Abonné

La biomasse agricole insuffisante pour satisfaire tous les besoins en énergie

- - 4 min

Selon une étude de France Stratégie, la biomasse agricole restera insuffisante pour répondre à tous les besoins en énergie décarbonée, même si l’on mobilise tous les gisements. Elle recommande néanmoins de recourir à certains d'entre eux, tels les effluents et les résidus de cultures, sous quelques conditions.

L’objectif de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) ne pourrait pas être atteint avec la seule biomasse agricole, même en considérant les gisements comme les résidus de cultures, les surplus d’herbes, cultures intermédiaires et bois de haies, indique une étude publiée le 29 juillet par France Stratégie, institution autonome placée auprès du Premier ministre. Ce rapport intitulé La biomasse agricole : quelles ressources pour quel potentiel énergétique ?, recommande toutefois la mobilisation de ces gisements, mais en indiquant leurs limites et en prévenant qu’il faudra aussi puiser dans la ressource forestière, compléter par l’éolien et le photovoltaïque, et réduire la consommation d’énergie.

Loin du compte

La biomasse agricole est une pierre à l’édifice de l’énergie, mais seulement une de ces pierres. Actuellement mobilisée pour des usages énergétiques, tels que la combustion, la méthanisation et l’usage de biocarburants, elle représente près de 40 térawattheures (TWh). En tenant compte des disponibilités additionnelles des gisements existants, comme les effluents d’élevage, les résidus de cultures et les surplus d’herbes, le potentiel énergétique maximal identifié de la biomasse agricole pourrait, en théorie, atteindre 120 TWh, selon France Stratégie. Or, la Stratégie nationale bas-carbone établit une projection du potentiel de production de biomasse agricole à un niveau proche de 250 TWh. « Cet objectif ne pourrait donc pas être atteint en considérant uniquement ces disponibilités supplémentaires. »

Les effluents d’élevage, résidus de cultures et cultures intermédiaires ne peuvent pas être utilisés à 100 % pour l’énergie. Leur mobilisation est pour l’heure très limitée (moins de 2 % des volumes disponibles). Ces faibles taux sont liés à des usages comme le retour de la matière organique au sol, l’utilisation de la paille pour l’élevage, l’alimentation du bétail, comme matériau, ou aux coûts du transport. « Nos constats montrent que la mobilisation de la biomasse agricole dans le but d’atteindre la neutralité carbone est possible, mais qu’elle ne l’est pas aux niveaux fixés par la SNBC. Par conséquent, l’atteinte des objectifs relatifs à la biomasse-énergie fixés par la SNBC nécessiterait la mobilisation des autres gisements de biomasse, notamment forestiers », souligne l’étude.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Encore des gisements exploitables

Avant d’attaquer le gisement forestier, France Stratégie recommande la mobilisation de gisements de biomasse agricole, comme les effluents d’élevage et les résidus de cultures. Elle estime cependant que cela ne doit pas entrer en concurrence avec l’alimentation humaine et animale, qui est la vocation numéro une de la biomasse, rappelle-t-elle. Les effluents présentent le gisement le plus important, avec un volume supplémentaire de 130 millions de tonnes de matière brute, de l’ordre de 25 à 30 Mt de matière sèche, encore disponible. De plus, pour couvrir les besoins en biomasse projetés à long terme, « il sera nécessaire de recourir massivement aux résidus de cultures, aux surplus d’herbes et aux cultures intermédiaires ne nécessitant pas de nouvelles surfaces », sur un minimum de 15 Mha.

L’adoption de cultures intermédiaires sur l’ensemble du territoire présente des avantages pour la collectivité : elle peut assurer plusieurs services environnementaux, notamment en termes de séquestration de carbone et d’azote. L’étude ajoute à ce sujet que la mise en place d’incitations dédiées « pourrait favoriser de nouvelles pratiques et la valorisation de la biomasse ». Elle cite comme incitations possibles la hausse du prix du carbone. « La mobilisation accrue des ressources en biomasse agricole, notamment à des fins énergétiques, doit faire l’objet d’un soutien spécifique intégrant leurs externalités positives », recommande-t-elle dans sa conclusion. Enfin, elle note que le bois des haies et l’agroforesterie apportent des quantités de combustible supplémentaires « sans nuire, entre autres, à la fertilité des sols et à la biodiversité ».

La mobilisation de la biomasse est possible, mais pas aux niveaux de la SNBC