Les producteurs de viande bovine de l'UE, qui affirment être pris en étau entre une forte baisse des prix et la hausse de leurs coûts, redoutent de plus les conséquences de l'accord de libre-échange en cours de négociation avec les États-Unis. Ils réclament une étude et une consultation publique sur l'impact d'un tel accord.
PRIX communautaires en baisse de 5 % en moyenne depuis le début de l'année par rapport à 2012, coûts des intrants, notamment de l'alimentation animale, en augmentation rapide : le président du groupe de travail « viande bovine » des organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca), Pierre Chevalier, s'est déclaré, le 9 avril, particulièrement préoccupé par la situation des éleveurs. Selon les estimations, la production européenne devrait diminuer d'environ 7 % sur la période 2014-2023 par rapport à la moyenne 2010-2012, de même que la consommation, tandis que les importations devraient augmenter, s'est-il également inquiété.
Accord euro-américain : demande de transparence« La production intérieure de viande bovine ne peut pas être la variable d'ajustement du marché européen », a averti Pierre Chevalier. Or, selon le Copa-Cogeca, les éleveurs de l'UE, qui respectent les normes de production les plus élevées au monde, pâtissent d'un désavantage compétitif par rapport à d'autres pays où les producteurs ne sont pas tenus de se conformer aux mêmes réglementations et obligations coûteuses. Par exemple, l'utilisation d'antibiotiques en tant qu'accélérateurs de croissance est interdite dans l'Union mais autorisée dans d'autres régions du monde, où l'on ne trouve pas non plus le même système d'inspection des exploitations. Le Copa-Cogeca demande donc le respect des normes de production de l'UE dans le cadre des accords de libre-échange en discussion avec les pays tiers. « Nous avons besoin d'une plus grande transparence de la part de la Commission. Nous l'invitons à publier une étude de l'impact qu'auront sur le secteur bovin les négociations commerciales entre l'UE et les États-Unis et à lancer une consultation publique à ce sujet avant de progresser plus avant dans les négociations », a ajouté M. Chevalier.
La levée de l'embargo se fait attendreAnnoncée officiellement le 4 mars, la levée de l'embargo des États-Unis sur la viande bovine de l'UE, qui avait été imposé en 1997 lors de la crise de l'ESB, ne devrait pas se traduire par une reprise des ventes européennes sur ce marché avant la fin de 2014. Washington veut en effet mener auparavant des audits dans les pays exportateurs qui prendront au mieux 6 à 7 mois.
Le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Irlande, l'Italie et la Belgique ont déjà déposé leurs dossiers auprès du Food Safety & Inspection Service américain (FSIS). En échange de l'abolition de cet embargo, l'UE avait autorisé l'utilisation de l'acide lactique pour décontaminer les carcasses de bovin, une pratique courante outre-Atlantique, ainsi que l'importation de porcs vivants.
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En mars dernier, la Commission européenne a reçu une proposition du représentant américain au commerce appelant, en tant que nouvelle étape, à continuer les discussions sur les hormones de croissance utilisées pour la production de viande bovine et sur les porcs traités à la ractopamine – deux « lignes rouges » de Bruxelles.
En matière de traitement antimicrobien des carcasses de volailles, une question très controversée, la Commission est prête à autoriser de nouvelles substances utilisées aux États-Unis une fois que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) aura donné son feu vert, ce qu'elle a d'ailleurs fait le 26 mars pour l'acide l'acide peroxyacétique, destructeur des agents pathogènes.
Toutefois, Bruxelles ne semble pas devoir aller de de l'avant sur ces dossiers tant que celui de l'embargo américain sur la viande bovine européenne n'aura pas été définitivement réglé.