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La baguette à 29 centimes chez Leclerc sème la discorde

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La polémique ne faiblit pas après l’annonce d’un prix de la baguette bloqué à 0,29 € dans les magasins Leclerc. Le distributeur s’abrite derrière l’argument du pouvoir d’achat. Les producteurs, meuniers et boulangers fulminent.

La passe d’armes entre Christiane Lambert et Michel-Edouard Leclerc n’en finit pas. Par médias interposés, la présidente de la FNSEA et le distributeur s’écharpent sur le blocage du prix de la baguette à 29 centimes pendant six mois dans les magasins Leclerc. L’annonce faite par Michel-Edouard Leclerc, le 11 janvier, a provoqué la colère des céréaliers, meuniers et boulangers qui lui reprochent de « brader » son pain en pleine inflation des prix du blé, de l’énergie et du transport. « Honte à lui, au moment où les prix des matières premières flambent et où la loi Egalim 2 impose la répercussion » au consommateur, avait réagi dans la foulée Christiane Lambert sur Twitter. Avant de revenir quelques jours plus tard sur cette polémique à l’antenne de BFM Business : « Quand la farine augmente autant, il faut passer des hausses tout au long de la chaîne. Sinon, qui encaisse la perte ? L’agriculteur ou le meunier. » En 2021, les prix du blé ont augmenté d’environ 30 %.

Lidl s’alignera sur le prix Leclerc

« On n’a pas baissé le prix du pain, on l’a gelé », a précisé Michel-Edouard Leclerc lors d’une audition devant la commission des affaires économiques du Sénat. Il explique que le prix d’une baguette pain blanc chez Leclerc évoluait entre 0,22 et 0,32 € : « On l’a mis à 0,29 €. » Pour s’engager auprès de ses 18 millions de consommateurs à ne pas bouger le prix d’un centime, le distributeur assure qu’il prendra sur sa propre marge. « Dans ce prix, on a tenu compte de deux hausses de prix que les meuniers nous ont demandé de passer » et « nous acceptons la sanctuarisation des produits agricoles » comme l’exige la loi Egalim, a-t-il affirmé, au micro de RMC, le 13 janvier, considérant que la FNSEA lui « crache à la figure » avec cette polémique qu’il juge « ridicule ».

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Alors que les négociations commerciales peinent à avancer entre les industriels – qui demandent des fortes hausses de tarifs dans un contexte d’inflation de leurs coûts de production – et leurs clients de la grande distribution, Leclerc a dit vouloir « prendre un marqueur de [son] intention de ne pas faire passer des hausses de prix sans discussion, sans modération. » À travers cette stratégie, le distributeur s’adresse surtout à ses clients. « C’est un produit phare, un marqueur de l’inflation. Comme d’ailleurs les carburants, même si je ne les mets pas au même niveau. Les consommateurs mémorisent les prix », assure Michel-Edouard Leclerc qui se pose en « défenseur » du pouvoir d’achat. Le directeur exécutif de Lidl Michel Biero a annoncé, le 19 janvier sur Europe 1, qu’il s’alignerait sur le prix annoncé par Leclerc, tout en accusant son concurrent d’envoyer « un signal désastreux au monde agricole ». Il anticipe : « C’est un produit tellement symbolique, tous les distributeurs français vont s’aligner c’est évident… ». De quoi attiser la gronde contre la baguette à 29 centimes.

« On n’a pas baissé le prix du pain, on l’a gelé »