Lors d'une conférence de presse de la Fict, l'essentiel des débats ont porté sur la bataille qui l'oppose avec la société Yuka. L’application nutritionnelle du même nom, condamnée à trois reprises à la demande de charcutiers et de la Fict au sujet de l’impact sur la santé humaine des nitrites, a fait appel de ces décisions. Elle a lancé une cagnotte pour faire face à ses frais de défense.
La bataille judiciaire entre, d’un côté, les charcutiers et la Fict et, de l’autre côté, l’application nutritionnelle Yuka est loin d’être terminée. L’application a été condamnée récemment à trois reprises par des tribunaux de commerce au sujet de l’impact sur la santé humaine des nitrites présents dans les charcuteries.
À Paris, suite à une démarche de la Fict, Yuka a été condamné pour pratiques déloyales et trompeuses, et dénigrement. En cause : des allégations de Yuka ne reposant pas sur des bases scientifiques suffisantes. Pour chaque charcuterie contenant des nitrites, l’application donnait des mentions très négatives et affichait un lien vers la pétition demandant l’interdiction des nitrites, également soutenue par Foodwatch et le Ligue contre le cancer. Pour se justifier, Yuka met en avant que « l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a classé en 2010 les nitrites et nitrates ingérés comme cancérogènes probables (catégorie 2A). Puis, elle a classé en 2015 la charcuterie comme cancérogène avéré (catégorie 1). »
Sur ce point, la Fict a rappelé lors d'une conférence de presse le 7 octobre, l’avis de l’Anses (2011) selon lequel l’apport de nitrites, conformément à la réglementation, ne constitue pas un problème de santé publique et celui de l’Efsa qui a confirmé l’innocuité des nitrites aux faibles doses utilisées en charcuterie (2017).
Deux autres jugements, rendus par les tribunaux de commerce de Brive-la-Gaillarde et d’Aix-en-Provence, ont estimé que les informations diffusées par Yuka représentaient un préjudice pour les sociétés plaignantes : Les Monts de La Coste et ABC Industrie. Au total, Yuka été condamné à 95 000 euros, à modifier ses informations et à supprimer le lien conduisant vers la signature de la pétition.
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Yuka, un lanceur d’alerte ?
Yuka a fait appel de ces décisions. La société considèrent en effet que « ces procédures ont clairement pour but de bâillonner l’information et d’empêcher d’informer les consommateurs sur les substances problématiques que contiennent de nombreux produits ». Persuadé d’être victime d’un « lobby de la charcuterie industrielle », Yuka fait remarquer que « les sociétés Les Mont de la Coste et ABC Industrie sont contrôlées par Antoine d’Espous, vice-président de la Fict. » Yuka estime qu’on cherche ainsi à l’épuiser moralement et financièrement.
Des arguments contestés par les charcutiers qui insistent sur le fait que Yuka est la marque d’une société (Yuca SAS) et non pas une association ou une ONG. Et de pointer aussi les membres de son actionnariat : Yuca compte notamment comme actionnaire le fonds de capital risque de Xavier Niel (13e fortune de France avec 8,8 milliards d’euros en 2021 selon Challenges), Kima Ventures, très en pointe sur l’alimentation végétale. Les charcutiers estiment par ailleurs que la société Yuca n’est pas en mauvaise santé et qu’elle peut compter sur des soutiens de poids : pour l’aider à payer les frais de défense passés et futurs (frais d’avocats, frais d’huissier, frais administratifs liés aux procédures, conseil juridique, etc.), elle a mis en place une cagnotte qui a reçu plus de 300 000 euros de dons au 13 octobre 2021.
En dépit des relations exécrables entre les deux parties, la Fict se dit ouverte au dialogue avec Yuka, déplorant de n’être pas parvenue à échanger avec elle. Dans l’attente des jugements en appel, un avis est attendu avec impatience par la Fict, celui de l’Anses, prévu initialement pour l’automne. Son contenu pourrait faire pencher la balance dans un sens ou un autre.