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Colloque La bio, source d’inspiration pour une eau propre

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Le coût de dépollution de l’eau est de plus en plus élevé sans permettre les résultats escomptés, ont rappelé les intervenants du colloque « L’agriculture biologique au service de la protection de l’eau », organisé par la Fédération nationale de l’agriculture biologique le 24 novembre à Paris. Les expériences se multiplient pour reconquérir la qualité de l’eau en convertissant les terres agricoles à la production biologique.

«Le coût de dépollution des stocks des eaux souterraines en France est évalué à 522 milliards d’euros, selon les chiffres 2011 du Commissariat général du développement durable (CGDD) », a déclaré Raoul Leturcq, référent « eau » de la Fnab, en ouverture de colloque.
Pour Jacques Perreux, conseiller régional d’Ile de France (EELV), intervenant, cette information est « une bombe. Cette somme, 522 milliards d’euros, représente 50% de la dette de la France. En échange de la dette, nous laisserons à nos enfants des routes, des écoles, des hôpitaux… Il n’y a rien en échange de la dette de l’eau. Là, nous laisserons une facture économique et sanitaire sans contrepartie ».
Dans cette facture, le monde agricole a une part qui est au minimum de 60%. Le coût direct des pollutions d’origine agricole en France est évalué par le CGDD à 54 milliards d’euros par an. Les coûts de dépollution en nitrates et pesticides sont compris entre 800 et 2 400 € par hectare d’aire d’alimentation de captage d’eau potable cultivé en conventionnel.
Malgré les actions correctrices mises en place programme après programme, les résultats sont loin d’atteindre les objectifs fixés par la directive cadre européenne sur l’eau à horizon 2015 et de nombreux captages sont fermés en raison de la mauvaise qualité des eaux.
« Pour atteindre un bon état écologique des eaux d’ici 2015, nous devrons aller au-delà de ce qui est institué, trouver des points d’appui là où nous n’en avons pas encore trouvé, avec le monde agricole notamment », a expliqué Anne Le Strat, présidente du Comité de bassin Seine-Normandie.

Vérifier d’abord la viabilité économique

Pour préparer leur 10e programme d’intervention, qui couvrira la période 2013/2018, les Agences de l’eau se tournent aussi vers l’agriculture biologique. Elles ont lancé douze initiatives afin d’abord de vérifier la faisabilité technique et économique des conversions. Les premiers résultats sont prometteurs. Ces douze sites pilotes, situés sur des aires de captage d’eau, permettront dans un deuxième temps, de vérifier les effets du mode de production bio sur la qualité de l’eau. L’expérience a déjà été tentée en France et en Allemagne avec succès, avec des cahiers des charges parfois très restrictifs.
« Les producteurs bio sont prêts à aller au-delà du cahier des charges de l’agriculture biologique pour faire en sorte que l’eau soit de qualité », annonce Raoul Leturcq.
A l’instar de ce qui se passe à Munich par exemple, Eau de Paris (alimentation en eau de la capitale), qui gère 102 captages d’eaux souterraines (dont 8 captages dits « Grenelle ») répartis sur une surface de 185 000 ha à 53% en surface agricole, envisage de « contractualiser avec la filière agricole sous une forme à définir qui pourrait permettre des aides financières en plus de celles déjà engagées », a précisé Anne Le Strat, également présidente d’Eau de Paris.
« Nous allons vers une rémunération de la bonne pratique vis-à-vis de la société : qualité de l’eau, alimentation saine », a annoncé à son tour Jacques Perreux pour le Conseil régional d’Ile de France.
« Nous fixons des mesures pour revenir à une bonne qualité de l’eau mais nous peinons à les mettre en œuvre. Nous n’avons pas de levier règlementaire. Et les communes rurales ont peu de moyens », a-t-il regretté.
Si la reproductibilité des expériences menées dans les douze sites pilote est confirmée, plusieurs intervenants estimaient que l’agriculture biologique pourrait devenir rapidement le premier levier agricole pour protéger l’eau sur tout le territoire national.

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