qui signe sans doute le début de longues négociations, dans lesquelles il n’est pas impensable que d’autres groupes viennent s’inviter.

Après avoir englouti les biscuits LU il y a deux ans, le groupe Kraft s’est trouvé une nouvelle proie. Il tente actuellement d’acquérir le Britannique Cadbury, spécialiste des bonbons et du chocolat. Outre LU, Kraft Foods détient déjà de nombreuses marques très connues telles que Côte d’Or, Maxwell, Grand-Mère, Suchard, Jacques Vabre, Milka et Oréo. Son chiffre d’affaires s’est établi à 41,9 milliards de dollars en 2008, réparties dans les « snacks » (38 %), les boissons (20 %) les produits laitiers (18 %), les plats préparés (15 %) et l’épicerie (10 %). Cadbury ne se laisse pas faire : le groupe a refusé les 12 milliards d’euros mis sur la table par Kraft Foods. Si le géant américain peut se permettre une telle offre, c’est que ses performances restent bonnes dans cette période de crise : depuis le début de l’année, Kraft Foods a dégagé des bénéfices en nette hausse (+10 % au premier trimestre ; + 11 % au deuxième). La proposition de rachat a entraîné un bond considérable de Cadbury à la bourse (+ 42 %). Le soir de l’annonce, le spécialiste des bonbons était crédité d’une capitalisation boursière de 12,7 milliards de dollars.

Faire monter les enchères
Cadbury a rejeté l’offre de Kraft Foods, en affirmant qu’elle « sous-évalue fondamentalement le groupe et ses perspectives de croissance ». Le principal actionnaire de Cadbury est aujourd’hui Legal & General, qui détient moins de 10 % du capital de l’entreprise. Ce rejet témoigne-t-il de la volonté du groupe de rester indépendant ou bien de faire monter les enchères ? Kraft a de toute manière assuré qu’il allait continuer à essayer de convaincre Cadbury. Si Kraft Foods arrivait à ses fins, le groupe ainsi constitué serait un mastodonte pesant 50 milliards de dollars (35 milliards d’euros), soit le nouveau numéro 2 mondial de l’agroalimentaire derrière Nestlé. Par ailleurs, désireux de ramener ses marges au niveau de celle du secteur, Kraft Foods prévoit « au moins 625 millions de dollars » d’économies par an, grâce à des synergies finalisées d’ici trois ans.

Deux groupes complémentaires
L’Américain pense être très complémentaire avec Cadbury, qui est l’un des principaux fabricants européens de bonbons et de chocolats (Carambar, Kréma, La Pie qui chante, Malabar, Vichy, Poulain…), et qui est sorti complètement du marché des boissons (Schweppes, Orangina, Oasis…) au printemps dernier. Ensemble les deux entreprises détiendraient 14,8 % du marché mondial de la confiserie et dépasseraient donc Mars (14,6 %). En outre, cette acquisition permettrait au géant américain d’être davantage présent sur le marché britannique, d’où il est pratiquement absent aujourd’hui. Par ailleurs, Cadbury lui ouvrirait la porte des marchés émergents comme l’Inde et l’Amérique latine.

D’autres concurrents pourraient être intéressés
Il est également possible que des concurrents tels que Mars, Unilever ou Nestlé soient intéressés par le groupe britannique. Et le Wall Street Journal a affirmé que le chocolatier américain Hershey pourrait faire une offre à Cadbury. L’hypothèse paraît peu probable, Hershey ne pesant que 5 milliards d’euros. Par contre, l’idée soulevée par le quotidien américain d’une offre conjointe par Nestlé et Hershey semble plus crédible. Ce dernier garderait l’activité bonbons, tandis que le géant suisse reprendrait les chocolats.