Largement médiatisée l’an dernier, la « bifurcation » de certains diplômés de grandes écoles est un phénomène à relativiser, selon un essai (1) publié le 14 mars dans la revue La vie des idées. Sept étudiants d’AgroParisTech notamment avaient à l’époque critiqué, lors de la remise des diplômes 2022, une formation « qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours ». Mais existe-t-il vraiment une tendance de fond à la fuite vers des aspirations professionnelles écologiques et sociales ? L’enquête a été menée à l’Ecole Polytechnique et dans un collectif inter-écoles.
« Loin d’une prise de conscience soudaine, la mise à distance des entreprises jugées non vertueuses s’inscrit en réalité dans la continuité d’ambitions professionnelles antérieures », et dans des processus qui s’opèrent dans « des temporalités beaucoup plus longues », avance l’auteur Erwan Franchon (EHESS). L’origine sociale des étudiants interviewés fait de ceux-ci des « marginaux intégrés », connaissant de petites mobilités sociales ascendantes, et non des « héritiers », selon lui. Ils privilégient une insertion professionnelle « aux marges du monde des grandes entreprises ». Le travail associatif valorise leur parcours, les distingue et les signale à certains employeurs.
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Reste une question : à quel point cet engagement joue-t-il sur le cadre scolaire, l’environnement académique des grandes écoles ? « Dans le cadre scolaire, les engagements étudiants sont contraints par la dépendance aux ressources mises à disposition par l’administration, considère l’auteur. Celle-ci repose alors grandement sur le jeu associatif pour intégrer – à moindre coût – les enjeux écologiques. »