Le think tank agriDées a organisé, le 7 mars à l’ambassade de Grande-Bretagne, un colloque sur la bioéconomie au Royaume-Uni et en France. Cette économie du vivant est en développement de part et d’autre de la Manche.
« L’agriculteur britannique moderne est un couteau suisse de compétences […], souvent un producteur d’énergie », a déclaré le 21 février Greg Clark, secrétaire d’État britannique en charge de la Stratégie industrielle. Un discours, tenu lors du congrès de la NFU (équivalent de la FNSEA outre-Manche), qui apporte du baume au cœur des agriculteurs britanniques. Pour eux, cela montre que « l’État reconnaît l’importance de l’agriculture » et de la bioéconomie dans les choix stratégiques du pays à l’heure du Brexit, a réagi le 7 mars Jonathan Scurlock (NFU) au colloque agriDées. En France, le ministère de l’Agriculture a dévoilé le 26 février un plan d’action sur la bioéconomie. Cette « économie du vivant » a le vent en poupe de part et d’autre de la Manche. Elle pèse, d’après les chiffres présentés au colloque, 300 Mrd€ en France, et 200 à 250 Mrd€ au Royaume-Uni qui affiche son ambition de la multiplier par deux à l’horizon 2030.
Dans la perspective du Brexit, « les agriculteurs britanniques auront besoin de tous les marchés qui peuvent s’ouvrir à eux », a insisté Jonathan Scurlock, premier conseiller pour les énergies renouvelables et le changement climatique du syndicat agricole. Exemple avec les « grands digesteurs anaérobies », au nombre d’une centaine actuellement au Royaume-Uni et qu’« il faudrait multiplier par dix ou quinze », d’après lui. Une « bioéconomie forte » implique toutefois de « ne pas simplement utiliser des déchets, ressources secondaires, mais aussi des ressources primaires », selon lui.
Nouvelle politique agricole britannique
Le Royaume-Uni montre « un grand intérêt à l’investissement dans la bioéconomie », a souligné Daniel Johns, directeur adjoint en charge des marchés agricoles au ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales, affirmant l’ambition de fortement accroître les surfaces de forêts. Il s’agit de stocker du carbone dans le sol pour répondre à l’accord de Paris sur le climat. Quelque 6 Mrd£ d’investissements sont en cours dans la sylviculture, d’après ses chiffres. Des mesures réglementaires existent pour développer l’utilisation de biocarburants dans les transports, certaines dispositions fiscales encouragent la demande de produits biosourcés, les sacs plastiques à usage unique en caisse sont facturés à 5 cents. « Une nouvelle politique agricole voit le jour, s’écartant des subventions à l’hectare, a déclaré Daniel Johns. L’idée est d’orienter les aides vers les biens publics, favorables à un environnement sain. » Concrètement, l’État veut « encourager la diversification des cultures pour que les agriculteurs investissent dans les biocarburants, les biotechnologies ».
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Conforter le métier de base
L’idée de polyvalence séduit aussi côté français. Jean-Marc Onno, éleveur de porcs dans le Morbihan, a présenté sa ferme équipée d’un méthaniseur, qui chauffe notamment une champignonnière, dotée aussi de panneaux solaires, produisant huit fois plus d’électricité que la partie autoconsommée. Au final, l’exploitation de 130 ha et 250 truies génère 27 emplois directs. « Si on ne peut pas conforter le métier de base, l’existence de nos fermes est menacée », considère-t-il. Olivier Dauger, référent Climat, Air, Energie à la FNSEA, a mis l’accent sur les externalités positives de l’agriculture, en termes d’emploi, d’environnement. Et de plaider en faveur d’un mix énergétique en France plus orienté vers le photovoltaïque, les biocarburants. « L’agriculteur doit valoriser autre chose sur son exploitation », a-t-il appuyé.
Un secteur évalué à 300 Mrd€ en France, 200 à 250 Mrd€ au Royaume-Uni