Suite à la fraude à l’étiquetage de viande hachée prêtée à l’entreprise belge Devisa à Bastogne (Wallonie), le ministre fédéral de l’agriculture a retiré les agréments à cette société. En même temps, il a réclamé un audit complet sur le fonctionnement de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA).
À la suite d’une enquête menée par un juge d’instruction, le ministre fédéral de l’Agriculture Denis Ducarme a ordonné, le 6 mars 2018, le retrait des agréments de l’atelier de transformation de viande de bœuf et de l’entrepôt frigorifique de la société Devisa, basée à Bastogne (Wallonie). Les infractions préliminaires constatées dans cette société portent sur la falsification des renseignements sur la date de congélation de la viande, la non-conformité de plus de 50 % des produits contrôlés (sur 2000 palettes de viande, 200 ont été contrôlées et 133 étaient non-conformes aux règles de l’AFSCA) ainsi que la présence de déchets de viande de catégorie 3 (et donc interdits à la consommation humaine) qui ont été retrouvés dans de la viande hachée.
Sur le site de Bastogne, Devisa prépare quelque 42 000 tonnes de viande par an et 95 % de ce volume est destiné aux principales enseignes de la grande distribution, parmi lesquels Colruyt et Delhaize. Ces derniers ont annoncé la suspension de leur collaboration avec Devisa et ont retiré de leurs rayons tous les produits achetés à Devisa.
« Il faut contrôler le contrôleur »
Depuis l’éclatement de l’affaire Devisa, le système de contrôle des entreprises alimentaires par l’AFSCA est dans le collimateur des politiques et des associations de consommateurs. Ce que l’on reproche à l’AFSCA, c’est essentiellement la lenteur de ses réactions, l’insuffisance de ses contrôles, sa mauvaise communication externe et interne. On lui reproche aussi de mettre une pression insupportable sur les artisans producteurs et transformateurs, sur les petits éleveurs ou sur les cantines scolaires, épargnant au contraire le secteur industriel.
Le ministre wallon de l’Agriculture René Collin a carrément plaidé non pas seulement pour un audit, mais pour une refonte totale de l’Agence fédérale de la sécurité alimentaire. « Il faut repartir d’une feuille blanche et redéfinir le modèle de fonctionnement de l’AFSCA. L’auto-contrôle a montré ses limites, il faut contrôler le contrôleur », a-t-il martelé. Le ministre régional prône également un système de contrôles plus adapté à tous : « On ne peut pas être aussi tatillon pour les petits artisans et PME et aussi laxiste envers la grande industrie ».
Le patron de l’AFSCA, Herman Diricks, est cet homme que plusieurs députés belges n’espéraient plus revoir après son passage devant le Parlement belge il y a à peine quelques mois où il avait dû s’expliquer sur une autre crise alimentaire, celle des œufs contaminés au Fipronil. Celui-ci a une nouvelle fois tenté de justifier l’attitude de ses contrôleurs en se retranchant derrière un arrêté royal définissant les fréquences des contrôles exercés par l’AFSCA. Il a également assuré que tous les contrôles de son agence sont réalisés de manière inopinée, espérant faire taire les rumeurs selon lesquelles l’entreprise Devisa était informée au préalable de la venue des agents de l’AFSCA sur son site.
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L’attitude du patron de l’AFSCA a révolté l’ensemble des députés belges, à l’instar de l’écologiste Jean-Marc Nollet qui s’est exclamé : « Je suis à tout le moins stupéfait par la posture de ce haut fonctionnaire qui, au moyen d’un power-point, vient nous expliquer que tout va bien et que tout est sous contrôle. Cet homme vit-il sur la même planète que les consommateurs ? ». Ce député a par ailleurs estimé que l’audit réclamé par le ministre fédéral de l’Agriculture, Denis Ducarme, ne suffit pas et que « c’est le logiciel complet de l’AFSCA qu’il faut revoir, c’est le modèle qui le sous-tend qu’il faut changer. Il faut avoir le courage de s’attaquer au modèle agroalimentaire dans son ensemble ». Une autre députée Ecolo a réclamé de son côté que l’AFSCA ne dépende plus du ministre fédéral de l’Agriculture mais de la ministre fédérale de la Santé Maggie De Block.
Groupe Verbist : 30 % du marché belge de la viande bovine
Devisa est propriété du groupe flamand Verbist, l’un des géants dans le secteur de la viande bovine puisqu’il est le 3 ème plus gros acteur avec 30 % du marché belge et ses produits sont distribués dans plusieurs supermarchés du territoire belge. Le groupe Verbist est aussi le n°1 en Belgique de l’abattage et de la transformation de la viande bovine. Son chiffre d’affaires est de 280 millions d’euros pour 144 000 bovins abattus et 550 emplois pour toute la Belgique.
Un coup dur pour l’industrie belge de la viande
Pour le directeur général de la Fevia (Fédération de l’industrie alimentaire belge), Chris Moris, resté étrangement discret pendant plusieurs jours après l’éclatement de l’affaire Devisa, « les fraudeurs n’ont pas leur place dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire et nous ne pouvons pas accepter que l’ensemble du secteur soit mis dans le même sac que les fraudeurs qui contournent délibérément les règles ». Selon lui, « l’affaire Devisa est un coup dur pour l’industrie alimentaire et les pratiques frauduleuses de quelques-uns menacent de compromettre l’image de l’ensemble du secteur en même temps qu’elles représentent une concurrence déloyale pour les nombreuses entreprises alimentaires belges qui investissent quotidiennement dans la qualité et la sécurité alimentaire ».